27.09.2009
Michel Henricot - Ruines
est peu dire que j’aime cette toile, « Ruines » de Michel Henricot. Comme toutes les œuvres qui provoquent une rencontre, il me semble que je pourrais l’avoir sous les yeux pendant toutes les années qui me restent à vivre sans jamais l’épuiser ni m’en lasser. Elle ne présente pas, à première vue, les caractéristiques qui peuvent signer sans risque de se tromper certaines œuvres présentant cette matière lisse au reflet un peu gras que semble affectionner le peintre. Il n’y a donc pas là cet éclat de hache polie, de galet, de terre cuite qu'on trouvera dans la série des corps, des visages, des barques qu’on pourra également apprécier sur le site qui nous les montre (qui plus est dans un format permettant très heureusement d’en apprécier certains détails). Non, ici la lumière est bien celle très particulière du peintre – je vais y revenir - mais la matière est plus d’arête que de rondeur avec quelque chose de fragile, de friable là où les autres sujets paraissent beaucoup plus assurés de leur solidité.
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L’ensemble des ruines nous est présenté d’un point de vue élevé. On pourrait imaginer un survol, ou une chute… Il n’en n’est rien. Il est tout à fait évident pour moi qu’il s’agit là de l’ultime coup d’œil jeté par la dernière âme ayant habité ce lieu, avant de rejoigne le ciel. Il y a quelque chose de terriblement détaché dans la manière de peindre chaque détail, rendu de manière quasi clinique. Mais on voit également en contrepoint l’infinie nostalgie de ces chemins, de ces méandres plus clairs laissés par les pas des absents entre les maisons maintenant vides. Ils n’ajoutent rien à la précision topographique mais indiquent – avec quelle force ! – la trace des petits pas répétés du quotidien. Car ce qui est en ruine ici, ce sont peut-être moins les murs que le village, moins l’architecture que la vie elle-même ayant perdu sa fortune.
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Pour s’envoler, notre dernière âme a choisi son heure, celle ou les rayons du soleil illuminent en les rasant chacune des arêtes des murs. On n’hésitera pas longtemps entre le crépuscule et l’aube. C’est le petit jour, l’heure la plus fraîche, la seule sans doute où le peu d’humidité du lieu pourrait le nimber de ce voile discret dont le peintre l’a recouvert. Dans son envol, la dernière âme voit son village comme elle ne l’a probablement jamais vu. Elle n’a plus son regard terrestre arrêté par les murs. Elle voit, pour la première fois peut-être, de son village l’architecture intime et secrète : son squelette. L’idée lui viendra peut-être alors, comme elle me vient, que c’est par notre squelette que nous appartenons à l’espèce. Elle comprendra alors qu'à présent mort, le village n’a pourtant pas vécu en vain. Il était lui aussi un organisme, à ce titre apparenté à d’autres, qui naîtrons après lui, peut-être justement au cours de cette journée qui commence.
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On ne sait pas où son envol conduira cette âme. Le peintre ne le dit pas. Il nous donne juste à voir la dernière image qu’elle emporte avec elle pour l'éternité.
♣ (29/06/2009)
Publié dans dare d'art | Commentaires (2)








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Commentaires
Sont peut-être tous à la messe...
Ecrit par : melanie | 04.07.2009
Répondre à ce commentaireIl est vrai que ce grand voyage commence souvent par une messe...
Ecrit par : ♣ | 05.07.2009
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