24.11.2009

Toiles d'ameublement

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Lettrine (A Wahrol).jpglors là, les enfants, si vous aviez l’intention de vous marrer en lisant ce qui suit, vous allez sans doute être déçus. Il se trouve que j’étais chez Gifi pas plus tard que samedi matin dernier, avec ma fille. Qu’est ce qu’elle cherchait déjà ? Oui, une grande poubelle rouge. Il se trouve donc – quelle coïncidence ! – que les toiles-sur-chassis de cette pub, je les ai vues de près. Comment les éviter : elle vous sautent dessus dès l’entrée du magasin. J’ai donc vu ce qu’on distingue heureusement assez mal sur le prospectus, les coulures dorées, les paillettes.

 

Ces toiles ne sont pas seulement laides, et d'une pauvreté d'inspiration rare, elles sont révoltantes. L’argumentaire ne s’avance d’ailleurs pas à parler d’œuvre d’art : « Une toile moderne pour une déco très design. D’une dimension de 80x80, elle trouvera sa place aussi bien dans un salon que dans une chambre. Les visuels sont nombreux, il y en aura forcément un qui s’accordera à votre intérieur. »

 

Autrement dit, ce qu’on nous propose c’est de choisir ce que nous allons accrocher à notre mur non pour ce que ça évoque, ce que ça rappelle, ce que ça convoque dans notre imaginaire, ou à la suite – fuyons ! – d’une émotion esthétique, mais parce que ça va avec le papier peint et les coussins ! Mais ce qui me troue vraiment – je reste persuadé qu’il ne serait pas plus cher de mettre sur ces « toiles » des œuvres, des vraies ; on ne manque quand même pas de peintres de talent – c’est de penser que tout ça est intentionnel : pour Gifi, non seulement nous sommes trop cons pour aimer autre chose que cette daube, mais faudrait surtout pas que ça change,  parce que le beau, ça doit rester pour les riches, donc cher.

 

Pour finir, j’en veux personnellement à l’animatrice de D&Co, dont l’opulente poitrine cautionne cette page. J’aime bien son émission et même si elle ratisse large entre le conte de fée et le catalogue de bricolage (en outre, je la soupçonne de ne tourner D&Co qu’afin de faire des câlins et des bisous aux gens) elle ne commettrait jamais la faute de goût d’accrocher ces horreurs dans les intérieurs qu’elle transforme.

 

 

 

 

 

01.11.2009

La barrière - Non, mais c'est parce qu'il y en a qui voyaient pas

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23.10.2009

War of pizzas

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Lettrine (L pizza).jpga pizza au feu de bois est aux abois. Là où régnait sans partage « La boîte à pizza » un nouveau velu aux pieds fourchus  est venu casser l’ambiance : « Diablo pizza », dont la viande halal dit assez l’obédience rastaquouère. N’y aurait-il décidément plus moyen d’obésifier le paresseux tranquillement ? Perso, j’ai la conscience tranquille : j’avais prévenu. J’ai assez dénoncé au fil de mes chroniques la banalité, puis l’indigence des précédentes campagnes de pub de L.B.À.P. (La boîte à Pizza) pour ne pas m’étonner que ce nivellement ait laissé le champ libre à la concurrence. La voilà. L’ont pas volée.

 

Sur ce que propose de nouveau et d’intéressant « Diablo Pizza » à part son steak haché égorgé dans les règles, on va aller vite : rien. Mais en face, sont passé en Defcom 3. C’est les grandes manœuvres. On mobilise. On saupoudre de sérieux - 130 magasins - et d’antériorité légitime : « Maison fondée en 1986 ». On a échappé de peu à « Manufacture ». Dix neuf cent quatre vingt six, premier septennat de Mitterrand. Déjà plus les dinosaures, mais encore les éléphants. Un autre âge, je ne sais pas, mais le siècle précédent, ça c’est sûr. Le petit diable peut aller se rhabiller en Prada : on était là en premier. On est quasi l’inventeur de la pizza. On en vendait déjà sur le Mayflower.

 

Chez La Boîte à Pizza (LBÀP), on  titre son prospectus sur « Les gourmandises d’automne ». Heu… Vous, je sais pas, mais perso les pizzas, je trouve ça bon, certes (surtout les miennes) mais c’est jamais au point de me faire baver. Je ne me relève pas la nuit pour bien vérifier qu’il ne va plus du tout en rester.  « Gourmandise » me parait donc un peu choutée aux anabolisants. À moins qu’il y ait vraiment des trucs et des machins extraordinaires dans leurs pizz ? Voyons ça. Ah, ben oui, tiens, ils ont ressortis du congèle leur concepteur fou. Celui qui mélangeait les figues et les cœurs de canard. Ou alors il a fini de purger sa peine. Il nous a concocté en premier lieu une « bœuf-boursin » qui m’a l’air de pas mal bourriner. Elle devrait nous faire avancer à grands pas vers l’auto-combustion. Je pense que dans certaines communes, des arrêtés municipaux vont être pris pour interdire d’en livrer plusieurs à la fois. Selon une rumeur, des livreurs ont déjà été  perdus à tout jamais. Derrière eux, les « bœufs-bousin » avaient inopinément et hors de tout contrôle atteint la masse critique et les pauvres ont été vaporisés. On n’a retrouvé que leur cratères. Pour les « bœufs-boursin », les pizzaïolos travaillent en tenues carbone/kevlar, habituellement réservées au déminage. Ils sont tous célibataires sans enfants. Ils signent une décharge à l’embauche dans laquelle figure sournoisement le don d’organes aux collègues en petits caractères.

 

À coté, la « Poulet-cèpes-suprême » rassure : base forestières composée de bolets jaunes, cèpes rissolés, bolets juteux, champignons de Paris rissolés, oignons rissolés, ail, persil, épices. Puis là-dessus : mozzarella, préparation cêpes persillée (sic), lardons, poulet, julienne de légume, faute d’orthographe. On n’est plus très loin de la potée auvergnate ni du bœuf bourguignon. M’étonnerait pas qu’on finisse par voir figurer à la carte une pizza-blanquette de veau, une pizza-lapin chasseur, une pizza-boudin aux pommes, une pizza-coq au vin…

 

La troisième « gourmandise d’automne » est d’inspiration mexicaine. Mais c’est un Mexique de tour opérateur holocauste. On n’est plus dans la restauration rapide, on passe au fast and furious food : base mexicaine, mozzarella (mais ne va pas rester), oignons, bœuf haché, dés de tomates, chips tortilla croustillantes, guacamole. Apéritif et plat mélangé pour ne pas perdre de temps. Toute l’Amérique du Sud en une seule bouchée double. Manque plus qu’une version de la « Crousi-mexicana » pré-digérée servie arrosée de café.

 

Tout ceci suffira-t-il à stopper l’ennemi ? La prochaine campagne nous le dira.

 

 

 

 

26.09.2009

Pietà magmatique : le retour

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Une meilleure vue, de la…chose.

 

24.09.2009

Quelle pitié ! (II)

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Oui, mais là, on a un sacré problème non ? Cet objet est tellement moche qu’il semble que même l’appareil photo n’en veuille pas. Je vais être obligé de le DÉCRIRE pour que vous compreniez ce que c’est !  J’ai forcé le contraste, diminué la luminosité : rien à faire. Ça a l’air d’une bouse fossile, d’un morceau de charbon vaguement anthropomorphe…

 

Or, contrairement aux apparences, c’est une autre pietà, mais celle là a été moulée (tu parles !) à partir de lave récoltée dans l’Etna. (Soit disant. Si ça se trouve, ils carbonisent des épluchures mélangées à des canettes réduites en limaille et hop !)

 

Donc ça ne va pas aller comme objet MOSH *

 

Je trouverai mieux demain.

 

 

* Musée Of SHame(1), mais je ne sais pas ce que ça veut dire « shame ». Tu dis ? Je pourrais chercher ? Ben voyons ! Et pourquoi pas travailler gratis pendant que tu y es ?

 

(1) Quand je pense qu'on avait réussi a éviter les anglicisme jusque là...

20.09.2009

La vérité est ailleurs

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Lettrine (V vache).jpgous croyez peut-être que je ne vois rien venir ? Qu’on pourrait vous et moi, nous laisser glisser, laisser Lucie faire ? Et ? Et l’on suivrait la piste jusqu’au royaume d’altitude des textes éternels et la pente du noir et blanc. Et ? Et l’on se retrouverait ici, tôt ou tard - mais plutôt tôt si j’en crois les derniers billets – avec quelque chose qui ressemblerait à une sorte de revue Scribulations en ligne. Il y aurait plein d’avantage à cela. On aurait enfin une ligne éditoriale à laquelle se raccrocher, des rubriques, ce qui éviterait par exemple que je me casse la tête au moment d’étiqueter les pages et l’on sortirait de l’impression pénible que ce carnet de notes, comme beaucoup d’autres, n’a pas d’objet précis, s’intéresse à des trucs qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, parle d’on ne sait pas d’où d’on ne sait pas toujours de quoi, ni pourquoi.

 

Oui mais non. Parce qu’alors, hop, je me retrouverais une nouvelle fois au bureau, essayant de garder la tête hors de l’eau, soucieux de crédibilité, de sérieux, de responsabilités, d’honnêteté, de cohérence, de loyauté – toutes valeurs à la flottabilité incertaines - alors que chaque note est ici une occasion, que je suis libre de saisir ou non, de plonger, de me laisser couler, de me noyer puis d’enfin toucher le fond. Autrement dit, ce carnet n’est pas une nouvelle occasion de descendre par le long fleuve tranquille d’une écriture et d’auteurs que je connais vers notre mer intérieure – paisible - mais plutôt de chercher, par les chemins les plus aventureux qui soient (pour ne pas dire mal fréquentés) des sources, des torrents qui ne deviendront peut-être jamais ni rivière ni fleuve, mais dont je me plais à suivre le cours, même en me tordant la cheville parfois.  

 

 

Tout ça pour vous dire que la baffe Eric Tabuchi m’a encore une fois remis les yeux en face des trous et que je vais de ce pas extraire du nauséeux catalogue Gifi une nouvelle preuve que la vérité est ailleurs.

15.09.2009

Jim Warren - Il n'y a que le premier trépas qui coûte

Jim Warren - hommes livre.jpg
Jean-Marc LaFrenière est-il à gauche où à droite ?

 

 

C’est la première fois qu’on me propose un contrat comme tueur à gages. Une lecteuse souhaitant rester anonyme (de Tours) m’envoie un diaporama d’œuvres de Jim Warren accompagné d’un petit mot : « C'est touchant de laideur… Si tu as envie d'écrire une note assassine… (Enfin moi, je trouve ces tableaux horribles !) »

 

Je ne sais pas encore si je dois accepter. Elle ne me propose pas de gage, c’est donc un peu gratuit. Je ne connais pas ce Jim Warren et il ne m’a rien fait, mais il est vrai que ça vaut mieux. On pourrait sinon remonter la piste jusqu’à moi. D’ailleurs, c’est en général pour ça qu’on fait appel à un tueur : pour éviter que la connexion s’établisse trop évidemment entre l’exécution et son commanditaire. Ce qui m’amène, forcément, à me demander ce qu’il peut bien y avoir entre ma lecteuse et ce Warren. Jim de son prénom.  Est-elle en train de lire « Et on tuera tous les affreux » (Boris Vian 1948) ? Non, je crois que l’indice le plus sûr, la porte d’entrée la mieux ouverte, la piste la plus chaude pour comprendre les ressorts secrets de cette démarche inhabituelle se trouve dans son « C’est touchant »

 

Je sors à l’instant d’une consultation en règle des résultats de la recherche à partir de « Jim Warren » dans Google images et le nombre de réponses à lui seul donne un relief intéressant à toute cette histoire. Vous vous rappelez combien « faisait » Cali Rezo, par exemple ? Autour de six cent. Jim Warren, dix neuf millions. Je veux bien croire que Jim Warren est un nom peut être banal et sans doute les dix neuf millions de résultats ne concernent-t-ils pas tous le peintre. Mais quand même. Tout porte donc à croire que la lecteuse n’est pas, et de loin, la seule a être touchée. Le deuxième indice de ce qui peut animer la volonté meurtrière de notre correspondante anonyme (de Tours) est visible au premier balayage de l’œuvre de Jim Warren. Certains tableaux sont au premier coup d’œil assez regardables et d’autres, juste insupportables. Je me demande donc si, par mon entremise, ma cliente ne voudrait pas se débarrasser de la tension résultant d’une contradiction que je pourrais essayer de formuler ainsi : « Comment ce peintre possédant à l’évidence une technique très sûre, ce peintre qui ne semble pas complètement dénué d’inspiration, ce peintre qui ça et là propose des trucs tout à fait regardables, peut-il par ailleurs peindre de telles horreurs et se vautrer avec complaisance dans un tel mauvais goût ? »

Peut-être juste parce qu’on lui demande et que ça se vend. Mais n’aurait-on pas, dès lors, résumé tout ce que cette peinture peut avoir de complaisant ?

 

Si je devais trouver en dehors de l’invitation qui m’est faite, des raisons de traîner Jim Warren dans la boue, puis dans les graviers, le seul fait qu’il gave au lieu de donner faim me suffirait. Il n’aiguise ni l’appétit ni la curiosité, il les chantillyse. Mais ce faisant, est-il plus à incriminer que ceux pour qui des chevaux galopant dans les vagues sous un coucher de soleil constituent le sommet de l’art ? En fait, oui. Oui, mille fois oui.

 

Jim Warren me parait sacrifier à cette irresponsabilité que plaide volontiers les seconds couteaux : « Si ce n’est pas moi qui avait appuyé sur le bouton, la gâchette, d’autres l’auraient fait et d’ailleurs, d’autres l’ont fait. » Mais ils sont dans le box avec toi mon grand, et tu n’y serais pas si tu avais refusé. Je ne vois donc pas plus de raisons d’épargner un peintre tirant vers le bas qu’un marchand de mal-bouffe poussant à l’obésité.

 

Ce qui rend définitivement exaspérant tant de talent gâché, c’est le pillage de certaines trouvailles surréalistes, recyclées ici dans un mouvement spasmodique de copier-coller et la répétition ad nauseam de certains motifs, comme la horde de chevaux, dans des contextes variés, où ils perdent alors leur valeur de sujet pour rejoindre le décor. Mais ces toiles proposent-elles autre chose qu’un décor ?

 

Jim Warren - cheveaux 1.jpg

 

Il y aura – il y a peut-être déjà – un site proposant du Jim Warren sur mesure, où l’on pourra choisir des ingrédients : horde de chevaux, blancs, noirs, à carreaux, mer, montagne, coucher de soleil, nuages en forme de couple, licorne, quelle couleur la licorne ? visage de femme, cascade, tout ça à la fois mais dans les bleus, où l’on pourra donner précisément les dimensions souhaitées pour que ça aille au dessus du canapé (joindre un échantillon du tissus du canapé) où l’on pourra envoyer la photo du gamin pour qu’il soit dans la toile, où l’on pourra payer à crédit puisqu’on vit et qu’on aime à crédit. Ce jour là, mais peut-être est-ce déjà le cas, Jim Warren sera définitivement un peintre d’ameublement.

 

Désolé Jim, je crois que le coup est parti tout seul.

 

 

Jim Warren - toile crevée.jpg

20.08.2009

Petit bateau

mélanie (de tours) la caravelle 2.jpg
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus, mais alors là, plus du tout guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles, ces cons
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
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ÔÔ Mélanie - c'est une ode à Mélanie (de Tours) - toi dont le prénom écrit en John Handy LET évoque irrésistiblement quelque formidable navire, embarquons, veux-tu ? Embarquons sur cette caravelle pour découvrir nos Amériques, voguons sur ce galion pour pirater nos trésors, embarque moi sur cet Argo pour découvrir ta toison d'or. Ouvre moi tes parenthèses (on étouffe à fond de cale) puis à l'égal du bateau d'Arthur – sans glace pour moi, merci - enfonçons-nous dans l'onde infinie, laissons l'âcre amour nous gonfler de torpeurs enivrantes - finalement, je vais mettre un sucre. Ô que ta quille éclate, ô que j'appelle ma mère !

17.08.2009

Mouhahaha toi-même

 

 

E

 

n fait, vous vous foutez complètement de ce que je raconte, hein ? Mes pauvres tentatives pour sortir votre esprit étriqué du marécage glougloutant dans lequel il s’embourbe vous indiffèrent. Tout ce qui vous intéresse, quelque soit le sujet abordé dans les différents articles de ce bloc-notes, c’est de vous fendre la poire, c’est ça ? Et même au boulot si j’ai bien compris. Ah bravo ! Alors je ferme mon blog Wordpress pour passer plus de temps ici – il ne s’est jamais aussi bien porté depuis - tout ça pour tomber sur de dangereux irresponsables. Très bien. Vous l’aurez voulu. Je vais continuer exactement pareil, en pire si je peux. Mais si d’aventure vous finissez par vous déchaussez les dents, vous bloquer le dos ou que l’un de vos yeux tombe, vous ne viendrez pas vous plaindre.

 

 

 

 

 

09.08.2009

Michel Haillard, entre autres

 

 

Michel Haillard (commode).jpg 

Lettrine (A Michel Haillard) copier.jpglors là, ça va être dur. Si tout allait bien – mais n’ayant qu’une heure devant moi, j’ai de gros doutes à ce sujet – je réussirais, d’ici la fin de cette note, à vous dire que je n’aime pas les meubles, en vous parlant néanmoins des très intéressantes réalisations de Michel Haillard, égratignant Netkukture au passage et pouffant un chouia sur la prose de Renaud Siegmann. Mais par où commencer ?

 

Le 5 août dernier, Netkukture nous présentait en deux photos et cinq lignes le travail de Michel Haillard, ébéniste. Sculpteur aussi, mais là, ébéniste. Ce sont deux meubles qu’on nous montre : une table crocodile et un sofa zèbre et zébu. Un lien renvoie au site de Michel Haillard, très complet, trop, quant aux quelques lignes, les voilà :

 

Le designer français Michel Haillard qui a commencé sa carrière comme dessinateur humoriste et scénariste pour des films d’animation nous vient tout droit (sic) avec un art dit sauvage qui se situe à mi-chemin entre l’imaginer-créer et l’exorcisme décoratif. Un mobilier de Chefs Africains sortant tout droit d’un safari et qui va de la peau d’autruche, d’alligator, cornes de zébu, dents de phacochère, etc… Un univers décalé et hors normes nous propulsant dans ce monde fantastique, baroque et tribal, bravant les tabous et les effet de mode.

 

C’est sur « bravant les tabous » puis sur « l’exorcisme décoratif » que le doute m’est venu sur la consistance et l’origine du propos. On ne voit pas très bien quel interdit serait transgressé par l’assemblage d’une peau de zèbre et quatre cornes de zébu pour composer un canapé, même avec le petit plus consistant à laisser la queue. Surtout qu’en matière de siège, il n’y a pas grand-chose que s’interdisent de concevoir ni réaliser les designers.  La formule « bravant les tabous » ne résistant pas à l’examen de son sens, que reste-t-il ? L’assemblage d’un train-train de mots et ce qu’il convoque dans notre imaginaire d’héroïsme et de tradition animiste.

Du coup la formule « l’exorcisme décoratif » apparaît dans l’égale nullité de son sens.  Pour ce qui est de l’exorcisme, accrochez vous, la filiation est corne=diable=exorcisme, assez peu étayée donc. On est dont bien là aussi dans un procédé consistant à chercher une formule clé, dont on espère qu’elle puisse rendre compte de l’impression produite sur l’auteur pour ensuite ouvrir les portes de l’imaginaire des lecteurs.

 

Ça n’a dont pas de sens, mais il y a une intention et un procédé. Je vais y revenir, mais je ne voudrais pas décevoir Tonton, qui attend sa baffe depuis maintenant une vingtaine de lignes.

 

Une bonne partie du matériel textuel (on n’ose dire « conceptuel ») ayant servi à bricoler les lignes kulturiennes parlant de Michel Haillard sont de Renaud Siegmann, journaliste et critique d’art. On pourra lire son article là : Cercle d’art « un autre regard sur l’art ».  Tonton ne le cite pas, il le pille maladroitement sans renvoyer à l’article d’origine. Attention, je n’ai pas pour autant l’intention d’instruire le procès de Tonton, pour au moins trois bonnes raisons :

  • L’intérêt de « Netkukture » est immense. Deux trois bavures ne pèseront jamais assez lourd à mes yeux pour faire pencher la balance dans l’autre sens.
  • Tonton compose souvent son emballage textuel à partir d’ingrédients frelatés d’origine indéterminée, mais au moins ses liens renvoient-ils aux sites d’origine.
  • L’assemblage hasardeux de Tonton renvoie à celui de Renaud Siegmann mais également au travail de Michel Haillard, et c’est bien cette histoire d’assemblage qui m’intéresse.

 

 

Ce que nous voyons à l’œuvre, dans ces meubles, dans cette prose, c’est le procédé consistant à composer un ensemble – qu’on espère cohérent – en juxtaposant des éléments. Ça marche avec beaucoup de choses. La peinture pointilliste repose là-dessus, l’impression offset également, le cinéma, certaines cuisines, la déco d’intérieur… Il semble bien que notre esprit soit ainsi fait qu’il réussisse à composer des ensembles, des « tout » à partir d’éléments n’ayant parfois rien à voir les uns avec les autres.

 

À regarder dans le détail, c’est bien ce qui se passe avec les meubles de Michel Haillard. Si les peaux et les cornes renvoient à l’animal sauvage et donc à quelque chose d’originel et volontiers africain, ce continent constituant pour nous, petits blancs, l’inépuisable réserve de nos fantasmes en matière d’exotisme, de cultures et d’arts premiers, ses bronzes, non. Encore moins ses boules de billard ou de bois, sans parler même de la destination de ces meubles, qu’on voit mal installés dans la brousse.  

  

Je n’aime pas les meubles, mais il faudrait être très con pour ne pas reconnaître que ceux de Michel Haillard ont une évidence qui s’impose. Ils ont une indéniable puissance d’évocation.

 

Renaud SIEGMANN s’est-il trouvé contaminé ? A-t-il, consciemment ou non, emboîté le pas de la démarche d’assemblage dont témoigne son sujet pour composer son texte ? Possible, auquel cas, se serait à porter à son crédit. Je plaide de longue date pour qu’on cherche et qu’on trouve à l’intérieur des œuvres elles-mêmes le matériel critique servant à en parler. Mais on sait par ailleurs, hélas, à quel degré de pixellisation en sont réduit certains intellos pour entretenir la fascination et la distance avec leur public. Il n’est que d’entendre l’immense Fabrice Luchini pour s’en convaincre : il semble perpétuellement en compétition avec lui-même pour vaincre son record de citation à la minute.

 

Je n’ai rien contre la juxtaposition. D’ailleurs en littérature, la grande force des lecteurs consiste à établir des liens entre des propositions pas toujours explicitement liées par l’auteur. Je vous le dis autrement : c’est la lecture qui compose le livre pour moitié. Commencez pas à hurler. Vous avez très heureusement établi  un portrait précis pour la plupart des personnages de fiction rencontrés dans vos lectures et vous l’avez parfois fait à partir de quasi rien. Le lecteur rempli les trous, comble les hiatus, il tresse, tisse, lance des ponts, trouve des pistes, les suit. C’est votre boulot et vous le faites avec un talent souvent supérieur à celui de l’auteur lui-même.

 

Le problème ici est peut-être que ce qui fonctionne magnifiquement pour les meubles, se casse la gueule dans l’article de M. Siegmann. Dans les lignes de Netkulture, c’est encore pire : on est dans le carambolage. Moi, je veux bien faire mon boulot de lecteur et composer toutes les continuité qu’on voudra à partir de bouts de ficelle de cheval de course à pied à terre de feu follet de vache de ferme ta boite à clou d’acier, mais dans ce que propose Renaud Siegmann, y’a moitié peau de banane et moitié trou sans fond.

 

Il serait injuste que les dernières lignes de cet article ne soient pas consacrées au travail de Michel Haillard dont le grand mérite, finalement, est de nous laisser imaginer l’histoire qui pourrait aller avec chacun de ses meubles. Conan le barbare serait notre voisin. On grillerait du caïman au barbecue en fin de semaine. Il y aurait des embouteillages de dragons, mais je serais habillé tout cuir et surtout, surtout, j’aurais une épée longue comme ça. Ce serait bien !

 

Deux heures et quart, top chrono. Plus qu’à relire. Mes invités vont me tuer.

 

 

- Je te dis qu'elle a bougé, dans la nuit

- Tu te fais des idées. Comment cette commode bougerait tout seule ?

- J'ai l'impression qu'elle nous guette, qu'elle rumine un mauvais coup.

- Tu as trop d'imagination chérie. Tu ne sais pas où est passé le chat ?

 

 

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