18.07.2009
Pourquoi cet ici blog n'a aucune chance de dépasser son seuil actuel de confidentialité
Il faudrait pouvoir dessiner. Il y aurait au centre, pour commencer d’occuper l’espace vide, une personne. On dessinerait autour d’elle, en ondes concentriques, ce qu’elle émet de langage. Au plus près d’elle, les pensées qu’elle s’adresse. Celles à destination d’elle seule. Mots silencieux dans le silence, mais mots quand même. Si nous voulons que ces mots soient prononcés, il nous faut dessiner une autre silhouette à côté, quelqu’un à qui parler et nous pouvons alors cerner d’une autre ligne chacune de nos deux silhouettes. Si l’autre est un intime du premier, leurs lignes de paroles auront assez de points de contact, assez de zones s’interpénétrant pour entendre et être entendus. Je pourrais faire l’expérience. Ma chérie est à côté, sur l’autre ordinateur et si j’interrompais mon occupation et la sienne par quelque chose comme « Tu sais ? J’ai l’impression que nous passons des vacances bizarres. Nous sommes à la maison au lieu d’être ailleurs. Où que je pose mon regard, je ne vois que des choses en attente, des trucs à faire qui traînent. Je lutte contre le sentiment que mes sources de joie se tarissent. » Elle répondrait par « J’en connais un qui a besoin d’un gros câlin. » ou « Oui, mais à midi, y’a du poulet, donc ça va passer. » ou « Tu as rappelé ta mère ? » mais bref nous n’aurions besoin d’aucune formalité pour entamer cet échange ni pour l’alimenter.
Mais si l’autre est en dehors de cette proximité immédiate que crée l’intimité, il faut un relais pour que ça passe. À contrario je pourrais tenter cette autre expérience. Je descendrais dans la rue, je choisirais au hasard une blonde à forte poitrine et je lui dirais : « Tu sais ? J’ai l’impression que nous passons des vacances bizarres. Nous sommes ici au lieu d’être ailleurs. Où que je pose mon regard, je ne vois que des gens en attente. Je lutte contre le sentiment que mes sources de joie se tarissent. ». Là, son mari commencerai à montrer les crocs. On me prierait poliment ou non de cesser de l’importuner mais il n’y a hélas que très peu de chance qu’elle me propose un gros câlin. C’est à ça que nous servent les relais, ces occasions dont nous profitons, ou que nous créons, ou que nous subissons mais qui installent entre les personnes un tiers objet qui les connecte.
Le plus commun est bien sûr le boulot. De part et d’autre d’un bureau, d’une salle de réunion, d’une tâche a accomplir, des échangent se tissent dont une bonne partie n’ont très heureusement rien à voir avec le travail. Au bureau – le mien - il n’est pas rare qu’on mange ensemble, sur place, avec quelques collègues et il n’est pas rare non plus que les échanges prennent un tour très personnel, voire intime. J’ai vu des larmes, il m’est arrivé d’en verser aussi mais sans pour autant que ce tiers objet du travail disparaisse, ni qu’il ait à le faire, ni que nous souhaitions qu’il le fasse, puisqu’il nous réunissait et que grâce à lui nous communiquions, nous communions. Des objets tiers qui établissent une communication comme s’ils disparaissaient mais dont la présence est pourtant indispensable, il y en a plein et le tiers livre en est un, pour reprendre la très judicieuse formulation de François Bon. Le livre qui vous touche semble vous parler à vous seul-e, et parait établir un lien immédiat. Avec ? Avec vous-même, avec l’auteur, avec l’histoire, tel ou tel personnage, le narrateur, vos semblables… d’ailleurs c’est un autre sujet. Le mien réside dans l’idée qu’à défaut d’un tiers objet, dans la plupart des situations de communication, ça ne passe pas.
Tout ça pour vous dire que je suis allé par je ne sais plus quel détour visiter les blogs se trouvant en tête du classement Wikio, classement dans lequel je suis à la 14206e place. Ça, c’est fait. Malgré (En dépit de ? Grâce à ?) la méthode contestable (et contestée) de la réalisation de ce classement – mais ce n’est pas le sujet non plus – J’ai trouvé que les blogs les mieux classés partageaient certaines caractéristiques voisines, d’où me sont venues les idées que j’essaye tant bien que mal de vous exposer ici.
1 - Ces blogs sont lisibles. C’est dire qu’ils réalisent tous un compromis acceptable entre le dépouillement et la surabondance visuelle, entre la décoration passe partout et trop personnelle, entre l’interface indigente : cliquez là pour la page suivante, et celle proposant douze liens au centimètre carré. Ils réalisent également un bon compromis dans leur niveau d’écriture évitant à la fois l’écueil d’une langue parfaitement standardisée et celui d’une expression qui deviendrait hermétique à force de jargon ou de recherche littéraire.
2 – Ces blogs témoignent tous de la personnalité de leur auteur et nous sommes à l’évidence en présence de gens bien dans leur peau, bien dans leur vie, raisonnablement confiant vis-à-vis d’eux-mêmes, du présent, de l’avenir. Bref, on les rencontrerait dans le bus, dans un bistro, dans une assemblée associative, un événement, on les trouverait sympathiques, ni en train d’essayer de disparaître dans le mur, ni occupés à choisir leur meilleur profil dans la lumière des projecteurs. Des gens comme vous et moi quoi. Ok, surtout comme vous.
3 – Ils proposent tous explicitement un tiers objet, dont nous avons compris maintenant, j’espère, qu’il ne fait pas écran à une communication sincère, authentique, personnelle mais qu’il permet au contraire de l’établir.
Pour « Poppyrose » actuellement en tête – il parait que c’est une première pour un blog « de fille » - c’est les enfants, les vêtements de poupée qu’elle réalise, la famille. On est dans le perso, en tout cas plus que sur un blog consacré à l’i-pod (quoique…) mais présenté d’une façon qui pourrait être celle d’une fête d’école, d’une kermesse, d’un barbecue chez les voisins. On n’est pas sur le versant de la confidence, plutôt sur celui d’une conversation entre copines. Je n’ai pas dit amies.
Pour « Partageons mon avis », le deuxième, le tiers objet est la politique, mais dont on voit bien qu’il a été efficacement placé ni trop près de l’information juste relayée, ni trop près du commentaire d’opinion, plutôt à une égale distance des deux.
Pour « Presse-citron », le tiers objet est la veille technologique en matière de NTIC (services, matos…) mais l’intérêt de ce blog ne vaut, comme les deux autres, que par la bonne distance à laquelle son auteur positionne ce tiers. Pas trop près de lui : il a le souci qu’on puisse s’en saisir, mais pas trop loin non plus puisqu’il émet un avis et ne se contente pas seulement de relayer des infos venues d’ailleurs.
Je vais m’en tenir à ces trois là vous laissant le soin de vérifier si les suivant vous paraissent remplir ces critères et m’engueuler en commentaire si ce n’était pas le cas.
Qu’on puisse s’en saisir. Quand vous et moi flotouillons sur le Net, nous cherchons quelque chose. Nous ne cherchons pas quelqu’un. C’est par le tiers d’un mot clé, d’un sujet, d’un thème, d’une information que nous rencontrons les blogs et ensuite l’auteur. J’ai un bon élément à l’appui de cette thèse. Il tient à la brusque vivacité retrouvée par mon ex-blog, subitement envahi par un tas de visiteurs venus chercher… Venus chercher quoi ? Les réflexions de Dutey sur ce que son filet à papillon avait chaluté ces jours-ci dans l’air du temps ? Pas du tout. On cherchait « yourte » « tour de Pise » et « Rome » et on était arrivé sur mon article « C’est la hutte finale » - une compilation d’exemples d’architecture ronde - grâce à Google qui proposait en bonne place dans les résultats de recherche certaines des illustrations que j’ai utilisées.
C’est pour ça que cet ici-blog ne dépassera sans doute jamais significativement son audience actuelle, c’est qu’il est sans objet. Il est une sorte de courrier collectif, de coup de téléphone jamais raccroché passé à des ami-e-s avec lesquel-le-s, en d’autres temps, d’autres lieux, nous avons établi un lien grâce à l’écriture en tant que tiers objet, avec lesquels ici, je peux faire comme si ce tiers n’était plus indispensable. Mais pour l’internaute lambda ? Oh, bien sûr, j’ai la faiblesse de croire que de loin en loin, un article ou un autre puisse être repris, cité ou qu’un lien pointe vers lui (j’envisage d’ailleurs un « Tout sur la yourte » dont vous me direz des nouvelles) mais franchement, pour qui ne me connaît ni des lèvres ni des dents, ce que je pense de ci ou de ça, mes fleurs, mes couchers de soleil, mes chats, mes objets monstrueux, mes tableaux, toute l’indispensable quincaillerie par laquelle passent mes journées et mes réflexions, quel intérêt ? Aucun.
Mais si j’en crois Wikio, on est un bon paquet dans cette zone indécise de la blogosphère où l’on n’écrit que parce que des amis sont assez proches pour venir nous lire sans passer ni un coup de fil ni un coup de Google : ayant classé les blogs selon 16 rubriques thématiques, dont certaines aussi vagues que « loisirs », Wikio fourre en vrac dans une dix-septième rubrique « divers » pas moins de 46,1% de l’ensemble des blogs (ce qui d’ailleurs invalide définitivement sa crédibilité).
Alors ? Ben alors comme d’hab : rien. Mais je me dis qu’une typologie des blogs qui voudrait les caractériser autrement qu’avec des critères indiquant leur potentiel publicitaire, devrait peut-être se demander ce que posent les blogs comme tiers objet(s) entre leur auteur et leur lecteur, se demander également à quelle distance de l’un et de l’autre ils le font et ce qu’ils proposent comme type de connection.
Que trouverait-on ? On retrouverait bien sûr les quatre catégories proposées par Ysengrimus : Le Carnet-télex. Le Carnet thématique. Le Journal intime cyber-anonyme. Le Carnet d’opinion et peut-être d’autres, mais on pourrait surtout qualifier les liens entre l’objet du blog et l’auteur d’une part, le lecteur d’autre part. J’essaie ? Ok, j’essaie, à partir de la liste des liens que je propose ici. Ces blogs là au moins, je les connais.
#numéro lambda# « Du sable dans l’engrenage » est un journal d’actualité, qu’Y. classerait entre le carnet-télex et le carnet d’opinion, mais dont l’objet est incontestablement l’actualité politique et sociale française. C’est écrit « très près de la source », mais anonymement, par quelqu’un se présentant sous son étiquette professionnelle de journaliste. On n’est pas loin de gorge profonde et du vengeur masqué. Le lecteur est invité à venir puiser à cette source là des éléments de nature a invalider l’information officielle, ou lui permettre d’exercer son jugement critique en disposant d’éléments d’appréciation alternatifs. On notera au passage que l’anonymat, qui permet à vous et moi d’écrire n’importe quoi, signe là le contraire : c’est par la liberté qu’il retrouve en n’étant pas identifiable que le journaliste authentifie le contenu qu’il propose.
« Chee-eh-ze » est un bloc-note perso, dont Y. ferait sans doute une sous-catégorie de son « Journal intime cyber anonyme ». Une photo par jour les bons jours et quelques lignes de légende. On est là encore très près de la source, qui pour être relativement anonyme – les billets sont signés « Carol »- reste néanmoins très personnelle. Le contenu n’a aucune prétention à l’universalité, d’autant que le point de vue adopté est la myopie, nécessitant de se rapprocher des sujet photographiés quasi à les toucher. C’est dont un bloc note sans autre objet que la capture et l’exposition d’instantanés quotidiens mais offrant sur l’environnement de l’auteure des points de vue détachés, dont l’affectivité est à première vue absente. Tout ça n’est bien sûr qu’une figure de style pour l’auteure puisque c’est bien ce vide apparent qui nous attire vers elle et nous pousse à vouloir la serrer dans nos bras. Les commentaires ne sont pas de mise. J’en mets. Elle ne répond jamais. Ça n’a aucune importance. On voit, là, que c’est un de mes blogs préférés ?
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« Félicité Pipelette » est un journal de voyage, que Y. classerait entre le carnet thématique et le journal intime, ces deux catégories ne lui convenant pas exactement. Ce n’est pas d’avoir été écrit principalement au Brésil (au Brésil !) où elle voyageait qui me parait significatif du thème mais plutôt le style du récit, qui vaut également pour les épisodes parisiens. Il s’agirait donc plutôt du journal d’une voyageuse dans l’âme. On est donc dans le récit d’aventure et la situation d’écriture posée n’est pas celle des notes écrites clandestinement sur un carnet secret en fin de journée, mais plutôt celui d’une réunion de bonnes copines où Félicité Pipelette commencerait un récit sur le ton de la fiction, par « Oh là là ! Faut que je vous raconte ! » Le lecteur se sent donc souvent interpellé, sollicité pour réagir, pour commenter, pour faire préciser. J’espère qu’elle va rougir en lisant tout ça, ce qui supposerait qu’elle ait réussi à sortir des chiottes dans lesquelles elle est enfermée depuis fin juin, mais je trouve ses billets très très écrits. Et très agréablement bien sûr. Félicité Pipelette compose, peut-être au plus près de ce qu’est l’auteure, va savoir ? un personnage dont chaque pas est un début de tour du monde entamé à cloche pied sans jamais se casser la gueule.
« Hara kiri » Le blog qui sort ses tripes, est à classer dans le journal d’opinion pour ce qui est de l’angle avec lequel les sujets sont abordés et dans le journal intime pour ce qui est du choix de ceux-ci. C’est donc un blog sans tiers objet explicite à première vue, très représentatif de la catégorie sur représentée (à laquelle j’appartiens) des blogs évoquant ce qui passe par la tête de l’auteur au moment où ça lui prend. Mais je connais assez l’auteur (et assez bien la catégorie) pour pouvoir affirmer que ce blog est le contraire de ce qu’il prétend. Sous des airs détachés – c’est exactement le mot qui convient – il est écrit avec le propre sang de l’auteur, ou pas loin. L’écriture étant bleue, on en tirera les conclusions qui s’imposent. Sous des faux airs éclectiques, on aura assez vite compris que les sujets essentiels pour l'auteur se comptent sur la main de sa bien aimée. Car sous des dehors rustauds, voire grossiers, se cachent - mal, tu peux sortir je t’ai vu - les vraies nécessités vitales d’écrire, d’aimer, de s’indigner, d’admirer, de faire des trucs. Il fait la bête, mais celle-ci a des ailes, oui bon, enfin, des plumes, du moins une. Sous son aspect dégueuloir, qui le rangerait définitivement du côté du journal intime, on sent l’exigence, le perfectionnisme qui laissent penser que l’objet tiers de ce blog là, c’est le blog lui-même, dont l’auteur n’est pas le sujet, mais le serviteur très attentionné.
« Intzecity » - De tout un peu et beaucoup de n’importe quoi. C’est un blog de la même veine que celui de Félicité pipelette, un journal faisant se succéder des chroniques, mais plus engagé dans la fiction. On tiendrait peut-être là un représentant quasi emblématique du « Journal intime cyber-anonyme » dont Y. relevait que sa forme permettait d’endosser un personnage et de s’y tenir. Dès lors, on pourrait avancer que le tiers objet d’Inzecity, c’est ce personnage féminin, en guerre, et armé. La forme adoptée est volontiers dialoguée. Les images, fixes, ont valeur d’illustration.
Et la je sens poindre la question à guidage laser : tu voudrais qu’elle aient quoi, comme valeur, les photos ? Rhô ben elles pourraient avoir valeur de sujet, en elles même, sans pattes de mouches dessus dessous. Un peu décollés du texte, elles pourraient avoir une valeur de contrepoint, être plus dans l’évocation que dans l’illustration. Ou jouer l’ironie, le contraste. Ou être juste là pour faire joli…
L’auteure pose son personnage, c'est-à-dire les textes qui le composent, à une distance d’elle et de nous qui nous est familière, puisque c’est celle de l’édition. C’est un proche qui est convoqué comme protagoniste dans cet espace d’interface ouvert entre l’auteur et le lecteur par les dialogues, où ce proche tient tour à tour le rôle de candide, de voix de la raison, de bonne ou de mauvaise conscience ou de punching-ball. Ma présentation pourrait faire penser à quelque chose de convenu et donc de quasi banal. Ouaip, sauf que c’est peu dire que la tueuse remplit ses munitions elle-même et qu’elle fait mouche. N’importe qui se piquant d’écrire dans le registre de l’humour désespéré (c’est mon cas) donnerait volontiers un rein pour la moitié seulement de ses trouvailles. Il est possible que son blog ait pour Inzecity valeur d’exercice (ou d’entraînement plutôt). C’est ce que je crois lire dans son « (…) je sais (enfin) ce que j’aime dans ma « pseudo vie » : ECRIRE ce genre de conneries. » Mais de mon point de vue, c’est déjà une parfaite réussite.
Sur « LaFrenière et poésie » on va faire court. Du moins j’espère. C’est un blog de publication. Jean-Marc LaFrenière édite là, il édite ailleurs, il édite partout. Partout sa poésie et quand ça déborde du blog, il l’édite sous forme de recueil papier. Je ne sais pas s’il entre pile poil dans la catégorie du carnet thématique de Y. ou peut-être que si, mais à condition alors de convenir que le thème en est la poésie « en général » ou plutôt, la poésie qu’il aime, celle dans laquelle il se reconnaît ce qui inclut d’autre poètes que lui. Mais pas tous bien sûr. Les textes sont posés à mi-chemin de l’auteur et du lecteur, l’un les ayant poussés assez loin, y compris dans leur forme parfaite, pour que l’autre les saisissent tel quels. Prévoir quand même lunettes de vue. Nous sommes donc dans une perspective livresque et c’est peu dire que l’auteur ignore superbement les possibilités offertes par l’édition Web, sauf en ce qui concerne sa liste de liens, qui pointent soit à l’interne sur les auteurs invités, soit à l’externe sur le site des auteurs invités. Il ne met une image en ligne que s’il lui tombe un œil. Reste – même si ça n’a rien à voir avec notre tentative typologique – que c’est un immense poète, vivant, bordel, VIVANT !
« Le blog de Jean Pierre Martin » illustre parfaitement l’intérêt qu’il y a pour moi de distinguer le tiers objet du blog de ce qu’on appellerait l’angle en journalisme, le style ailleurs, mais qui me semble tenir à la relation que l’auteur entretient avec ce qu’il donne et que j’ai appelé je sais plus où la distance. L’objet du blog de Jean Pierre Martin est le même que celui de #numéro lambda#, à savoir l’actualité, un chouia plus triée, un chouia plus internationale, mais c’est peu dire que l’écriture n’est pas la même. La perspective est bien journalistique, mais le ton ouvertement satirique. Une chronique comme « Crash social a Airbus » par exemple, restée en travers de la gorge de qui on sait, illustre magnifiquement le court circuit salutaire pour la pensée que peut introduire le rire entre le thème de la chronique et son lecteur. Tiens, ben là, par exemple, les « illustrations » n’illustrent pas, elles ont valeur de contrepoint : dans le thème mais juste décalées comme il faut par leurs légendes pour avoir leur mélodie propre. On est dont bien dans un projet éditorial, assez classique mais on n’a vu que ça n’empêchait pas le talent. C’est le seul blog de notre liste doté d’une équipe de rédaction.
Le tier objet de « Netkulture » (…un monde @ part… surprenant… insolite… un autre reg@rd...) c’est le point de suspension. Non, je plaisante, c’est l’insolite lui-même. Ce blog se présente comme une version moderne du « cabinet de curiosité » apparu à la Renaissance en Europe, un mardi. Netkulture feint le déballage sans chichi et la collecte tout azimut de ce que cette petite planète bleue peut produire de plus dingue. Les commentaires de présentation, d’une sécheresse subsaharienne pourraient laisser penser que Tonton, l’auteur, nous balance ses trouvailles sous les yeux, limite pressé de s’en désencombrer. C’est une attitude composée. Je sais pour avoir souvent remonté aux sources que Tonton propose, qu’elles ont vite des allures de fleuve. Il y a des sites entièrement consacrés aux théières rigolotes, d’autres dans lesquels il faut déambuler longtemps pour enfin trouver le canapé façon cul de Cadillac années 50. Tonton choisi. D’une façon parfois contestable mais me semble-t-il toujours assurée. On est donc loin du n’importe quoi et du coup les trois mots laconiques portés en guise de présentation m’apparaissent plutôt comme dictés par une exquise politesse : celle de ne pas encombrer la surprise qu’il espère éveiller chez son lecteur. Ou alors c’est juste qu’il n’a pas le temps.
« Terre de paysages » est un vrai beau « carnet thématique » selon la typologie de Y., mais pour lequel le terme de « Journal de voyage » qui pourrait en constituer une sous-catégorie, me parait plus précis. Ouvert à l’occasion d’un tour du monde, ce blog permet à tout un chacun, et en particulier à leurs proches, de suivre quasi en temps réel la progression des deux voyageurs. C’est d’ailleurs une différence notable avec le journal de voyage « classique », puisque dans la version papier, il fallait attendre que le périple se termine pour en prendre connaissance. J’aurais déjà pu noter cette faculté du blog d’être actualisé quasi en temps réel à propos de celui de Félicité Pipelette, sauf qu’elle est restée coincée on ne sait ni où ni pourquoi fin juin. Le tiers objet de « Terre de paysages » est bien sûr ce tour du monde, ce voyage précis et hormis son actualisation, sa perspective est celle d’une publication classique, avec une dominante d’images qui viennent me semble-t-il économiser les mots.
Où est ce que je vais traîner encore ? Je fais régulièrement un saut sur « Au jour d’hui » dont le tiers objet, implicite, est l’écriture elle-même, l’approche l’échantillonnage et la perspective l’édition classique. Ça doit pouvoir servir à quelque chose puisque c’est de là que j’ai atterri chez Ysengrimus et son carnet, que je ne vais sans doute pas tarder à rajouter dans ma liste de liens. Le tiers objet du carnet d’Ysengrimus, que je ne connais pas encore bien, semble être le fait de société, dans la perspective explicite d’en débattre à partir de l’opinion exposée par l’auteur. L’espace proposé est celui du forum, de la tribune et sa modalité l’échange de vues, très occasionnellement de noms d’oiseaux. Y. est un tribun, un polémiste, un attaquant service-volée mais qui ne craint pas le jeu de fond de cours. Son écriture à la carrure pour ça. Il utilise une langue dont la richesse m’a fait penser à Stalker, mais dont la zone n’aurait pas oublié que le fiel peut attendre.
Tout ça est encore conceptuellement un peu flou, d’ailleurs j’ai bien l’impression que je suis plus près de l’appareil critique que de la classification. Vous pouvez réveiller votre voisin. ♣
Publié dans la spirale des carnets | Commentaires (2)



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Commentaires
T'es gentil mais quand t'as vu le bonhomme faut une sacrée putain de paire d'ailes pour le faire décoller hein ? Mais je te rassure je mets pas tout ce que j'ai dans la tête hein, c'est un sacré bordel là-dedans. ;-)
Écrit par : HaraKiri | 21.07.2009
Répondre à ce commentaireMerci (mais pitié garde ton rein, ça peut servir :D)!
Écrit par : Inzecity | 28.07.2009
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