05.07.2009

Christian Renonciat

Christian Renonciat Couverture 4 plis relevée 2003 tilleul 65x100x8.jpg
Christian Renonciat Dodo 4 ayous sous boite plexi 50x50 (pas de date).jpg
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Christian renonciat Bouriche en forme de coupe 2000 acajou.jpg

 

Christian Renonciat Papier déplié 9 plis Bois d'ayous 133 x 120 x 5 cm.jpg

 

Je suis embêté avec Chritian Renonciat, cet artiste qu’un commentaire d’AMK nous invite à découvrir à la suite de la note sur Bruno Walpoth. Ce dernier et lui-même sont sculpteurs sur bois. Les deux sont extraordinaires et les deux n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre. J’en suis au stade escargot avec le travail de cet artiste : je le touche d’un œil prudent que je rétracte pour réfléchir.

Je sens qu’il y aurait une réflexion a mener sur l’obsession et qu’elle pourrait nous conduire sur deux pistes, capables l’une comme l’autre d’engloutir l’artiste : l’obsession technique et l’obsession du sujet.

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L’obsession technique, autrement dit, la virtuosité, ce souci de la perfection dans la réalisation, on a déjà un peu tourné autour, en particulier avec certains artistes utilisant un matériau original, ou une technique originale mettant en œuvre une matière ordinaire. Je pense – l’exemple est un peu ultime – à cet artiste réalisant des tableaux de fil de fer. J’avais eu alors le sentiment qu’il était déjà aux trois quart digéré par son art, comme prisonnier de l’axiome « On peut TOUT représenter en fil de fer » (Certes, mais le doit-on ?).

 

L’obsession du sujet, elle semble assez commune aux peintres. J’ai visité le site d’un de ceux-là hier, très heureusement organisé en années : il peint la même chose depuis vingt cinq ans. Pas la même toile, heureusement, mais le même sujet : des paysages ruraux post-apocalyptiques.

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C’est finalement les tentatives de Christian Renonciat de ne pas se laisser enfermer ni par une technique ni par un sujet qui m’ont parues les plus mieux éclairer sa démarche. Si vous cherchez des traces de son travail sur Google, vous trouverez des objets de bois dont la réalisation apparente leur créateur à l’hyperréalisme mais d’autres qui l’affilieraient plutôt à l’art conceptuel. J’y reviendrais. Mais vous trouverez aussi certaines figurations de chevaux, qui galopent en métal vers des horizons plus réalistes et même une horreur abstraite en béton titrée « La vague », installée à La Rochelle. Plus qu’aux marins, cette… chose parait rendre hommage à la faute de goût et aux contraintes budgétaires.

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Tout ça pourrait faire tâtonnement et s’il était plus jeune, ou moins talentueux, on pourrait dire de Christian Renonciat qu’il se cherche. Sauf qu’il déjà trouvé sa voie d’excellence. D’où l’idée qu’il essaye peut-être d’y échapper, de trouver dans d’autres sources d’inspiration, d’autres matières, des ouvertures vers autre chose que la perfection à laquelle il est parvenu. Qu’il s’agit peut-être pour lui de ne plus se laisser emballer par un carton, du papier voire une bourriche d’huître.

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Des hyperréalistes du bois, on en connaît d’autres. Je me souviens d’un blouson pendu au dossier d’une chaise, les deux sculptés dans la même bille de bois. Y’a un tropisme, assez large d’ailleurs, une sorte de sport, consistant à figurer dans une matière X un objet réalisé habituellement dans une matière Y. Ça renvoie à première vue à la question très large de la figuration et à celle, plus anecdotique de l’inattendu. Une partie de la démarche de Christian Renonciat relève de la figuration. De ce point de vue, il n’est ni plus ni moins légitime de donner à voir un édredon en bois, qu’un David en marbre ou la Basilique St Pierre en Allumettes. Mais il y a entre le sujet de départ et sa représentation, un écart, variable, que la subjectivité du spectateur mesure assez précisément. Dans le cas d’une personne à poil taillée dans la pierre ou coulée dans le bronze l’écart parait beaucoup moins grand qu’entre une feuille de papier pliée/dépliée et sa représentation en bois. Sans doute une question d’habitude. C’est cet effet de surprise qui joue à fond dans la série des représentations textiles que nous donne Christian Renonciat. Mais c’est également sur cet écart que joue l’artiste, en le réduisant, voire en l’annulant pour sa bourriche d’huîtres : bois au départ, bois à l’arrivée. C’est bien entendu ce qui se passe entre les deux qui est intéressant.

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Mettons nous un instant à la place de cet artiste, que son degré de virtuosité technique permet de tout représenter. Comment choisir dès lors la voie dans laquelle s’engager ? Quand il ne prend pas une issue de secours, Christian Renonciat nous en propose deux : celle de ses matières de prédilections, papier, bois, carton et celle du défi, qu’il concilie d’ailleurs assez bien.

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Plutôt qu’un blouson sur une chaise et plutôt que de chercher à provoquer une réaction du style «Oh ! On dirait un vrai ! » (mais en laissant quand même les veines du bois bien apparentes) Christian Renonciat propose que nous nous souvenions que le papier, le carton et le bloc de bois dont il se sert pour les représenter sont issus d’un arbre.

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J’ai déjà évoqué l’impasse dans laquelle peut se trouver engagée une figuration trop exacte. Elle court alors le risque qu’on ne la voit plus, son seul environnement ne suffisant pas toujours à la distinguer. C’est de cette impasse dont sort Ron Mueck par le gigantisme et Bruno Walpoth en présentant certains corps tronqués. La bourriche d’huîtres de Christian Renonciat parait bien engagée dans cette impasse. Rien ne semble la distinguer de l’originale. Mais il est vrai que nous n’en voyons ici qu’une photo. Si ça se trouve, de près, de très près, en vrai, la confusion n’est plus possible.

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Du coup, le travail sur le papier plié m’apparaît comme le plus intéressant de tous. La virtuosité est bien là, elle est mise au service d’une représentation qui pour être fidèle n’en est pas moins simple, peu spectaculaire et le défi supplémentaire relevé par l’artiste consiste à figurer une feuille dont les plis ne sont pas ceux, géométriques, de votre liste de course, mais semblent résulter d’un froissement intentionnel, qui n’est ni celui de la boule jetée dans votre corbeille, ni celui d’un origami.

 

Christian Renonciat Froissé étendu 2007 Bois d'ayous 76 x 85 cm.jpg

 

 

Alors ? Alors on quitte définitivement (et heureusement) l’hyperréalisme de la bourriche et du carton d’emballage pour accéder, par les plis délicats de cette feuille de papier figurée, à cette idée que c’est bien à ses plis que nous voyons le papier. Autrement dit, que c’est par ses accidents, par les ruptures de sa continuité que nous (re)connaissons la matière. Vous voulez une formulation encore plus large au point de vous comprendre dedans ? C’est parti : C’est son histoire qui fait l’être.

C’est une idée que je partage, et je trouve au final bien intéressante la façon qu’à Christian Renonciat de nous rendre sensible sa conviction.

 

 

 

On trouvera ici, et , deux chroniques faisant suite à celle-ci

Publié dans dare d'art | Commentaires (2)

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Commentaires

Y renonciat à quoi Christian ?

Ecrit par : Idothée | 05.07.2009

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aux commentaires intelligents qu'il mérite, peut-être ?

Ecrit par : ♣ | 06.07.2009

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