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12/09/2009

Le plie-linge Gifi II

Plie linge 2.jpg
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Lettrine (J plie linge 2).jpgamais vu un truc aussi bon. Pourtant, des objets bons, ce carnet de notes en regorge. Mais leur excellence, associée à une autre qualité, semble s’y diluer : ils sont bons et marrants, bons et surprenants, bons et bizarres. Celui là est pur : il est juste bon. Il est extrait de l’actuel prospectus Gifi, des idées de génie, où il figure à la page qu’il mérite : la première. C’est vrai qu’une bonté aussi monumentale, ça gagne à être connu, ça s’affiche, ça va faire date, créer un précédent, battre un record, établir une nouvelle norme. Les foules incrédules vont se précipiter, des files d’attente se former avant même l’ouverture des magasins. On voudra venir voir de ses propres yeux voir, toucher la chose, s’assurer en personne de sa réalité. Il est assez vraisemblable qu’une mode se crée, que des soirées pliage de tee-shirts s’organisent entre amis pour communier, que ça finisse en jeu télé, en discipline olympique.

 

Mais en attendant, c’est juste un objet bon. Je sais bien qu’il s’en trouvera parmi vous pour m’apporter la contradiction, se faire l’avocate du diable (de Tours) que non merci, que pas du tout, que sans façon, qu’un simple album de bande dessiné ou qu’un bête assemblage de quatre cartons font très bien l’affaire, que plier le linge n’a jamais été un enfer, qu’il n’y a vraiment pas lieu de trouver dans le plie-linge Gifi une satisfaction. Pourquoi pas la foi pendant qu’on y est ! Aie donc, crévinguieux, merdequoi.

 

Mais qu’on réalise quel était jusque à présent la vie tourmentée du producteur de testostérone bio, célibataire, à l’heure de s’occuper du linge. Il s’est retrouvé assez vite dans son premier chez lui confronté à cette réalité simple, mais qui lui avait échappé jusque là, selon laquelle le processus conduisant du linge sale aux piles d’habits impeccablement rangées dans une armoire n’avait rien à voir avec le cycle naturel de l’eau ou la successions des saisons et qu’à défaut d’une intervention de sa part, son linge sale allait le rester. Pour une raison tout à fait indépendante de sa volonté – et de la mienne –  sa mère est à ce moment là en panne ou aux bahamas. Il va au lavomatic, forcément, au moins une fois, plutôt content de lui au départ, l’innocent. Comment n’y avait-il pas pensé ? À chaque problème sa solution : Il a faim, il va au resto. Il a soif, il va au bistro. Il a sommeil, il va au dodo. Il a du linge sale, il va au lavomatic. Tout le monde va au lavomatic.

 

Il n’ira plus jamais au lavomatic. En entrant, il retrouve instantanément les sensations de son oral du Bac. Ça y est, il sait ce que c’est que de comparaître devant un jury d’assise ou d’être en garde à vue. Il a compris immédiatement qu’avec son sac de linge sale à la main, dont il projetait – tiens tiens ? - de faire disparaître les traces douteuses. Il était infiniment SUSPECT.

A partir de là, les témoignages divergent. Pour certains, assez peu crédibles, l’individu est allé jusqu’à laver ses affaires, repartant ensuite avec précipitation (il pleuvait) mais difficulté, chargé qu’il était d’un sac devenu beaucoup trop lourd pour lui, ses forces l’ayant semble-t-il abandonné. On l’aurait vu entrer subséquemment chez un thérapeute. Selon d’autres témoignages, après avoir poussé la porte, l’individu aurait tourné les talons sans attendre, bredouillant quelque chose comme « Excusez moi, je me suis trompé de numéro. » La rumeur publique colporte qu’ultérieurement, après ce qui apparaît du coup comme un premier repérage, il serait revenu à trois heures du matin, à un moment où il était presque sûr de ne pas être surpris.

 

Donc il achète un lave-linge ; son rapport investissement/bénéfice est un chouia plus favorable qu’une psychanalyse. Il l’a choisi à chargement frontal, avec un hublot parce qu’il lui semble qu’alors, il pourra surveiller que tout se passe bien. Puis hublot, ça fait un peu transatlantique. Après une première lessive à l’issue de laquelle tous ses sous-vêtements ressortent d’un très joli rose, il comprend assez vite qu’on ne lave pas impunément ensembles les tee-shirts et les rideaux. Il apprend vite. Ses expériences, variées, aboutissent toutes au rachat d’une garde robe intégrale, mais les vêtements neufs ayant souvent l’avantage d’être propres, ça roule. Un jour enfin, après qu’une première panière de linge ait été retrouvé morte, empoisonnée aux champignons faute d’avoir été étendue, notre futur candidat à l’achat du plie-linge se retrouve finalement avec des vêtements propres, secs, mais froissé.

 

Puis un déclic se fait, une connexion s’établie. Notre sujet - appelons le, je ne sais pas moi, James par exemple - est un homme. Il a donc une confiance inébranlable en la technique. Il réalise en une vision comparable à celle de Saint Paul sur le chemin de Damas les tenants et les aboutissants du problème linge. Il associe, il conçoit, il échafaude et bientôt – vous devriez demander aux enfants de reculer un peu – il s’organise. Ça passe bien sûr par des achats, puis quelques travaux, mais on n’a rien sans rien. L’œil attendri de la caissière le dédommage largement alors qu’il passe tout encombré d’un caddie contenant pêle-mêle une planche à repasser décor chatons, un séchoir Tancarville, une centrale vapeur avec fer, une jeannette, « Le repassage pour les nuls », des cintres, un portant, une peluche de raton laveur brusquement désirable sans qu’il sache pourquoi, un pulvérisateur à main, une bombe d’amidon, des torchons pour commencer doucement.

 

Il a repéré dans son emploi du temps un moment favorable dans la semaine, correspondant probablement au passage télé d’une série que tout le monde regarde sans oser l’avouer, ce qui interdit heureusement les visites surprise, et il s’y met. Bientôt, pourquoi se le cacher ? il trouve un certain plaisir à transformer un tas de chiffons en piles de vêtements classés en ordre chronologique et alphabétique décroissant sur les étagères de son dressing.

 

Mais il se souvient comme si c’était hier de sa rencontre décisive avec le plie-linge. Jusque là, le pliage restait une étape manuelle un peu contrariante dans un processus largement mécanisé. Mais le plie-linge mes frères, alors là oui ! Écoutons le témoignage de James : « Je suis très bordelique chez moi et pourtant je connais cet objet grâce au Télé-achat depuis quelques années. Moquez-vous, braves gens, mais cet objet va révolutionner votre vie ! Croyez-le ou non, on peut tout plier correctement : chemises, robes, pantalons, pulls, toutes les fringues. »  James a enfin gagné sur sa nature profonde, il ne craint plus les quolibets de la foule, il avance désormais dans la vie tête haute sur un chemin glorieux bordé de piles de vêtements parfaitement ordonnées dont la cime se perd dans les cieux. Tout ça grâce au plie-linge. Recueillons nous un instant.

 

...

 

En vérité, je vous le dis, ce truc est bon.

 

 

 

Plie-linge (trois couleurs).jpg
Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, j'ai la joie de vous annoncer que le plie-linge existe en plusieurs couleurs : rose pour les filles, bleu pour les garçon, anthracite pour les mineurs. Un autre modèle, d'autres coloris et même une démo animée en suivant le lien.

 

Commentaires

Ce texte est aussi bon que le plie-linge !
Mais si une jeannette est une petite Jeanne, c'est quoi une petite Mélanie ? et ça sert à quoi ?

Écrit par : melanie | 12/09/2009

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Une jeannette n'est pas du tout une "petite Jeanne" quand à une "petite Mélanie", comme disait Confusius, ou son psy, je ne sais plus : "Personne ne devrait confier à un autre le soin de répondre à la question de savoir quelle sens a sa vie." Pour la bonne raison que la plupart du temps, on a bien autre chose à foutre. ♣

Écrit par : ♣ | 12/09/2009

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c'est fou Jimidi ,c'est la première fois que je remarque que la photo du haut
est un panoramique dentaire.!!!!..pourquoi voyai-je un paysage neigeux ?

je trouve toujours le plie- linge aussi con.....
et ton texte tordant...

Écrit par : soisic | 12/09/2009

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Merci Soisic, c'est vraiment gentil. Pour le paysage dentaire, c'est un phénomène bien connu des correcteur : les titres, on ne les lit pas. C'est à dire qu'on les survole sans les regarder en détail.

Ou alors il faut changer de lunettes...

Écrit par : ♣ | 12/09/2009

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Je l'avais vu, mais la pub c'est comme les professions de foi électorales. Faute de l'étude raisonnée d'un laboratoire de recherche consommant beaucoup de T-shirts et d'ingénieurs mouillant jusqu'à leur chemise, on craint l'arnaque et 4 euros, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, 400.000 euros non plus,
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090622.OBS1460/le_congres_coutera_400.000_euros_selon_bernard_accoyer.html
ou alors c'est une manade.
Je vais essayer ce plieur pour ma sculpture "Underwood" dont je ne veux plus me séparer en voyage : elle ne tient pas dans une valise et elle est refusée comme bagage de cabine.
Toutefois, nous mettons les investisseurs en garde contre les produits dérivés sans avenir comme le plie-bagage pour personnes de la diversité qui ont eu l'imprudence d'inscrire leurs enfants à l'école et se sont vu chrétiennement prier de plier bagage. En effet, ce sont là gens sans foi ni loi ni bagage. Les professions de foi électorales, c'est pas comme la pub. Quand on annonce "demain on plie gratis", aujourd'hui ça se fait.
Hier, avec le "Nouvel OMO", il fallait nouer le linge avant de le laver et il fallait, selon le "Rapport Coluche", une semaine pour défaire les noeuds mouillés qui moisissaient.
"Comprenne qui voudra !
Moi, mon remords, ce fut
la première panière de linge
au regard d'enfant perdue,
celle qui ressemble aux morts
qui sont morts pour être aimés.
C'est [presque] de l'Éluard. Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

Écrit par : lou | 13/09/2009

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