Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/02/2010

The Mist - Brume - Stephen King

 The Mist (affiche du film).jpg

 

 

 

 

 

Lettrine (T tentacule).jpgiens, pendant que je suis dans une période «  critique ciné » je pourrais également vous parler de « The mist », l’adaptation cinématographique de la nouvelle « Brume » de Stephen King par Franck Darabon.

Alors, que nous en dit l’incontournable Allociné ? Synopsis : Tandis qu'une brume étrange semble envelopper une petite ville du Maine, David Drayton et son jeune fils Billy se retrouvent pris au piège dans un supermarché, en compagnie d'autres habitants terrorisés. David ne tarde pas à s'apercevoir que le brouillard est peuplé d'inquiétantes créatures... Leur seule chance à tous de s'en sortir consiste à s'unir. Mais est-ce possible quand on connaît la nature humaine ? Alors que certains cèdent à la panique, David se demande ce qui est le plus effrayant : les monstres qui rôdent dans la brume ou ses semblables réfugiés dans le supermarché ?

Mouais… On va faire avec ça, mais il faut que je vous dise en premier lieu que « Brume » est mon texte préféré de Stephen King. Celui que je conseille à ceux qui n’en n’ont jamais lu (également à ceux peu désireux d’en lire). Il me semble qu’ils peuvent trouver dans cette longue nouvelle un bon échantillon de ce que cet auteur produit de meilleur. En conseillant cette lecture, j’espère toujours qu’encouragé par cette première expérience, le lecteur plongera également dans les autres nouvelles de ce recueil, la plupart excellentes, dans des genres très différents : Brume (déjà citée)/ En ce lieu des tigres / Le singe / La révolte de Caïn / Le raccourci de Mme Todd / L'excursion / Paranoïa / Le radeau / Machine divine à traitement de texte / L'homme qui refusait de serrer la main / Sables / L'image de la faucheuse / Le goût de vivre / Le camion d'Oncle Otto / Livraisons matinales (laitier n° 1) / Grandes roues : où l'on lave son linge sale en famille (laitier n° 2) / Mémé /  La ballade de la balle élastique / Le chenal.

C’est d’ailleurs exactement ce qui s’est passé pour moi. C'est-à-dire que n’ayant jamais lu de Stephen King, une collègue m’a offert ce recueil (son exemplaire auquel elle tenait). C’était en 1992 ou 93 et même après avoir lu depuis tout King plusieurs fois, Brume reste son texte que je préfère. Pas seulement pour des raisons nostalgiques. Il me parait combiner à la perfection des sources d’inspirations, des courants, des situations chères à l’auteur et qu’on pourra apprécier également dans beaucoup d’autres de ses textes :

Le huis-clos. Dans une perspective quasi sartrienne puisque à l’intérieur de ce supermarché isolé du monde par la brume, les interactions entre les clients, la révélation de leur nature profonde par la situation extraordinaire est à l’évidence ce qui a intéressé l’auteur pour une bonne moitié. En cherchant un peu, on trouvera sans peine plein d’autres situations de huis clos dans King. Trois me reviennent : Jessie, attachée à son lit pendant l’essentiel du roman, La petite fille qui aimait Tom Gordon, seule dans une forêt pendant des centaines de pages, Misery, dont l’essentiel se passe chez cette cinglée d’Annie Wilkes.

Les monstres. Soyons clair : King n’usurpe pas sa réputation d’écrivain de récits d’horreur et de ce coté là également, dans « Brume », on en a pour son pognon. Y’a de la tentacule carnivore, de l’araignée monstrueuse et l’auteur de mégote pas sur l’hémoglobine. Perso, ce n’est pas le côté que je préfère chez lui, d’autant qu’il sait également parfaitement créer un climat d’angoisse sans aucun « effet spécial » et d’ailleurs, c’est bien ce qui se passe à l’intérieur du supermarché. Mais les monstres, il aime ça. King a un côté « série B » qu’il semble assumer complètement. On trouvera d’autres monstres très convaincants dans «Ça », dans « Dreamcatcher », entre autres.

La situation-le fantastique. Difficile de partager ces deux items. Une partie de l’immense talent de Stephen King consiste à imaginer des situations hautement improbables - ici des gens coincés dans un supermarché - puis a envisager comment vous et moi nous réagirions, en pimentant le tout d’une touche ou d’une tonne de fantastique. Dans « Brume », on est plutôt dans la tonne, avec cette idée assez récurrente chez S. King, des mondes parallèles et des incidences qu’ils peuvent avoir sur le nôtre.

L’analyse psychologique. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer S. King et son côté gore, mais il me semble que même son plus ardent détracteur ne pourrait pas ne pas reconnaitre le génie qu’il a pour nous faire partager la moindre nuance de sentiment, d’émotion, de réflexion de ses personnages. Il fonctionne beaucoup au « dialogue intérieur » mais c’est sans doute dans ce registre que je le trouve le plus convaincant. Je crois qu’hélas, la méconnaissance de cette dimension est la principale source de malentendu le concernant et d’ailleurs la principale source de ratage de ses adaptations ciné ou vidéo.

Oui, parce qu’autant vous le dire tout de suite, « The mist » est une adaptation ratée, et bien ratée. On en jetterait à tort la pierre au réalisateur, puisque il signe également l’excellent « La ligne verte » (Tiens ? Encore un huis-clos). Alors ? Alors on reste tout le long dans la série B, quand l’essentiel du drame devrait plutôt se tenir dans le supermarché et se nouer bien d’avantage dans l’affrontement entre clients qu’envers les créatures. La très convaincante cinglée intégriste catho donne sans doute une des clés du ratage. Sans doute aurait-il fallu que les acteurs puissent avoir tous sa profondeur de jeu, mais sans doute aurait-il également fallu que le scénario (et le budget) leur permette. À défaut, on est dans un petit film avec monstres, dont la fin est juste révoltante.

Dans la nouvelle originale, la fin est très ouverte. Là, elle est juste conne et ruine le peu d’intérêt qu’on pouvait trouver au film. Il parait que S. King aurait quasi regretté de ne pas l’avoir écrite comme le film la propose. Mouais. On va être charitable et penser que l’amitié qui lie à l’évidence le réalisateur et l’auteur – si on en croit les bonus – explique cette coupable indulgence.

Mais on sait également (Cf. « Écriture : mémoire d’un métier » de S. King) que l’auteur érige quasi comme une position de principe le fait de ne pas se mêler des adaptations ciné ou vidéo de ses textes. Ses détracteurs diront : « Sauf quand il est payé pour. » mais je ne crois pas que ce soit seulement une histoire de pognon, d’autant qu’il en a à ne plus savoir qu’en faire. Non, je vois là plutôt un trait dont ses écrits sont, mine de rien, très empreints : il a toute confiance en l’humain. Ça n’étonnera pas ceux d’entre vous qui me connaissent un peu, mais je me retrouve assez dans le côté « désespérément optimiste envers autrui » de S. King mais dont « The Mist » est hélas singulièrement dépourvue.

 

 

 

 

Publié dans Bide total | Commentaires (0)

Écrire un commentaire