30.04.2010
Jeu de dupes

n pourrait. On peut toujours. On pourrait imaginer l’histoire dont cette photo, ou une autre, serait selon l’inspiration le point de départ ou d’arrivée, le décor, un personnage, une vue de l’esprit ou un fragment de scène de crime. On pourrait puisque c’est l’invitation, la consigne. On pourrait d’autant plus volontiers que tout semble nous y inviter dans l’image : L’extérieur et son mobilier d’extérieur – table ronde en mosaïque, chaises en fer forgé - l’ombre bleue du jardin, le stylo Waterman ouvert sur la page encore vierge, La théière et sa tasse (les deux un peu petites pour moi) la saison qu’on devine estivale et l’heure qu’on imagine propice. On pourrait, mais on ne le fera pas, du moins pas tout à fait. On se méfie des pièges de l’image. On se méfie même de l’image.
On va lire – je n’en doute pas – chez d’autres auteurs, des récits évocateurs très imprégnés de la perpétuelle nostalgie de l’écriture pour les jardins, pour le stylo à plume, pour le papier, l’encre, le thé, l’été, l’ombre bleue, toute cette quincaillerie sentimentale attachée à l’idéal de l’écrivain depuis qu’Hugo l’a planté seul, échevelé, livide au milieu des tempêtes, un peu maudit mais curieusement jamais enrhumé, ou Colette repiqué dans un jardin exubérant dans lequel les nuages d’allergènes ne passent jamais. Je vois déjà mes pairs foncer tête baisser dans l’image proposée, se planter dans le trou du parasol, pour éclore en une corole de phrases parfum chlorophylle, sans évoquer le passage obligé de leur texte par leur clavier s’ils veulent avoir la chance de figurer sur le blog ami-mille.
C’est donc une image trompeuse, prise d’une tour d’ivoire, celle là même dans laquelle est enfermée l’idée qu’écrire suppose une résidence secondaire avec terrasse sans vis-à-vis, à l’abri du monde mais exposée plein sud, avec jardin ET jardinier sinon on aurait le temps de rien (et l’air de quoi ?) sans oublier le Waterman et les rames de papier bleuté. L’écriture nous attendrait là, espérant depuis cent ans notre baiser, alors que la seule chose vraiment raisonnable en la circonstance, serait de lui planter notre Waterman dans le cœur, à cette morte-vivante.
L’écriture peine à trainer les boulets séduisants du romantisme. Pourquoi s’en encombrer ? On expédie notre texte en cours par mail pour le continuer entre deux rendez-vous sur les différents ordis croisés dans la journée. On a une idée mais rien pour la noter debout dans le bus, alors on appelle la maison en priant que personne ne décroche pour la confier au répondeur. Une phrase vous vient à la cafète, on la note à l’envers d’un ticket qu’on croira avoir égaré avant de le retrouver deux semaines plus tard parmi d’autres trucs. On vivra cette vie de dingue à laquelle l’écriture se cramponne comme l’être symbiote qu’elle est. On sera très très loin de la terrasse ouverte sur le jardin et de son ombre bleue mais si finalement on y arrivait, la DERNIERE chose à laquelle on penserait, se serait bien l’écriture, puisqu’on serait en vacances.
♣
(Suivait une phrase de remerciement et un lien pour aller sur le blog. J'enlève l'un et l'autre puisque les animatrice ayant lancé le jeu, après avoir publié ce texte, l'ont retiré sans un mot d'explication. Idem pour le texte que j'avais proposé pour le jeu N°3. Idem pour mes commentaires. Hop ! En voilà des façons !)
Publié dans Ben v'la aut' chose ! | Commentaires (18)




Trackbacks
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Commentaires
joli contrepied
j'aime bien !
Écrit par : zok | 30.04.2010
Répondre à ce commentaireUne mise en perspective intéressante.
Écrit par : Madame Kévin | 30.04.2010
Répondre à ce commentaireMerci vous deux. Me voilà un peu rassuré. Je craignais que ce texte ai l'air de cracher dans la soupe...
♣
Écrit par : Jimidi | 01.05.2010
Répondre à ce commentaireben c'est pas moi que ça gênerait.
y'a deux idées qui me plaisent :
- le fait que l'écriture ne soit pas un truc élitiste de littéraire cultivé, réservée aux seuls passagers des facs de lettres
- et le fait que l'inspiration qui serait un petit être fragile qui n'accepte de sortir qu'au calme, de peur d'être maltraitée, est une connerie (pour moi). Je pense plutôt que le calme aide à maîtriser un flux continuel que nous ne soupçonnons pas forcément.
pour le reste, je n'ai pas les références nécessaires, n'ayant pas lu mes classiques, ni grand chose d'ailleurs.
cette image se prête bien à ton texte justement, enfin le contraire. Elle est géniale (merci thé citron) car un peu tarte à la crème et naïve et évoque déjà tellement de choses évidentes qu'on a envie de la maltraiter. On prend les devants car on craint que beaucoup de textes ne fassent que broder autour de ce qui saute aux yeux.
bon je m'arrête là, je vais encore me faire des amis...
Écrit par : zok | 01.05.2010
Répondre à ce commentaireBordel, je me bagarre, dans la "vraie vie" (si ça veut dire quelque chose) et sur mon blog pour que l'écriture ne soit pas un truc élitiste de gens soit disant cultivés qui se regardent le nombril.
Écrit par : Madame Kévin | 01.05.2010
Répondre à ce commentaireC'est un noble combat (c'est d'ailleurs le mien également) mais qu'y a t-il entre une écriture élitiste de gens soit disant cultivés qui se regardent le nombril et le fétichisme consistant à s'acheter un Waterman élitiste de gens soit disant cultivés qui se regardent le nombril ?
Totalement d'accord avec Zok pour penser que la sacro sainte "inspiration", c'est très surfait. S'il fallait attendre que la ligne directe avec les muses soit dispo, on n'écrirait pas beaucoup...
♣
Écrit par : Jimidi | 01.05.2010
si c'était le contraire tu ne m'aurais jamais vu passer !
rentre tes griffes :)... ha non, remarque...
Écrit par : zok | 01.05.2010
Répondre à ce commentaireTiens, moi je considère que je fais de la littérature de divertissement et j'écris avec mon ordi ou un stylo bille offert par Argel. Bon, ça va, pas élitiste moi alors. J'aime bien l'idée de littérature de divertissement. Je n'ai pas beaucoup entendu d'écrivain se dire de cette mouvance.
Écrit par : Hara Kiri | 01.05.2010
Répondre à ce commentaireJe ne suis pas sûr de bien comprendre à quoi servirait la littérature si ce n'est à distraire ? Ce serait quoi le contraire ? Une littérature qui prend la tête ? ♣
Écrit par : Jimidi | 01.05.2010
Ba pour beaucoup la vraie littérature, ce qu'ils appellent la grande littérature, c'est un peu comme la musique classique, la grande musique comme si les autres étaient petites.
Du coup, y'a peu de monde qui se vante d'écrire pour divertir, ce qui ne nécessite pas forcément de très bien écrire, ou d'avoir une écriture ronflante, mais qui nécessite surtout de savoir raconter. Y'a peu d'écrivains qui acceptent le fait que l'on dise d'eux qu'ils n'écrivent pas très bien, mais qu'ils racontent bien.
Bon, c'est pas clair ce que je dis, la fatigue sans doute.
Comparons ::: cinéma
C'est comme si tu prenais les 7 samourai de Kurosawa, un pur chef d'oeuvre et la cité de la peur, le film de les nuls. L'un serait du grand cinéma et l'autre du cinéma de divertissement. Ba moi, je veux bien représenter l'équivalent de la cité de la peur en matière d'écriture. Na !
Écrit par : Hara Kiri | 03.05.2010
Répondre à ce commentaireJe crois qu'on peut ranger Stephen King (que j'aime beaucoup lire, du moins, la plupart du temps (il a également ses bouquins ratés))dans la catégorie des écrivains qui n'écrivent pas magnifiquement bien (du moins pas tout le temps) mais qui s'y entendent pour raconter une histoire... Mais pour revenir à la comparaison Kurosawa/les nuls, je trouve difficile de mettre le doigt sur ce qui fonde cette différence qu'on "sent" pourtant très bien entre un grand film et un bon film... Le sujet ? Le ton ? Le deuxième veut faire rire et pas le premier ? N'y aurait-il de "grandes" oeuvres que dramatiques ? ♣
Écrit par : Jimidi | 03.05.2010
Répondre à ce commentaireperso, je pense que c'est de la prise de tête inutile tout ça.
je fonctionne au j'aime/j'aime pas. j'ai certainement été traumatisé par les profs de français qui tentaient d'expliquer "ce que l'auteur" avait voulu dire. je me disait toujours "comme si tu savais ce qu'il avait dans la tête au moment où il l'a écrit". (faudra d'ailleurs que je mette ça dans une nouvelle, que je me fasse un prof de français :):) ).
alors les interprétations et les analyses, ok, mais pas pour savoir ce qui est mieux, bien, pas dans telle mouvance, sinon vous tombez dans l'élitisme décrié plus haut.
Écrit par : zok | 04.05.2010
Répondre à ce commentaireIl y a des écrivains de divertissement bien sûr (Musso, Lenoir, Coehlo..)et comme le dit Kats ils racontent très bien des histoires et c'est tant mieux. Après, il y a ceux qui ont du style mais m'emmerdent, et pis ceux plus rares qui savent faire les deux, manier une belle langue au service d'un contenu romanesque ou pas.
Mais je ne suis pas sûre qu'il faille se satisfaire du j'aime /j'aime pas. Sinon tout se vaut ... ben non tout ne se vaut pas ! heureusement !
enfin derniere reflexion, je n'ai jamais compris ceux qui se "vantaient" d'être incultes. La culture ouvre l'esprit car elle permet les rapprochements, les comparaisons, les continuités. Personnellement j'adorerais être cultivée ! (ma mémoire défaillante ne me le permet pas...), la culture est aussi une preuve d'ouverture d'esprit d'autant qu'elle se poursuit toute la vie, même si on a été allergique à l'école ! Il ne faut pas confondre culture et elitisme, ni culture/nombrilisme, ce que vous ne faîtes pas d'ailleurs ! ;=)
Écrit par : cat de Tours | 04.05.2010
Répondre à ce commentaire;)
ben non tout ne se vaut pas, y'a ce que j'aime et ce que je n'aime pas. :p
je vais pas moins aimer un truc parce que la culture dit que c'est moins bien.
Écrit par : zok | 04.05.2010
Répondre à ce commentaireOui, mais... J'y reviens : à quantité égale de plaisir entre deux livres qui vous plaisent, disons pour moi un bon Stephen King (par exemple Duma key) et Le parfum de Patrick Suskind (dont je viens de chercher le nom dans Google), deux livres que j'ai adoré, il est quand même assez évident que l'un est bon et l'autre grand, mais qu'est ce qui fonde cette différence ?
(Sinon, je le confesse ici bien humblement, j'ai lu Proust juste pour pouvoir me la péter en société. Ben vous savez quoi ? J'ai adoré également !)
♣
Écrit par : Jimidi | 04.05.2010
(Pendant que j'en suis aux confessions, et pensant à Zok, je parle de Victor Hugo comme figure emblématique de Romantisme, mais là, c'est par culture générale vu que je ne crois pas en avoir lu, du moins en roman. En poésie, si. D'ailleurs, le seul poème un peu long que je sache par coeur est de Victor Hugo. Tu dis ? Lequel est-ce ? T'es de a police ?)
♣
Écrit par : Jimidi | 04.05.2010
Répondre à ce commentaireZok ? Le prochain numéro de notre revue "Scribulations", prévu pour octobre prochain est un numéro "noir". T'aurais pas des textes à me proposer ? (Ben quoi, tu vas quand même pas me reprocher de "faire mon marché", je suis quand même CHEZ MOI ! lol !)
Mon adressse : jean-marie-dutey@hotmail.fr
C'est quoi Scribulations : rechercher sur Google !
♣
Écrit par : Jimidi | 04.05.2010
Répondre à ce commentaireha ben je suis flatté moi, fais ton marché !
et en texte "noir" j'ai quelques trucs.
en échange t'as un éditeur sympa ? :):)
*sifflote
Écrit par : zok | 04.05.2010
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