02/06/2010

En un mot

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Y’a des trucs qui font du bien à lire, ou à relire, en ce moment. Comment dire mieux que le contrôle, les demi-mesures, les précautions, la maîtrise, la correction, les ornières, les balises, le et la conditionnel-le, la chape de plomb et semelles assorties, y’en a marre ?

 

 

 

 

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u Monde Magazine nous recevons chaque semaine un nombre de lettres et de courriels somme toute raisonnable. En général il s'agit de vos réactions - argumentées - de lecteurs à tel ou tel dossier. La plupart du temps, les critiques s'équilibrent. Mais parfois, la boîte mail s'affole. C'est le cas depuis début avril autour de deux pages dues à nos chroniqueurs. Dans sa chronique «Délibéré» du 27 mars, Christophe Donner émettait des réserves quant à la qualité documentaire de l'ouvrage de Florence Aubenas. Puis, dans sa page « Dans les cartons de Plantu» du 3 avril, notre dessinateur emblématique représentait le pape en train de violenter un garçonnet. Beaucoup de lecteurs ont été choqués par ces deux « sorties» et nous l'ont fait savoir.

Un mot, alors, pour rappeler, en ces temps de grande pudeur normative et de politiquement correct agressif, un mot pour rappeler que nos chroniqueurs sont libres. Libres comme Christophe Donner d'être le seul critique de la presse française à ne pas partager l'enthousiasme général au sujet d'un best-seller écrit par une journaliste unanimement appréciée. Libre comme Plantu - pourfendeur de tous les intégrismes - de représenter le scandale de la pédophilie de certains prêtres comme il le souhaite. Et rappelons dans cette dernière affaire que ce qui est choquant, pour nous, ce n'est pas le dessin mais le fait que des ecclésiastiques catholiques pédophiles soient couverts par leur hiérarchie. Didier Pourquery 10/04/2010

 

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ur mes cahiers d'écolier, sur mon pupitre et les arbres, sur le sable de neige : j'écris ton nom. Sur toutes les pages lues, sur toutes les pages blanches, pierre, sang, papier ou cendre : j'écris ton nom. Sur les images dorées, sur les armes des guerriers, sur la couronne des rois : j'écris ton nom. Sur la jungle et le désert, sur les nids sur les genêts, sur l'écho de mon enfance : j'écris ton nom. Sur les merveilles des nuits, sur le pain blanc des journées, sur les saisons fiancées : J'écris ton nom. Sur tous mes chiffons d'azur, sur l'étang soleil moisi, sur le lac, lune vivante : j'écris ton nom. Sur les champs, sur l'horizon, sur les ailes des oiseaux et sur le moulin des ombres : j'écris ton nom. Sur chaque bouffées d'aurore, sur la mer sur les bateaux, sur la montagne démente : j'écris ton nom. Sur la mousse des nuages, sur les sueurs de l'orage, sur la pluie épaisse et fade : j'écris ton nom. Sur les formes scintillantes, sur les cloches des couleurs, sur la vérité physique : j'écris ton nom. Sur les sentiers éveillés, sur les routes déployées, sur les places qui débordent. J’écris ton nom. Sur la lampe qui s'allume, sur la lampe qui s'éteint, sur mes raisons réunies : j'écris ton nom. Sur le fruit coupé en deux, du miroir et de ma chambre, sur mon lit, coquille vide : j'écris ton nom. Sur mon chien gourmand et tendre, sur ses oreilles dressées, sur sa patte maladroite : j'écris ton nom. Sur le tremplin de ma porte, sur les objets familiers, sur le flot du feu béni : j'écris ton nom. Sur toute chair accordée, sur le front de mes amis, sur chaque main qui se tend : j'écris ton nom. Sur la vitre des surprises, sur les lèvres attendries, bien au-dessus du silence : j'écris ton nom. Sur mes refuges détruits, sur mes phares écroulés, sur les murs de mon ennui : j'écris ton nom. Sur l'absence sans désir, sur la solitude nue, sur les marches de la mort : j'écris ton nom. Sur la santé revenue, sur le risque disparu, sur l'espoir sans souvenir : j'écris ton nom et par le pouvoir d'un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer : liberté !

Paul Eluard in Poésies et vérités, 1942

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Ha oui, tiens, ça rejoint ce que je disais à l'époque à propos de Berth, un dessinateur qu'un site catholique (enfin, qui prétend l'être), avait fustigé suite à un dessin sur l'eucharistie et avait mis en place une pétition pour le faire virer du journal dans lequel il officie. Mais ça rappelle encore plus loin, le cas de Siné, qui a été viré de Charlie Hebdo parce que le directeur, Val, est à la botte de Sarkozy et que Siné avait signé un pamphlet contre Jean Sarkozy (rappelons que Val est un gros con en plus d'un lâche et d'un léche bottes).
De nos jours, il vaut mieux lécher les bottes que d'être lucide, courber l'échine que de bomber le torse. Le politiquement correct doublé d'une lâcheté omniprésente, détruit petit à petit la liberté d'expression pour le plus grand plaisir de ceux qui ont à en pâtir, c'est à dire ceux qui s'engraissent sur le dos des autres et, notamment, ceux qui sont au pouvoir.

Écrit par : Hara Kiri | 02/06/2010

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Effectivement, j'aurais pu rajouter l'hypocrisie, la veulerie, la lâcheté, la servilité, le moralisme... à la liste liberticides. Merci de ta visite !

Écrit par : Jimidi | 03/06/2010

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