18.12.2009

Véronique Sanson - Les délices d'Hollywood

 

lettrine (v hollywood).jpgoilà l’histoire d’un garçon  qui vivait dans de drôles de quartiers et qui savait pour de bon que quelque chose allait lui arriver. Quelqu’un lui dit : Allons, allons, vas-t-en ! »  Et il parti sur d’autres continents. Il traversa la mer (l’Atlantique lui parut bien long) Il vola dans les airs, visita l’Amérique en camion. À l’autre bout : Elle. Elle l’attendait, cette fille aux yeux doux qu’il ne connaissait pas. Cette fille était belle, belle, belle ! Cette fille était tellement, tellement belle ! Elle l’attira vers elle et elle l’hypnotisa et depuis, au milieu de la nuit, on le voit qui part là-bas. Il essaie de s’enfuir, mais elle le suit pas à pas. Il devint fou et peu après… Cette fille aux yeux doux qui riait… C’est à Beverly Hills que tout a commencé. Comment ? Comment, on ne sait pas. C’est à Beverly Hills que tout est arrivé. Comment ? Comment ? On ne sait pas. Dans cette ville qui est belle, belle, belle ! Dans cette ville qui est tellement belle ! C’est une ville de vacances qu’on appelle Hollywood, qui vous fascine et qui vous rend fou. C’est une ville de chance qu’on appelle Hollywood et quand on y danse on y danse comme des fous

 

Véronique Sanson – Album « Hollywood » 1977 - Bernard's song / Les délices d'Hollywood /Comment crois-tu que la musique vienne ? / J'ai perdu ton adresse / Y a pas de doute il faut que je m'en aille / Harmonies / Féminin / L'amour est différent / How many lies / Les délires d'Hollywood. J’ai établi ces paroles d’après la version Zénith 93 (Super album !)

 

 

05.12.2009

La mémoire et la mer - Léo Ferré

Patrick Clémence - Léo Ferré - La mémoire et la mer.jpg

Nous n’entendons pas la même chose, surtout quand il s’agit de poésie. Le texte de la chanson « La mémoire et la mer » de Léo Ferré, ci-dessous, tient compte, dans sa ponctuation, dans certains de ses mots, de ce que j’entends moi dans cette chanson (que je connais par cœur). Il est possible que ça ne soit pas pile poil ce que Ferré à écrit, ou pas exactement ce que vous entendez. C’est comme ça. L’illustration est une toile de Patrick CLEMENCE, auteur, compositeur, interprète, peintre, qui en a réalisé plusieurs de Ferré, et de plein d’autres chanteurs.

 

 

Lettrine (L Férré la mémoire et la mer).jpga marée, je l'ai dans le cœur, qui me remonte comme un signe. Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne. Un bateau, ça dépend comment on l'arrime au port de justesse. Il pleure de mon firmament des années lumières et j'en laisse. Je suis le fantôme Jersey, celui qui vient les soirs de frime te lancer la brume en baiser et te ramasser dans ses rimes, comme le trémail de juillet où luisait le loup solitaire, celui que je voyais briller aux doigts de sable de la terre. Rappelle-toi ce chien de mer que nous libérions sur parole et qui gueule dans le désert des goémons de nécropole. Je suis sûr que la vie est là, avec ses poumons de flanelle quand il pleure de ces temps là le froid tout gris qui nous appelle. Je me souviens des soirs là-bas et des sprints gagnés sur l'écume, cette bave des chevaux ras  au raz des rocs qui se consument… Ô l'ange des plaisirs perdus, ô rumeurs d'une autre habitude ; mes désirs dès lors ne sont plus  qu'un chagrin de ma solitude. Et le diable des soirs conquis, avec ses pâleurs de rescousse ! Et le squale des paradis dans le milieu mouillé de mousse ! Reviens, fille verte des fjords, reviens violon des violonades, dans le port fanfarent les cors pour le retour des camarades. Ö parfum rare des salants dans le poivre feu des gerçures  quand j'allais, géométrisant mon âme au creux de ta blessure. Dans le désordre de ton cul, poissé dans des draps d'aube fine, je voyais un vitrail de plus, et toi fille verte, mon spleen. Les coquillages figurant sous les sunlights cassés, liquides, jouent de la castagnette tant, qu'on dirait l' Espagne livide. Dieux des granits, ayez pitié de leur vocation de parure quand le couteau vient s'immiscer dans leur castagnette de figure. Et je voyais ce qu'on pressent quand on pressent l'entrevoyure, entre les persiennes du sang  et que les globules figurent une mathématique bleue sur cette mer jamais étale d'où me remonte, peu à peu, cette mémoire des étoiles. Cette rumeur qui vient de là sous l'arc plein où je m'aveugle, ces mains qui me font du fla-fla, ces mains ruminantes qui meuglent, cette rumeur me suit longtemps  comme un mendiant sous l'anathème, comme l'ombre qui perd son temps à dessiner mon théorème et sous mon maquillage roux s'en vient battre comme une porte, cette rumeur qui va debout dans la rue aux musiques mortes : c'est fini. La mer, c'est fini : sur la plage, le sable baigne comme des moutons d'infini, quand la mer bergère m'appelle.

 

Léo Ferré – Album « Amour anarchie » - 1970 - Le Chien / Petite / Poète, vos papiers ! / La Lettre / La "The nana" / La Mémoire et la mer / Rotterdam / Paris, je ne t'aime plus" / Le Crachat / Le Chien (version live) / Paris, je ne t'aime / plus (version live) / Le Crachat (version live) / Psaume 151 / L'Amour fou / La Folie / Écoute-moi / Cette blessure / Le Mal / Paris c'est une idée / Les Passantes / Sur la scène / L'Adieu / Avec le temps

 

28.11.2009

La java des bombes atomiques - Boris Vian

 

 

 

Lettrine (M radioactif).jpgon oncle (un fameux bricoleur !) faisait en amateur des bombes atomiques. Sans avoir jamais rien appris, c'était un vrai génie question travaux pratiques. Il s'enfermait toute la journée au fond de son atelier pour faire des expériences et le soir, il rentrait chez nous et nous mettait en transe en nous racontant tout : « Pour fabriquer une bombe "A" mes enfants, croyez-moi, c'est vraiment de la tarte. La question du détonateur se résout en un quart d'heure, c’est de celles qu'on écarte. En ce qui concerne la bombe "H" c'est pas beaucoup plus vache, mais une chose me tourmente… C'est que celles de ma fabrication n'ont qu'un rayon d'action de trois mètres cinquante. Y’a quelque chose qui cloche là dedans. J'y retourne immédiatement. » Il a bossé pendant des jours tâchant avec amour d'améliorer le modèle. Quand il déjeunait avec nous, il avalait d'un coup sa soupe au vermicelle. On voyait à son air féroce qu'il tombait sur un os mais on n'osait rien dire et puis un soir, pendant le repas voilà tonton qui soupir et qui s'écrie comme ça : « À mesure que je deviens vieux, je m'en aperçois mieux, j'ai le cerveau qui flanche. Soyons sérieux, disons le mot, c'est même plus un cerveau, c'est comme de la sauce blanche ! Voilà des mois et des années que j'essaye d'augmenter la portée de ma bombe et je ne me suis pas rendu compte que la seule chose qui compte c'est l'endroit où ce qu’elle tombe ! Y’a quelque chose qui cloche là dedans. J'y retourne immédiatement. » Sachant proche le résultat, tous les grands chefs d'état lui ont rendu visite. Il les reçut et s'excusa de ce que sa casa était aussi petite. Mais sitôt qu'ils sont tous entrés, il les a enfermés en disant : « Soyez sages ! » Et quand la bombe a explosé de tous ces personnages il n'en est rien resté. Tonton devant ce résultat ne se dégonfla pas et joua les andouilles. Au Tribunal on l'a traîné et devant les jurés le voilà qui bafouille : « Messieurs c'est un hasard affreux, mais je jure devant Dieu, en mon âme et conscience, qu'en détruisant tous ces tordus je suis bien convaincu d'avoir servi la France. » On était dans l'embarras… Alors on le condamna et puis on l'amnistia. Et le pays reconnaissant l'élut immédiatement chef du gouvernement.

 

Boris Vian – La java des bombes atomiques - 1955

 

27.11.2009

Je m'voyais déjà - Charles Aznavour

 

Lettrine (A à 18 ans...).jpgdix-huit ans, j'ai quitté ma province, bien décidé à empoigner la vie. Le coeur léger et le bagage mince, j'étais certain de conquérir Paris. Chez le tailleur le plus chic, j'ai fait faire ce complet bleu qui était du dernier cri. Les photos, les chansons et les orchestrations ont eu raison de mes économies. Je me voyais déjà en haut de l'affiche. En dix fois plus gros que n'importe qui, mon nom s'étalait. Je me voyais déjà adulé et riche, signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient. J'étais le plus grand des grands fantaisistes, faisant un succès si grand que les gens m'acclamaient debout. Je me voyais déjà cherchant dans ma liste celle qui, le soir, pourrait par faveur se pendre à mon cou. Mes traits ont vieilli sous mon maquillage, mais la voix est là, le geste est précis et j'ai du ressort. Mon coeur s'est aigri un peu, en prenant de l'âge, mais j'ai des idées, je connais mon métier et j'y crois encore. Rien que sous mes pieds, de sentir la scène, de voir devant moi un public assis, j'ai le coeur battant. On ne m'a pas aidé, je n'ai pas eu de veine, mais au fond de moi, je suis sûr au moins que j'ai du talent. Mon complet bleu, il y a trente ans que je le porte et mes chansons ne font rire que moi. Je cours le cachet, je fais du porte a porte. Pour subsister, je fais n'importe quoi. Je n'ai connu que des succès faciles, des trains de nuit et des filles a soldats, les minables cachets, les valises a porter, les petits meublés et les maigres repas. Je me voyais déjà en photographie au bras d'une star, l'hiver dans la neige, l'été au soleil. Je me voyais déjà racontant ma vie, l'air désabusé à des débutants friands de conseils. J'ouvrais calmement, les soirs de première, mille télégrammes de ce Tout-Paris qui nous fait si peur et, mourant de trac devant ce parterre, entrais sur la scène sous les ovations et les projecteurs. J'ai tout essayé pourtant pour sortir du nombre : j'ai chanté l'amour, j'ai fait du comique et de la fantaisie. Si tout a raté pour moi, si je suis dans l'ombre, ce n'est pas de ma faute, mais celle du public qui n'a rien compris. On ne m'a jamais accordé ma chance. D'autres ont réussi avec peu de voix et beaucoup d'argent. Moi j'étais trop pur ou trop en avance, mais un jour viendra je leur montrerai que j'ai du talent !

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Charles Aznavour - 1960 - Album "Je m'voyais déjà" : Je m'voyais déjà – Quand tu m'embrasses – Monsieur est mort – L'amour et la guerre – Comme des étrangers – Prends le chorus – Tu vis ta vie mon coeur – L'enfant prodigue.

 

 

 

22.11.2009

Belle - Notre-Dame de Paris - Luc Plamondon

Je me souviens parfaitement à quel feu rouge j’étais arrêté en voiture quand j’ai entendu « Belle » pour la première fois. Un vrai choc. C’était avant que les radios la passent ad nauseam et qu’on finisse tous par s’en dégoûter. Peut-être à lire le texte retrouverez-vous un peu de cet émerveillement qui perso m’a saisi, entre Mâcon et Charnay un jour de 1998 ?

 

Lettrine (B belle).jpgelle ! C'est un mot qu'on dirait inventé pour elle. Quand elle danse et qu'elle met son corps à jour, tel un oiseau qui étend ses ailes pour s'envoler, alors je sens l'enfer s'ouvrir sous mes pieds. J'ai posé mes yeux sous sa robe de gitane… À quoi me sert encore de prier Notre-Dame ?  Quel est celui qui lui jettera la première pierre ? Celui-là ne mérite pas d'être sur Terre. Ô Lucifer, ô laisse-moi rien qu'une fois glisser mes doigts dans les cheveux d'Esméralda.

 

Belle ? Est-ce le diable qui s'est incarné en elle pour détourner mes yeux du Dieu éternel, qui a mis dans mon être ce désir charnel pour m'empêcher de regarder vers le ciel ? Elle porte en elle le péché originel… La désirer fait-il de moi un criminel ? Celle  qu'on prenait pour une fille de joie, une fille de rien, semble soudain porter la croix du genre humain. Ô Notre-Dame, ô laisse-moi rien qu'une fois  pousser la porte du jardin d'Esméralda !

 

Belle… Malgré ses grands yeux noirs qui vous ensorcellent, la demoiselle serait-elle encore pucelle ?  Quand ses mouvements me font voir monts et merveilles sous son jupon aux couleurs de l'arc-en-ciel… Ma dulcinée, laissez-moi vous être infidèle avant de vous avoir mené jusqu'à l'autel. Quel est l'homme qui détournerait son regard d'elle sous peine d'être changé en statue de sel ? Ô Fleur-de-Lys,  je ne suis pas homme de foi : j'irai cueillir la fleur d'amour d'Esméralda.

 

Luc Plamondon – Notre-Dame de Paris – 1998, chanté par Garou, Daniel Lavoie et Patrick Fiori.

19.11.2009

L'était indien

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(…)

On ira où tu voudras, quand tu voudras et on s'aimera encore, lorsque l'amour, ce rat mort de toute la vie, sera pareil à ce matin, aux couleurs de l'été indien.

 

 

(D’après Jo Dassin – Illustration de Mad Meg)♣

 

14.11.2009

Mon vieux - Daniel Guichard

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Ne me demandez pas ce qui a pu faire passer Louve de Capdevielle à Daniel Guichard. Il y a des mystères que l’amitié gagne à laisser entiers. Non parce que Daniel Guichard, comment dire… Il a été formaté dès le départ pour tirer des larmes au troisième âge non ? Entièrement taillée à la charentaise dans un gros bloc de mélancolie, le Daniel. Je ne serai pas surpris d’apprendre qu’on l’a vu chanter acoustique juste accompagnée d’un déambulateur. Il devait être remboursé par la Sécu au titre du débouchage des glandes lacrymales. C’est le Droopy de la scène françaises des années soixantes dix et quatre vingt. Pire, à part Enrico Macias et Pierre Bachelet, je vois pas.

 

Dans son vieux pardessus râpé, il s'en allait l'hiver, l'été, dans le petit matin frileux, mon vieux.  Y’avait qu'un dimanche par semaine, les autres jours, c'était la graine qu'il allait gagner comme on peut, mon vieux.  L'été, on allait voir la mer. Tu vois, c'était pas la misère, c’était pas non plus le paradis. Hé oui, tant pis ! Dans son vieux pardessus râpé, il a pris pendant des années le même autobus de banlieue, mon vieux. Le soir, en rentrant du boulot, il s'asseyait sans dire un mot. Il était du genre silencieux mon vieux.  Les dimanches étaient monotones : on ne recevait jamais personne. Ça ne le rendait pas malheureux, je crois, mon vieux.  Dans son vieux pardessus râpé, les jours de paye quand il rentrait, on l'entendait gueuler un peu, mon vieux.  Nous, on connaissait la chanson. Tout y passait : bourgeois, patrons, la gauche, la droite, même le bon Dieu avec mon vieux.  Chez nous y’avait pas la télé ; c'est dehors que j'allais chercher pendant quelques heures l'évasion. Je sais, c'est con… Dire que j'ai passé des années à côté de lui sans le regarder ! On a à peine ouvert les yeux, nous deux.  J'aurais pu, c'était pas malin, faire avec lui un bout de chemin, ça l'aurait peut-être rendu heureux, mon vieux.  Mais quand on a juste quinze ans, on n'a pas le cœur assez grand pour y loger toutes ces choses-là, tu vois.  Maintenant qu'il est loin d'ici en pensant à tout ça, je me dis : « J'aimerais bien qu'il soit près de moi, Papa. »

 

 

Daniel Guichard /Jean Ferrat / Michèle Senlis – Album « Mon vieux » 1974 - Mon vieux / Quand Marie / Les secondes / Va où tu veux / Faire semblant / Vive le marié / Chanson pour Anna / Vivre à deux : Quand tu penses à moi / Finalement on s’habitue / T’en souviens-tu Marie-Hélène ? / Envoyez la musique

 

 

 

11.11.2009

Coups de semonce - Jean-Patrick Capdevielle

Capdevielle - coups de semonce - photo et extrait du texte copier.jpg
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Lettrine (Y'a Capdevielle).jpgle chiffonnier qui tourne en rond : il a repéré la maison où je me cache. Les bonnes âmes ont vite assiégé tout le quartier, pourtant, y'a la pluie qui crache… Moi, tout au fond de mon cœur, j'ai un peu peur. Je crois bien que je devrais une fois de plus m'échapper par l'égout (et en plus sur les genoux ! ) Y’a des critiques au fond de ma cour, ils disent qu'ils viennent pour prendre un cours de carnage. Y’a ce picador dérisoire qui leur raconte des histoires de messages. Moi, j'aimerais bien savoir la fin de l’histoire mais la poste est en grève et le vent qui lève au mois d'août m'empêche de tenir debout. Ce soir j'entends des coups de semonce et y’a le vieux soleil tout au loin qui s'enfonce. Voilà le docteur avec sa seringue et l'infirmière aux yeux dingues fait le gros dos. Elle prétend qu'il vaut mieux que j'évite les express qui passent trop vite et trop tôt. Moi je ne comprends pas pourquoi elle dit tout ça ? La fumée de son mégot me donne envie de sirop pour la toux. Vaudrait mieux filer doux. Sarah me dit de venir la voir : elle veut me raconter des histoires en sourdine. Sa voix de guitare hawaïenne, sa bouche de portoricaine en débine, moi, j'en ai plus qu'assez. J'aimerais changer ou alors essayer d'oublier le bruit de ses bijoux quand elle pousse le verrou. Ce soir j'entends des coups de semonce et y a le vieux soleil tout au loin qui s'enfonce. Je te dis que ce soir j'entends des coups de semonce, mais toi, tu vois jamais le soleil qui s'enfonce. Y’a plus grand chose à faire hélas, toutes les sirènes en plexiglas sont cassées. Tout était bien organisé, tout était tellement minuté : c'est raté. Tout le monde voudrait tout revoir,  changer d'histoire, mais les maîtres du monde, quand le déluge inondera nos trous, seront tous en rendez-vous. Ce soir j'entends des coups de semonce et y a le vieux soleil tout au loin qui s'enfonce. J’te dis que ce soir j'entends des coups de semonce, mais toi tu vois jamais le soleil qui s'enfonce !

 

D’après Jean-Patrick CAPDEVIELLE – Album « Les enfants des ténèbres et les anges de la rue » 1979 - Au-dessus des rues / Coups d’semonce / Quarante-trois souvenirs / Elle est comme personne /  Tout au bout de la ville / Quand t’es dans le désert / Salomé / Faudra bien que le démon sorte /  Les bruits de la nuit

 

10.11.2009

Salomé - Jean-Patrick Capdevielle

 

Il est possible que sur « Salomé » ni vous ni moi n’ayons entendu ni compris la même chose. C’est d’autant plus vraisemblable qu’à chercher différentes sources pour établir le texte qui suit (mon CD est une édition bon marché sans livret), j’ai trouvé des versions très différentes sur certains points. Ainsi, perso, j’ai toujours entendu « Glissant dans le scénar » là où on me propose un beaucoup plus fadasse « Glissant sur ses marches ». Mais d’un autre côté ce serait le seul mot d’argot…  Je suis beaucoup plus affirmatif sur mon « Une bible a sonné comme un vieux bouclier » plutôt que « Le bip a sonné » ou même « Une bille a sonné ». Mention spéciale à celui ayant entendu « Sa mort allait loin au fond de ma mémoire » à la place de « Sa morale est loin au fond de ma mémoire ». Avec tout ça, vous comprendrez ma précaution de signer « d’après J.P.C. » Sinon, il n’est pas indispensable pour apprécier la chanson, de se rappeler que dans la Bible, Salomé, fille d'Hérodiade, danse devant Hérode Antipas, son beau-père. Charmé, celui-ci lui accorde ce qu'elle veut. Sur le conseil de sa mère, elle réclame alors la tête de Jean-Baptiste, qu'Hérode Antipas lui fait apporter sur un plateau.

 

 

 

 

Lettrine (Q Capdevielle).jpguand je l'ai vue traîner le long de mon avenue, malgré ma canne blanche, je l'ai vite reconnue avec ses yeux peints couleur mélodrame… (On fait tous ce qu'on peut du temps et de son âme.) J'attendais la nuit à l'ombre de l'usine, je regardais ma vie comme un vieux magazine, le vent était chaud, le ciel plein de rouge, elle marchait sur un bateau qui bouge. Elle est venue vers moi pour m'apprendre mon rôle, quand ma solitude n'était vraiment pas drôle. J'ai senti l'orage quand ma voix s'est cassée, mais déjà je dansais comme un clown sur la trace de Salomé. Il y avait dans son lit quelques cartes égyptiennes ; elle m'a demandé de deviner la mienne. Plongeant dans mes yeux, elle jouait les sirènes, moi, j'étais son fou, elle était ma reine… Avant de sortir, j'ai volé toutes ses cartes. J’en ferai des souvenirs pour ses amants qui partent. Elle semblait dormir, j'ai cru qu'elle rêvait. Ma chance est fragile, fallait pas l'user. Glissant dans le scénar, j'ai pas fait de vacarme, mais j'ai vu ce fou se pendre au signal d'alarme. Une fois dans la rue, j'ai enfin respiré. Il pleuvait, mais le vent de minuit a chanté pour Salomé. J'entends le pauvre Oscar appeler Saint Jean-Baptiste pour lui demander si le temps qui passe existe. Sur le bord du puits, quand l'autre a maudit l'ombre en plein midi, personne n'a compris. Oscar est parti sous la nuit d'équinoxe. Il a juste laissé sa paire de gants de boxe. Tout était en place, le rideau s'est levé, les juges ont crié : « Place au condamné ! » Tout ça peut paraître une bien étrange histoire. Sa morale est loin dans le fond de ma mémoire. Une bible a sonné comme un vieux bouclier quand le vent tournera qui venait me parler de Salomé.

 

D’après Jean-Patrick CAPDEVIELLE – Album « Les enfants des ténèbres et les anges de la rue » 1979 - Au-dessus des rues / Coups d’semonce / Quarante-trois souvenirs / Elle est comme personne /  Tout au bout de la ville / Quand t’es dans le désert / Salomé / Faudra bien que le démon sorte /  Les bruits de la nuit

 

 

 

 

01.11.2009

Quand j'étais chanteur - Michel Delpech

Lettrine (J'ai Delpech).jpg

 

mon rhumatisme qui devient gênant, ma pauvre Cécile. J'ai soixante-treize ans, je fais de la chaise longue et j'ai une baby-sitter. Je traînais moins la jambe quand j'étais chanteur. J'avais des boots blanches, un gros ceinturon, une chemise ouverte sur un médaillon. C'était mon sourire mon atout majeur. Je m'éclatais comme une bête quand j'étais chanteur. Un soir à Saint-Georges, je faisais la kermesse. Ma femme attendait planquée dans la Mercedes. Elle s'est fait jeté dans l'Indre par tout mon fan-club ! J'avais une vie dingue quand j'étais chanteur. Les gens de la police me reconnaissaient. Les excès de vitesse je les payais jamais : toutes mes histoires s'arrangeaient sur l'heure. On me pardonnait tous mes écarts quand j'étais chanteur. Ma pauvre Cécile, j'ai soixante-treize ans ! J'ai appris que Mick Jagger est mort dernièrement. J'ai fêté les adieux de Sylvie Vartan… Pour moi, il y a longtemps que c'est fini. Je ne comprends plus grande chose aujourd'hui, mais j'entends quand même des choses que j'aime et ça distrait ma vie.

 

Michel Delpech – Album « Quand j’étais chanteur » 1975 : La mort de l’ane / Ce lundi-là / Une destinée / Avez-vous vraiment essayé d’aimer ? / Le fleuve qui coule en silence / Il y en a encore / La fille avec des baskets / Draguez-moi / Tu me fais planer / Même Germaine elle était stoned / Quand j’étais chanteur.

 

 

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