20.12.2009

C'est l'à vent

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Cor.jpgontrairement à une idée trop répandue – par moi-même- je ne reçois pas uniquement des prospectus dans ma boîte aux lettres. Y’a les catalogues aussi. Et parmi ceux-là, grâce à l’amour immodérée d’Aurore pour son tuba, dans le temps, celui de JS Musique. Je vous en parle, parce que certains parents, croyant bien faire, encouragent leur déjà bruyante progéniture à pratiquer un instrument de musique, sans penser un instant que cet éveil musical coïncidera nécessairement à leurs insomnies à eux. Perso, je crois que ces petits crétins fourmillent déjà bien assez d’idées aussi sottes que grenues sans aller leur suggérer de nouvelles façons de nous casser les oreilles. Ou alors loin. À l’école de musique, en ville, je t’emmène pour traverser la forêt, tu te débrouilles pour revenir et surtout, SURTOUT tu ne rapportes pas de devoirs à la maison. Mais si pour d’obscures raisons souvent liées aux propres tortures infligées à vos parents, votre culpabilité joint à votre stupide désir de rachat, vous poussaient à encourager vos enfants dans l’impasse d’une pratique musicale, qu’au moins cette note attire votre attention sur deux trois aspects auxquels on pense peu, avant de commettre l’irrémédiable.

 

Je ne parlerais ici que des instruments vendu par JS Musique, spécialisé dans les instruments à vent. C’est déjà bien assez pénible sans aller chercher dans les autres familles – tenez, les cordes par exemple – dont le violon à ses débuts vous garantie de solides envie de tuer. Parce qu’une chose est sûre pour le violon : non seulement ses cordes ont été confectionnées en boyaux de chats, mais on leur a arraché à vif sans anesthésie, et depuis, ils se vengent !

 

Des vents donc, mais ça fait déjà beaucoup. Le catalogue s’ouvre sur les flûtes et si ce mot évoque pour vous des images de roseau vaguement percé de trous : oubliez. Ici, la flûte est traversière, elle bat de grain en grain quelques vieux chevaux blancs qui fredonnent Gauguin. Qu’est-ce que je raconte ? Elle est traversière donc en métal donc à 332€ pour la moins chère et 25 797€ pour le plus chère, en or. Pourrez toujours la fondre en lingots pour la réduire au silence. Je déconseille la flûte. À ce prix là, vous n’aurez jamais les moyens de monter en gamme. On va donc dire que ça fait tarlouze et snob et chercher des trucs un peu plus couillus. Le saxophone ? Oubliez également. Je sais bien que ce truc à tellement de boutons qu’à l’adolescence, votre fiston disparaîtra heureusement derrière, mais c’est également un instrument à la mode, donc cher : 1010€ pour le premier prix, près de 6000 pour un saxo pro.

 

Bon, je ne vais pas tous vous les faire non plus, mais en ce moment, mon meilleur choix s’oriente nettement vers le trombone à coulisse, pour des raisons de prix – un très bon trombone à coulisse vaut moins de 3000€ - mais pas que. C’est un instrument « physique », dont la pratique obligera votre malingre progéniture à bouger un peu plus que les doigts. C’est également un instrument dont l’exercice requière un espace assez grand, or, dans ce placard où vous n’élevez pas vos enfants en batterie – trop bruyant – il n’y a pas assez de place pour déployer l’engin. Toujours ça de gagné.

 

Plaisanterie mise un instant à part, je m’émerveille devant la très belle complexité des instruments à vent. Je vois là une preuve éclatante du génie humain, pour une fois mis au service d’autre chose que du désir d’atomiser son prochain.

 

Dernière détail adorable du catalogue JS Musique : les trois dernières pages sont réservées à la prise de notes, mais comme nous sommes « en musique », plutôt que d'être seulement blanches, ou bêtement striées, ces trois pages là proposent des portées.

 

 

 

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10.12.2009

Un petit creux

 

Lettrine (Tiens petit creux).jpgJe n’y avais pas repensé avant le commentaire de Tonton (of Netkulture), sur « Maison de vacances à Vals », mais quand j’étais « petit » (12 ou 13 ans quand même) je me suis creusé une cabane sous terre. La maison familiale était entourée de  quasi deux mille mètres carrés de terrain et mes parents étaient du genre à fournir la peinture quand j’avais l’idée de me peindre le ventre en bleu. J’ai un souvenir précis du premier coup de bêche, inaugurant un chantier qui allait me prendre des mois. Par chance, le terrain se creuse sans problème là bas. C’est du loess, une terre fine, homogène, sans cailloux. J’avais vu grand : au moins deux mètres sur deux et je voulais y tenir debout. Je n’ai pas compté les centaines (les milliers ?) de sceaux de terre que j’ai sorti de là dedans, pour les déverser sur un tas de plus en plus monstrueux chaque jour. Oui, parce que la terre, ça « foisonne » : entre le trou et le tas, le volume augmente d’un quart.   

 

J’ai fini par mener à bien, seul, ce chantier. J’ai couvert ma cabane de boiseries récupérées à la décharge voisine - inépuisable source de trouvailles - ménagé une trappe, installé une échelle, remis là-dessus quinze bons centimètres de terre sur lesquels la végétation a petit à petit repris ses droits et renoncé presque immédiatement à emménager. Je n’avais pas pensé un instant que dans une cabane souterraine il puisse faire noir. Et pas question de tailler des fenêtres dans les murs, ha ha ! Je n’avais pas spécialement peur du noir, mais l’endroit sentait la cave et l’humidité, il y faisait froid et bref, je ne sais pas ce que j’avais espéré mais à l’arrivé, le résultat ne présentait aucun intérêt.

 

Mon paternel a fini par occuper le trou (après avoir viré le toit) pour installer là son compost, puis les travaux de la nouvelle route ont effacé toute trace de cette entreprise, beaucoup troglodyte pour moi. Ça n’a pas été ma seule tentative d’enfouissement. Peut-être, dans une prochaine chronique, vous raconterai-je notre souterrain et comment il s’est écroulé un jour où nous n’étions heureusement pas dedans.

10.10.2009

Emmanuel Prunevieille

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Lettrine (E Emmanuel Prunevieille).jpgmmanuel Prunevieille est un peu difficile à trouver. D’ailleurs, à jeter un œil par-dessus mon épaule pour voir par où je suis passé pour arriver jusqu’à lui, je ne sais plus. Les branches du Net se sont refermées depuis. Je crois me rappeler être passé par le blog de Florence…  Et ? Mais cette discrétion nous donne une bonne entrée en matière pour découvrir son land art à lui, qui met en œuvre – c’est la loi du genre – des éléments naturels in situ.

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Là, si j’étais un peu au taquet, si l’heure était toins mardive et si je n’écrivais pas pour ce carnet particulièrement mal fréquenté (de Tours) je tresserais des fils entre « Prunevieille » cet extraordinaire patronyme, évocateur de campagne, de fruit, de tradition, de terroir, de macération mystérieuse et ce land-art choisi par l’artiste pour s’exprimer. On finirait par conclure que tout ça était écrit au départ, dans le nom même de notre land-artiste, comme s’il lui avait suffit de venir au monde pour jouer une partition écrite par son nom de famille. Ben voyons !

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Sauf qu’à parcourir ce que nous propose Emmanuel Prunevieille, on entre – me semble-t-il – dans des registres très personnels, signant pour moi l’authenticité de sa démarche, sa nécessité. Ce qui frappe d’abord, c’est la diplomatie, cette intention de s’inscrire dans le paysage, nettement, mais sans tonitruer. C’est une inscription qui sollicite la complicité du lieu, à qui l’on demande d’apporter de bonne grâce ses ressources, ses matériaux, et qui se prête au jeu, confiant dans la promesse de n’être ni volé, ni violenté, ni abusé, ni trahi. Les œuvres d’Emmanuel Prunevieille me semblent tirer une grande force de cette communication sympatique qu’elles entretiennent avec leur milieu, la qualité de cette communication étant significative pour moi du talent de l’artiste. La deuxième qualité me semble être l’exigence de l’artiste envers lui-même. Les réalisations d’Emmanuel Prunevieille sont marquées d’un soin scrupuleux. Les coquilles d’escargot par exemple ne sont pas seulement calibrées, puis elles ne sont pas juste rangées à l’identique, elles se distribuent selon un dégradé subtil du clair au foncé. Vous trouverez d’ailleurs sans peine sur le carnet d’Emmanuel Prunevieille des tas d’indications sur le souci qu’il a de ne pas juste faire beau, mais également de faire sens. La troisième qualité des œuvres d’Emmanuel Prunevielle saute immédiatement aux yeux. C’est leur force d’évidence. Elle imposent simplement des propositions complexes, ce qui va m’obliger à faire court sur cette idée : chapeau !  

N.B. : Vous trouverez sur Libellus un très intéressant article sur le land-art

 

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16.09.2009

Note de bon goût

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Sans les couleurs et les acides gras saturés, Jim Warren est presque supportable.

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lettrine (C'est).jpgcompliqué, les affaires de bon et de mauvais goût. Quand mes deux derniers étaient encore petits, j’avais réussi à les convaincre de mettre de côté l’argent consacré jusqu’alors à notre sortie dominicale au Mac Do, jusqu’à ce qu’on ait assez pour s’acheter un aquarium et des poissons. Pédagogie sournoise (n’est-ce pas un pléonasme ?) Un jour, nous sommes allés acheter ce fameux aquarium et la question s’est bien sûr posée de ce que nous allions installer comme décor à l’intérieur. Orion est tombé en arrêt, totalement subjugué par une soucoupe orange fluo, qui se remplissait d’air bulle à bulle, s’élevait, perdait son air, redescendait sur le fond puis recommençait. L’idée qu’on puisse disposer à domicile, dans notre aquarium, d’une telle merveille semblait alors se confondre pour lui avec celle du paradis sur Terre.

 

« C’est moche. » lui lança sa sœur, avec laquelle j’étais tout à fait d’accord. J’ai alors vu mon Nini regarder de nouveau la soucoupe sans particulièrement de regret, mais avec cette curiosité, ce désir honnête de comprendre, essayant à toute force de réévaluer l’objet au regard de la sentence divine. Je ne crois pas qu’il y soit parvenu. Il nous aurait demandé en quoi, pourquoi, comment c’était moche, nous n’y serions sans doute pas d’avantage parvenu. Il n’a pas insisté pour la soucoupe. Il faisait et fait encore une confiance absolue à sa sœur.

 

Comme je ne voudrais pas vous laisser sur l’impression désolante que peut laisser (et que me laisse) cette anecdote, il me faut vous dire qu’à Noël, toutes les années, à la veille de décorer le sapin, chacun des membres de la famille a le droit de choisir en son âme et conscience un sujet à accrocher, une guirlande, ce qui lui plait, sans devoir justifier son choix. Je peux vous assurer qu’alors, en matière de mauvais goût, tout éventuel manque se trouve comblé. On a même souvent du rab.

 

Ce dont nous parlons en matière de bon et de mauvais goût, c’est bien sûr du bon goût dans lequel on se reconnaît et du mauvais goût dont nous nous démarquons. C’est peu dire que tout ça est affaire de mode, d’époque, de lieu, de circonstance et d’éducation, de milieu, pour ne pas dire de classe sociale et bien sûr de personnes.

 

Pour autant, je ne crois pas que tout se vaille, ni que le goût des uns perde sa valeur d’être affectée d’une valeur inverse par d’autres. Par ailleurs, nous pouvons tous en témoigner, le goût s’éduque, s’accommode, évolue. Nous avons appris à trouver belles des choses qui nous laissaient indifférents.

 

Du coup, je vois comme très encourageant que notre bon goût ne nous dispense pas du mauvais. On peut aimer Proust ET les monuments enfermés dans une boule pleine d’eau dans lesquelles il neige quand on la retourne. La question est donc peut-être moins celle de la chantilly de Jim Warren que de savoir ce que vous mangez côté et comment vous luttez contre votre sédentarité culturelle. Tu dis ? « En lisant ce blog. » Arrête ! Tu vas me faire rougir.

 

D’ailleurs, à la suite d’IdoT, j’invite tout un chacun à faire son coming-out en matière de mauvais goût. Perso, par exemple, je ne dédaigne pas garder mes chaussettes dans mes sandales. La tranche de saucisson dans de la baguette fraîche reste un de mes sommets gustatif. Je lis du Stephen King en boucle. Je me cure le nez au feu rouge. J’aime les décos de Noël. Je tiens un blog.

 

 

Il est aussi question de mauvais goût dans la note "Restons couverts"

05.09.2009

Comment j'ai bu de l'encre

JMD petit, plus texte.jpgLettrine (N école).jpgous sommes en 1964 après Jésus Christ. Toute la classe est occupée. Toute ? Non, car un gamin ressemblant comme deux gouttes d’eau à Dewey (Cf. la série Malcolm) a trouvé un nouveau jeu avec son crayon d’ardoise. C’est une école de village, une classe double CP/CE1. La classe de M. Arnaud. Jeune instit, brave homme, mais sanguin. Je ne suis pas un élève difficile, juste un peu grignoteur de buvard et de protège cahier. Le mobilier est constitué essentiellement de tables doubles plutôt récentes. Ce n’est plus le pupitre tout bois, dont l’écritoire incliné s'ouvrait sur un casier plein de trésors. Ce n’est pas encore la table en formica et son impassible surface unie. C’est encore une bonne grosse planche de bois, horizontale, mais comportant deux rainures à crayon et deux trous pour les encriers de porcelaine. J’ai l’impression que le piètement était déjà en tubes métallique. Pour le casier sous le plateau, j’hésite : bois ou métal ? Je ne sais plus. (C’est vous dire si les études m’intéressaient.) J’ai appris à lire et à écrire là, avec des plumes Sergent Major montée en baïonnette sur un porte plume ordinaire, trempées dans l’encrier plein à ras bord d’une encre d’un violet parfait.

 

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Crayon d'ardoise (avec texte 2).jpg

 

 

Lettrine (L école).jpge crayon d’ardoise était un tube de métal, coiffé d’une sorte de petit béret métallique d’un côté, ouvert de l’autre pour y insérer une grosse mine au goût de terre. Une jolie bague de métal jaune permettant de maintenir ensemble la mine et le crayon d’ardoise. J’enlevais systématiquement le petit béret d’un coup de dent. Sa surface lisse d’un côté, trouée de l’autre, était vraiment intéressante sous la langue, presque autant que vide laissé par une dent tombée. Mais le jour du « drame » (ce n’était quand même qu’un tout petit drame) j’avais trouvé qu’en aspirant et en soufflant dans le tube du crayon d’ardoise, on pouvait faire monter et descendre la mine, si elle n’était pas garrottée par la bague de métal. Je m’amusais tranquillement à faire monter et descendre cette mine quand cette conne s’est échappée du crayon d’ardoise pour plonger directement dans l’encrier. D’où elle dépassait juste assez pour me narguer. (Autant que je me souvienne, nos encriers était plus en entonnoir que ceux de la photo) Qu’à cela ne tienne ! Je n’avais qu’à me servir du crayon d’ardoise pour aspirer la mine et la sortir de là. C’est ce que j’ai fait et la mine est bien remontée. Avec l’encre. J’en ai eu un petit peu plein la bouche, assez pour constater que ce goût là n’était pas terrible : fromage fermenté.

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Lettrine (j école).jpge ne me souviens pas m’être fait particulièrement engueuler. Mais tous les parents connaissent ça : on ne réagit qu’à ce qui reste envisageable. Ce qui sort vraiment de l’ordinaire sidère et laisse sans voix. J’ai quand même eu un petit mot de l'instit dans mon cahier du jour, à faire signer par mes parents : « C’est nouveau : Jean-Marie boit de l’encre ! » À quoi ma mère à répondu : « Vu la façon dont son cahier est tenu, il doit en recracher une partie… » C’est du moins ce que raconte sa légende, et la mienne.

 

 

 

26.08.2009

Tout sur le fils de ma mère

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n demande souvent aux auteurs, aux artistes, d'où leur viennent leurs idées ? Ça reste en grande partie un mystère, y compris pour eux, mais y'a quand même deux ou trois trucs. Concernant la série des tableaux détournés, par exemple, avec laquelle je meuble depuis trois jours et pour encore deux jours au moins, comme l'a gentiment balancé Kats, une moitié d'entre eux vient d'une précédente série, réalisée l'année dernière. Ça ne fait que reculer la question mais ça explique une partie de l'avalanche. Il n'aura échappé à personne non plus que ces tableaux sont tous dictés par leur titre, le jeu de mot établi à partir du titre initial. Comment les jeux de mots viennent-ils à l'esprit ? En ce qui me concerne, il y a là dedans un peu de résilience, bien nécessaire après les ravages orthographiques provoqués chez moi par l'apprentissage de la lecture par la méthode globale. Il y a - c'est lié - de l'entraînement, cette bête réalité selon laquelle on fait de plus en plus facilement et peut-être de mieux en mieux ce qu'on fait volontiers et souvent. Il y a également un chouia d'un truc qui marche pas mal avec moi, qui se situe entre le travail - mais c'est un peu prétentieux - le conditionnement et la méthode coué. C'est à dire qu'en partant de chez moi l'autre jour pour rejoindre mon bureau d'un pas bien décidé à n'y rien faire et pensant à cette série de tableaux détournés ne demandant qu'à s'allonger (comme moi, tiens ?) je me suis dit : "Tu en trouves dix dans la journée."

J'en ai trouvé huit et rien depuis, ce qui montre hélas une autre limite de mon imagination débordante : celle de mon irréductible fainéantise, me conduisant à m'arrêter un peu avant la fin tout en me reposant dès que possible sur le sentiment du devoir accompli. Si je voulais redonner un peu de lustre à mon image maintenant ternie à vos yeux - aux miens, c'est déjà fait depuis longtemps, tu parles - je dirais qu'après l'idée, le "vrai" travail commence. Pour "Les glandeuses" j'ai eu l'intuition qu'en renversant les deux personnages penchés, d'un quart de tour, elles auraient l'air d'être assises, ok, mais encore fallait-il te me nous découper tout ça, remplir le trou, greffer des journaux, m'apercevoir qu'il manquait des ombre, les rajouter bref, y passer du temps, beaucoup de temps. Pour "Les tournedos" j'ai dû consulter jusqu'à l'écœurement des centaines d'images de barbaque. C'est quand même fou cette rage planétaire de cuisiner des tournedos pour les prendre ensuite en photo !

 

Reste que les idées ne sont pas toutes aussi bonnes ni toutes également présentables. Dans la huit-liste il y a par exemple un "Ceci est bien une pipe", à base de monsieur et de madame se livrant à une activité intéressante. Comment veux-tu que je montre ça ici ? C'est un coup à me faire référencer par Google dans je ne sais quelle catégorie glauque et on verrait affluer ici, comme sur mon ex-carnet, tout une bande de cinglés à la langue pendante et au regard luisant. Tu dis ? Y'en a déjà ? Oui, ben justement. Faut pas encourager le vice.

 

 

24.08.2009

Des années charnières, et moi, les doigts coincés dedans

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Lettrine (J disco).jpge vous avait plus ou moins fait part il y a quelques temps de mon projet d’écrire un article, ou une série sur les années soixante dix, à base de souvenirs, de "que sont-ils devenus", d'ah là là, c'était le bon temps (celui de mes quinze-vingt ans). Mais je ne m'imaginais pas que ce soit aussi difficile. Les obstacles s'accumulaient, au point que jusqu’à aujourd’hui, je ne savait pas comment attraper le truc. La première difficulté résidait dans le tri des souvenirs. Tel film que j'ai pu voir, tel groupe que j'ai pu entendre, tel livre que j'ai pu lire. Était-ce bien dans ces année là ? Témoignaient-ils vraiment de cette époque ? Parce qu'après tout, avec mon retard chronique à l'allumage, j'ai très bien pu plonger dans des trucs des années soixante-dix alors qu'on était déjà complètement dans les années quatre-vingt, voire plus.

 

L'autre difficulté, liée à la première, était de retrouver - particulièrement sur le Net - quelque chose qui fasse synthèse de l'air du temps de cette décennie. J’ai eu l’impression que pour les années soixante, on trouvait tout ce qu'on voulait, avec les fleurs assorties. De même pour les années quatre-vingt : l'euphorie libérale annonçait alors un avenir technologique, imaginatif et radieux, avec ses aberrations, comme Superphénix (grosse manif contre en 77 – j’y étais) et les prémices de l’informatique (1er Apple II en 1977 également) On avait gagné la guerre froide, tout irait désormais pour le mieux pour les vingt ans qui nous séparaient encore de l’an 2000. Mais les années soixante-dix ?

 

Deux chocs pétroliers, enfin la légalisation de l'avortement en 1975, le disco en apothéose en 78 et le mouvement punk pour fermer le ban de la décennie. Je regarde vite fait la liste des films sortis ces années là, à part "Les bronzés" (78) et "Les bronzés font du ski" (79), on ne se marre pas beaucoup. Pour Floyd : Dark Side of the Moon (73), The Wall (79) : splendides, mais un peu désespérés. Supertramp Crime of century (74) Breakfast in América (79) : sympa, mais pas marrant marrant. Police, oui, mais c'était 78 et 79. Tubular bels (73) Mike oldfield, très bien, mais ça servait de bande son au très gore « L'exorciste ». Beatles « Let it be » 1970, ça sentait déjà la fin. (Imagine Jone Lennon 1971) 25% d'inflation en 1975. Apparitions (en europe) du terrorisme d'extrême gauche et nationaliste. Pourrissement de la situation dans les pays du bloc soviétique (hors Hongrie). Pour Wikipédia, les années 1970 sont marquées par une agitation politique et sociale importante, par la prise de conscience de la gravité des problèmes écologiques et le début d'une nouvelle crise économique. « Les années 1970 donnent le sentiment d'avoir été sans cesse en effervescence tragique. » (Claude Sérillon)

 

Nixon, élu en 1969 démissionnera en 1974 à la suite du Watergate et laissera la place à Gérald Ford pour trois ans. En 77, Jimmy Carter sera élu et restera en poste jusqu’en 1981. En France, le décès en 1974 de Georges Pompidou, malade, provoquera une élection présidentielle que remportera Valéry Giscard d’Estaing élu à 48 ans. Un quasi jeune homme, même par rapport à notre hyperprésident Sarkozy, âgé de 52 ans quand il devient calife. A noter qu’en 1974, René Dumont est le premier candidat écologiste à se présenter à cette élection. (1,3% des voix).

 

Et ?

 

Et le sentiment d’une décennie coincée entre deux autres, entre le « cul par-dessus tête » des années soixante (peace and love / sexe, drogue et rock’n roll) généreuses, rêveuses mais totalement naïves, et l’utopie franchement technologique des années 80. Des seventies coincées entre le rêve de conquête de la Lune du programme Apollo (Allo, Houston ? Nous avons un problème – Apollo 13) programme abandonné après Apollo 17 en 1972 au profit – c’est le cas de le dire - de l’utilisation commerciale des satellites pour révolutionner les communications (premier vol de la navette spatiale «Colombia » en 1981). Des seventies prenant la réalité bien dans la gueule et ne sachant pas encore trop quoi en faire, peut-être rien (no future) peut-être lutter pour la changer, les armes à la main, peut-être l’oublier, avec des pattes d’eff, des chemises à col en pelle a tarte et des paillettes partout ou peut-être juste le construire.

 

C’est exactement là que j’en étais moi-même. En 1973 je passais deux mois au Pérou, seul, à quinze ans, me vaccinant des longs voyages. En 1976 j’obtenais mon Bac grâce à un exil volontaire loin de l’établissement dans lequel j’avais passé toute ma scolarité secondaire. On aurait fini par m’y retrouver mort desséché entre une table et une chaise, sec et plat entre deux pages de cahier. En 1978 je commençais de travailler comme éducateur – ce que je suis toujours - et en 81, j’étais père de famille, ce qui, d’une certaine façon, revenait à confier cette question de l’avenir à d’autres.

 

 

12.04.2009

Au commencement...

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Ben tiens, quand je vous disais qu’il ne fallait pas forcément aller très loin pour trouver des créations littéraires qui ne se servent pas du Net comme d’une simple vitrine mais prennent en compte les spécificités, y compris techniques, de ce média, pour faire un petit peu plus que juste remplacer le papier. J’ai trouvé cet exemple dans l’irremplaçable foutoir de Netkulture, et plus précisément dans les archives du 29 septembre 2006.

Le texte originel (c’est le cas de le dire) est titré « Création » mais je ne sais rien de l’auteur. Il est en anglais mais se comprend quand même très bien, même pour ceux qui – comme moi – ont une maîtrise très approximative de cette langue. Passez un bon dimanche de Pâques.

 

 

10.04.2009

Conseils aux auteurs amateurs

 

 

Conseil N° 38 - Écrire ? Assumez. D’une certaine façon, l’écriture permet de rejoindre ce qu’on est. Mais encore faut-il accepter qu’elle le fasse. Si vous êtes persuadé d’être en écriture, dès demain mardi, au pire mercredi, rien moins que le nouveau Victor Hugo, rien d’autre que la nouvelle Marguerite Duras, alors que vous êtes aujourd’hui un étudiant prêt à bouffer la planète à la suite d’un léger emballement de votre système endocrinien – bien naturel à votre âge – ou une ménagère de cinquante ans qui se fait un peu chier maintenant que les enfants sont partis, la marche va être un peu haute et le chemin un peu casse gueule. Ça ne veut pas dire qu’il faille renoncer à toute ambition mais juste se rappeler qu’au final, au bout du bout de la ligne, il n’y a que vous. Si vous n’avez pas envie de vous rencontrer, vaudrait peut-être mieux en rester au macramé, non ?

 

 

Conseil N° 84 - Écrire ? Vous savez déjà l’essentiel. Comme tout le monde, ça fait des années que vous écrivez. Vous avez appris ça entre cinq et sept ans et l’école de la république n’étant pas encore la jungle que le libéralisme nous promet, vous avez bien en tête les règles élémentaires qui permettent de manier la langue. Comme en plus vous avez lu tout Harry Potter, alors… Vous avez raison. L’écriture se présente comme un moyen accessible et économique de vous exprimer ; puis la guitare électrique, c’est bruyant, la peinture ça sent, la poterie, ça salie les mains, la sculpture, faut un modèle nu. L’écriture, bien.

 

Conseil N°84 bis - Écrire ? Il vous reste beaucoup à apprendre. Vous respirez depuis votre naissance, vous marchez depuis vos dix mois, vous faites des phrases sujet+verbe+complément depuis la semaine dernière, ça ne fait pas de vous un athlète de ces disciplines. L’habitude c’est bien, mais si vous avez décidé d’écrire, il y a fort à parier qu’il y ait quelque côtes à gravir sous les roues du petit vélo que vous avez dans la tête, non ? Alors allez-y à votre rythme, mais vous serez surpris de ce que vous pouvez faire avec un peu d’entraînement.

 

Conseil N° 23 - Écrire ? C’est tous les jours. Tiens, ben justement, l’entraînement, parlons-en. Pour l’écriture comme pour beaucoup d’autres choses, on progresse d’autant plus vite qu’on le fait souvent. De plus, pour l’écriture comme pour l’argile, la peinture ou la pâte à choux, si on attend trop entre deux, ça se dessèche. Alors bon, vous ne sortirez peut-être pas dix super bonnes pages tous les jours, peut-être qu’une, peut-être qu’une phrase mais l’important c’est de ne pas lâcher. D’ailleurs, relire, corriger, c’est aussi écrire. Chroniquer sur un blog, c’est aussi écrire. Ça m’arrange. De toutes façons, dites-vous bien qu’une journée de tournage cinéma réussie ne produit au final qu’une minute de film environ. Cinq ou six minutes par jour pour un tournage télé.

 

 

Conseil N° 16 - Écrire ? Ne jetez rien. Mais attendez de lire complètement ce paragraphe avant de prendre ce conseil au pied de la lettre. Evitons les ennuis. « Un jeune auteur sauvé in-extremis par les pompiers obligés d’entrer par une fenêtre : sa porte était coincée par les vieux papiers. « Dutey m’a conseillé de ne rien jeter » aurait déclaré l’intéressé… »

Conserver, enregistrer, ne pas effacer, vous pensiez que c’était de l’orgueil ? Vous pensiez que la vraie modestie de l’écrivain était de jeter au feu ce qu’il trouvait trop nul ? Ben voyons. Et pourquoi ne sautez-vous pas dans le feu avec ? Non, quand vous jetez, c’est de l’orgueil. Vous êtes encore dans le « Hugo-Duras ou rien » et vous jetez, parce que vous en êtes très loin. Il faut garder. Pas pour y revenir éventuellement, pas pour que vos biographes pinaillent à la Sorbonne sur vos listes de course, juste parce que qu’on ne désherbe pas avant que ça ait poussé assez pour distinguer les radis du chiendent.

 

 

Conseil N° 64 - Écrire ? Lisez utile plutôt que beaucoup. Bien écrire passe-t-il forcément par beaucoup lire ? Je ne crois pas. Je vois deux raisons à la boulimie de lecture des jeunes auteurs (et des vieux aussi d’ailleurs). La bonne, c’est qu’ils aiment ça, mais il y a des tas de grands lecteurs à qui l’idée d’écrire ne viendra jamais. La mauvaise, c’est notre contamination par le modèle universitaire : le livre et la littérature étant choses savantes, il faudrait pour bien, pouvoir citer ou se référer à trois auteurs à la minute, ne serais-ce que pour s’en démarquer. Si personne ne connaît les auteurs que vous citez, c’est encore mieux. C’est en effet une posture possible pour un auteur et elle en vaut bien d’autres, mais ce n’est pas la seule. Si votre salut passe par le récit minutieux de comment vous avez mangé votre attaché-case une nuit, alors que le dernier métro vous avait largué dans une station déjà fermée à clé, il serait un peu ridicule de vous demander si vous avez les diplômes et les compétences universitaires pour. Si votre posture d’auteur vous attache plutôt aux poètes maudits et que des vers impérissables vous viennent à chaque fois que les embruns de votre douche hydromassante fouette votre cœur douloureux, un bac+5 ne vous sera d’aucun secours pour souffrir d’avantage.

Mieux vaut donc lire utile que beaucoup. Parce que si vous avez décidé que votre truc c’est les histoires de vampire, par exemple, il vaudrait mieux en lire deux trois, plutôt des bonnes, pour que vous ne soyez pas complètement en dessous. Il peut être aussi très utile de lire un peu tout et n’importe quoi, mais en faisant attention au traitement réservé par l’auteur à un truc qui vous pose question, par exemple les dialogues, ou les temps du récits, ou la ponctuation. Il ne s’agit pas de copier, ni même de s’inspirer, juste de faire ce que vous avez à faire, mais en sachant « ce qui se fait » et ce qui se porte cette saison.

 

 

 

Conseil N° 74 - Écrire ? Ne suivez aucun conseil, vous conseilleront – Ha ha – plein de gens, y compris des auteurs, pour vous persuader que vos défauts d’aujourd’hui sont vos qualités de demain, que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, qu’il faut cultiver seul son jardin secret, qu’il n’y a pas de génie restant éternellement méconnu et qu’il convient, finalement, d’adopter envers le monde entier une attitude limite agressive consistant à défendre votre écriture seul contre tous, parce que tous en veulent à votre superbe spontanéité et à votre bouleversante originalité et bref, que pour suivre votre voie, il ne faut suivre aucun conseil. Le problème (ce serait trop simple sinon) c’est que ces crétins n’ont pas tout à fait tors, au moins dans un premier temps.

Car vous aurez beau faire, pour écrire, vous serez seul avec vous-même, seul avec votre ordi ou votre papier, seul avec votre texte. C’est effectivement un moment où l’on oublie la voix des autres pour n’entendre que la sienne. Mais ce n’est pas au moment du face à face avec votre texte que vous serez le plus fragile, le plus exposé au doute. C’est quand vous prendra l’idée de montrer ce que vous avez écrit. Là, la règle numéro un, qui est une règle absolue : ne montrer QUE ce dont vous êtes raisonnablement satisfait. Pas de brouillon, pas de début, pas d’esquisse juste pour te donner une idée tu vois ? Non. Ne montrer que des versions finies, même si vous vous doutez bien qu’il faudra y revenir. Règle numéro deux, absolue elle aussi : ne montrer vos textes qu’à des lecteurs « du premier cercle » qui vous aiment assez pour trouver des mots qui ne blessent pas, mais également assez pour vous dire quand même sincèrement ce qui selon eux va ou ne va pas. En général, la personne qui partage votre vie est requise pour ça. Elle vous aime d’un amour à jamais incompréhensible, mais suffisant pour assurer le service. L’idéal est quand même d’avoir en plus, pas trop loin, deux trois personnes de confiance qui puissent vous donner leur avis, faire des remarques, des suggestions. Je peux vous assurer que même les crétins solitaires susnommés sont très contents de se faire relire, parce que par pitié, si vous avez cette chance incroyable (c’est mon cas) d’avoir dans votre entourage des personnes pour qui l’orthographe, la ponctuation, la concordance des temps, les règles typographiques – j’en passe- n’ont pas de secrets, suivez leurs conseils et même, les yeux fermés !