04.06.2010
Une petite bière avec ça ?
J’ai profité de ma semaine de célibat pour mitonner quelques assiettes de bouffe suicide. Là, des pommes de terre revenues à la poêle avec des rondelles de saucisse de Toulouse. En vous rapprochant de l’écran, vous devriez entendre le cholestérol trinquer avec les mauvaises graisses pour fêter ça. La photo est prise juste avant de rajouter la chantilly.
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04.05.2010
Et j'ai crié, crié-é : "Alien ! " pour qu'elle revienne...
ous savez ce que c’est, parfois, on flottouille sur le Net, soit qu’on n’ait rien de mieux à faire, soit qu’on ait justement beaucoup mieux à faire mais pas tout de suite, plus tard, un jour, demain, oui, voilà, demain c’est bien. Après, pour bien flottouiller, l’idéal, c’est d’avoir un courant à descendre, une vague idée directrice fait également l’affaire. Le résultat est souvent un truc genre « cheval-de-course-à-pied-à-terre-de-feu-follet-de-vache-de-ferme-ta-boite-à-clou-d’acier» mais c’est la règle. Faut se laisser dériver, sinon on fini toujours par lire les mêmes carnets, en râlant : ils ne sont pas actualisés trois fois par jour.
Cette fois, c’était « Les billets les plus commentés » (sur Wordpress). Voilà comment je me suis retrouvé pour la deuxième fois si je compte bien, sur « Aréa 51 », un carnet entièrement consacré aux ovnis et dont l’édito est à lui seul un morceau d’anthologie. J’espère que l’auteur d’Aréa 51 ne prendra pas mal ce qui suit, son entreprise m’a l’air tout à fait sincère, mais force est de constater que ce sérieux même, joint au désir obnubilant d’être pris au sérieux, donne une prose localement assez loufoque et drôle. Je n’en veux pour preuve que cet éxtrait d’un article titré : « Relations à long terme avec un extraterrestre » qui, contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, ne vous prodiguera aucun conseil pour accompagner votre fils dans la longue et pénible période séparant sa sortie de l’enfance de sa sortie de la maison, mais nous éclaire, entre autre, sur la confusion improprement faite entre le contact avec des djinns et des aliens. Jusque là, je le reconnais bien humblement, je n’étais pas tout à fait au clair avec cette importante question.
(…) En Turquie, la forte croyance dans les êtres interdimensionnels et les djinns, cause parfois de la confusion. Les abductés peuvent par erreur confondre les abductions par des aliens avec des attaques démoniaques de djinns. Comme les aspects généraux du contact sont similaires entre les attaques de Djinns et d’aliens, il peut être difficile de voir la différence. Les aliens et les djinns laissent tous les deux des traces physiques, comme des bleus ou des coupures. Les deux peuvent communiquer avec les humains par télépathie. Mais c’est une histoire longue et détaillée qui fera l’objet d’un autre article.
Sinon, chic et frais, d’un goût parfait, en peluche pour bébé, y’a ça :

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10.04.2010
Où Villon meurt une deuxième fois
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21.03.2010
D&Co

ai l’impression que la très plantureuse Valérie Damidot, de D&Co, a jeté son dévolu sur M6, bien décidée à en occuper le plus de surface possible non ? Je la quitte hier samedi en fin de soirée après deux épisodes de « Une semaine pour tout changer » pour la retrouver ce matin aux aurores en train de réaménager un appartement. Elle a dormi sur place ou quoi ? J’ai même cru la voir, il y a quelques temps, en mode pitbull dans la bande annonce d’une fiction en milieu scolaire…
Mais avant de réduire les deux épisodes d’hier soir en tas de gravas, des précautions s’imposent : j’aime beaucoup « D&Co, une semaine pour toutouyoutout changer » et j’aime également beaucoup l’animatrice de cette émission. Je trouve ça généreux d’investir quelques dizaines de milliers d’euro pour réaliser les rêves d’intérieur d’une famille et Mme Damidot campe un personnage lui-même très généreux, dont je veux croire qu’il n’est pas très éloigné de la nature profonde de son interprète, que je soupçonne de faire tout ça en grande partie pour avoir le plaisir de papouiller, bizouiller et houspiller un max de gens. Je ne serais qu’à moitié surpris d’apprendre que les familles retenues le sont sur ces deux seuls critères : agréables à pétrir et versant facilement des larmes émues à la fin.
Non vraiment, D&co : tout bien. On crie d’horreur avec l’animatrice devant les intérieurs au départ, on siffle (la plupart du temps) d’admiration devant le résultat : je marche à fond. Je me prends à rêver, comme des millions d’autres crétins, à ce que je balancerais d’ici à la benne pour avoir un budget travaux confortable (1kg=100€) : ma toute nouvelle collection d’enclumes, la cuisinière en fonte chinée le dimanche d’avant, les deux aquariums encore plein, les plantes vertes et leurs pots sans cache pot, la télé préhistorique à écran creux, les deux canapés que je n’ai même pas fini de payer, les meubles de cuisine IKEA, les deux table en verre (au moins cinquante kilos chacune) puis, comme il n’y a que le premier pas qui coûte, tous les livres, enfin presque, du moins ceux que je suis sûr de pouvoir racheter. D&Co viendrait, on me mettrait du parquet là où j’ai du carrelage et vice versa, je dégagerais les angles au pinceau avant de passer le rouleau, on échangerait des vannes pourries avec Valérie Damidot pendant qu’elle me masserait le bras et les ailes et le bec, alouette, aaaaaaaaaaaa. Le dernier jours, on entrerait dans notre nouveau chez nous en fermant les yeux et à trois, on les ouvrirait en essayant de se rappeler que la production nous a demandé de ne pas jurer comme de charetiers et là, devant tant d’éblouissante beauté, je verserais des larmes de joie sans beaucoup me forcer, surtout si j’ai bu trois bière avant de venir.
Sauf qu’hier soir, c’était pas vraiment ça. Le premier épisode avait l’air d’un crash test, ou d’un très très vieux tournage, du temps où il n’y avait pas encore dix artisans au mètre carré sur les chantiers D&Co, où l’animatrice avait encore un minimum de retenue : chiant. Mais le deuxième : catastrophique. On était dans une maison pour une fois un peu originale, garde-corps en fer forgé longeant la volute de quelques marches montant à l’entrée, imposant escalier intérieur en bois desservant l’étage, balustres délimitant les demi-niveaux du rez-de-chaussée, carrelage de marbre noir et blanc dans la cuisine, grandes pièces lambrissées, 140m2 habitables.
Z’ont tout pété. Je ne suis pas contre, ça commence souvent comme ça. « Y’a trop de bois » se plaignait la famille, au départ. Du coup, l’opération a consisté à enlever le bois (ou le peindre) là où y’en avait, et à en rajouter là où il n’y en avait pas encore : terrasse en teck et plancher dans la cuisine. Partout ailleurs : TISSUS. Tendus sur les murs – dont ceux d’une chambre en toile de Jouy garantissant à ses futurs occupant un début d’infarctus à chaque réveil – en tentures devant les fenêtres, en ciel de lit, en rideau de douche, en housse de chaises, en tapis… Un cauchemar. Une gamine s’est retrouvée avec une chambre rouge sang, repoussant ce qu’on entend habituellement par « chargé » au-delà de ce à quoi nous avait précédemment habitué certains agendas ministériels et les camions transsahariens. Le petit dernier avait eu le malheur de dire qu’il aimait le vert anis et le bleu turquoise. Il doit être à l’heure qu’il est en thérapie dans le noir absolu au fond d’une mine après avoir découvert sa chambre. À moins que ses yeux aient spontanément implosé. Bref, c’était complètement raté, ce que je trouve finalement assez rassurant : même avec du fric et du goût, on peut se planter dans la déco. Tu dis ? Je n’ai ni l’un ni l’autre et le résultat est le même ? Méfie-toi de la toile de Jouy.
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13.03.2010
Périr d'ennui (re)
merde ! Ça ne devait pas se passer comme ça ! En plongeant dans mes archives, je voulais VIRER des notes, liposucer le carnet, tailler dans le bourrelet, le débouffir, passer de XXL à un petit 38, mais à chaque fois je trouve des trucs qui me font marrer, ou qui m’intéressent et toc, j’ai envie de les remettre en vitrine ! Complaisance narcissique ? Oui, sans doute, mais je constate aussi que ce qui m’intéressait y’a un an ou deux me branche toujours. Pi y’a quand même des notes sur lesquelles j’ai passé assez de temps pour vouloir les amortir… Certes, je pourrais juste changer la date de publication, ce qui aurait pour effet de les DEPLACER sans les dupliquer, mais je sais pas, j’ai peur de faire une connerie…
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ans la guerre sans merci qui m’oppose à l’ensemble de l’univers connu, à commencer par mes voisins de blog parce que je les ai sous la main et qu’on est à armes égales, j’ai décidé de faire donner l’artillerie lourde. Je vais donc évoquer à la fois Arte et les documentaires animaliers. Là, tout lecteur ayant encore au moins deux neurones connectés devrait cliquer frénétiquement partout pour essayer d’échapper au pire. Trop tard. La magie du verbe a encore opéré et vous voilà coincés jusqu’à la fin de cette chronique, tel l’abruti moyen ratant sa bretelle de sortie, ou ne se réveillant pas à l’arrivée en gare de son train désormais sans arrêt jusqu’à La Motte Beuvron.
Pour ce qui est d’Arte, les statistiques sont formelles : chez les jeunes ménages regardant assidûment cette chaîne, on observe un taux anormalement élevé de mort subite du nourrisson. Les mêmes études relèvent que le taux de mortalité est également plus important dans les maisons de retraites branchées préférentiellement sur cette chaîne. Ces établissements sont nombreux. On a en effet observé que ceux-ci, plutôt que de priver leurs pensionnaires récalcitrant d’eau potable ou de dessert – c’est hélas maintenant interdit – les empêchaient de suivre Questions pour un champion ou Des chiffres et des lettres, coinçant le bouton du poste sur Arte à la super-glue et passant la télécommande au micro onde. À quoi bon vivre alors ? La canicule a bon dos ! On reste impressionné du sérieux de cette enquête en remarquant qu’il n’y a eu AUCUN CAS de mort subite du nourrisson relevé dans les maison de retraite composant le panel.
Arte occupe donc naturellement ses programmes avec des documentaires animaliers. Vous ne voyez pas en quoi ce type d’émissions peut encore accroître la mortalité des personnes les plus fragiles ? Bougez pas, ça vient. À une époque pas si lointaine, disons quand les bisounours passaient encore sur les chaînes publiques, les émissions animalières participaient à l’entretien de l’euphorie du politiquement correct d’alors. On y voyait toutes sortes de bestioles dodues et fourrées, baignant dans l’amour maternel, passant l’essentiel de leur temps à jouer sous nos yeux attendris dans des endroits où l’on se savait même pas écrire Tchernobyl. A cette époque, bénie des dieux et des publicitaires, jamais, JAMAIS on ne nous aurait montré de créatures aussi désavantagées par la nature qu’un rédacteur de blog, ou, pour faire un peu moins peur, qu’une famille de hyène.
Parce que la hyène, y’a un problème là, quand même, non ? Je veux bien que l’animal ait été conçu et réalisé le même jour que tous les autres, mais ça devait être juste après la pause déjeuner. Ou alors Dieu avait fait appel à son stagiaire ? La hyène, même les petits ont l’air chafouin. Sont pas attendrissants pour un sou. T’a même plutôt envie de profiter de leur taille raisonnable pour leur latter la gueule sans trop risquer d’y perdre une guibole. Mais la hyène est pour moi l’animal le plus emblématique du nouveau documentaire animalier, celui qui s’est pris le rouleau compresseur de l’écologie en choc frontal. Car c’est bien ça qui a changé entre l’époque imbécile d’avant et notre maintenant de mortification : l’écologie est passée par là. Terminé les peluches s’endormant en tas dans les dernier rayon d’un coucher de soleil promettant des lendemains qui chantent, tes bestioles, elles pointent dans leur chaîne alimentaire mon p’tit gars, elles vont se faire bouffer dans la nuit et celles qui en réchapperont ne devront leur subsistance qu’aux meurtres avec préméditation perpétrés sur des espèces plus faibles et moins rapides et si tu n’as pas compris, pauvre primate constitué essentiellement d’hydrates de carbone, que c’était exactement la même chose pour toi, retourne sur TF1 !
Vous allez dire que j’exagère. Ouaip, ben c’est que vous n’avez pas vu ce documentaire mettant en scène le meurtre par son énorme père d’un hippopotame nouveau-né, avec poursuite, acharnement, mère ne sachant pas quoi faire pour ranimer son rejeton et finalement cadavre dérivant dans la Vologne. Après ça, tu te reprendrais bien une petite ciguë.
J’en aurais tout à fait terminé avec cette chronique, avec Arte, avec les docus animaliers, avec les hyènes, Télérama et même les hippopotames après avoir dit que l’écologiquement correct du jour n’est jamais qu’un ordre moral - il parait qu’il en faut un - mais fondé sur la faute et la mortification. Ce qui n’est pas exactement nouveau et m’a toujours fait gerber. Les bien-pensants sont trop souvent des gens qui pensent votre bien à votre place.
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03/08/08
Merci au carnet « Le chemin sous les buis » pour la photo.
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22.02.2010
Autre vieux con ?

iens, puisque j’en suis à traquer le vieux con dans les médias, je crois que je vais faire un carton sur Yann Arthus Bertrand. De lui, on m’a offert – « La terre vue du ciel » parue en 1999. Ouvrage imposant de 4 275 g, dont la quasi planète entière connait la couverture : ce cœur de Voh, photographié dans une mangrove en Nouvelle Calédonie.
Jusque là, rien à dire. C’est à partir de l’apparition sur France 2 de Yann Arthus Bertrand en Nicolas Hulot du service public que ça se gâte. Voilà notre plutôt bon photographe érigé en gardien du temple de mère nature – il parait qu’il en faut – mais adoptant pour ce faire un discours d’une insupportable condescendance. Et moi, que voulez vous, je n’aime pas être pris de haut, même par un photographe aérien lourdaud.
Je ne crois pas que les photos de Yann Arthus Bertrand lui confèrent automatiquement une légitimité de porter notre planète sur ses épaules. Pire, je crois que cette ambition nuit à son art.
Ni Yann Arthus Bertrand, ni vous, ni moi n’y pouvons rien, quand on photographie la Terre vu du ciel, c’est quasi systématiquement saisissant de beauté. Pour peu qu’on ait un peu les moyens et un peu de talent – c’est son cas – nos paysages, qu’ils portent ou non les traces de nos activités, sont une source inépuisable de clichés extraordinaires. Mais je fais le pari que les irisations de fuel léger autour d’un tanker éventré pourraient également provoquer un choc esthétique. Dès lors, Yann Arthus Bertrand m’apparait comme pris en étau entre sa quête de beauté – que je n’ai de mal ni à comprendre ni à partager – et je ne sais quel croisade dont ses photos seraient les armes et pour laquelle il apparait comme un chevalier gris très instrumentalisé.
Je ne dois pas être le seul à qui cette contradictions apparait, si j’en crois les dix huit questions posées par Guy-Pierre Bonnet dans l’entrevue servant d’introduction à l’ouvrage publié pour la liberté de la presse par Reporter sans frontière : « 100 nouvelles photos de Yann Arthus Bertrand ». Je vous reproduis ici les huit premières :
· Vous êtes célèbre pour vos engagements dans le domaine de l’environnement. Cette prise de conscience s’est-elle faite avant, en même temps, après vos premières photos ?
· Y’a-t-il une ligne de démarcation entre votre travail photographique et votre engagement personnel ?
· Ce dont vous témoignez, est-ce de la beauté de la nature et de ceux qui l’habitent, ou des beautés de la Terre destinées, à plus ou moins long terme, à disparaitre ?
· Ne craignez-vous pas que cette beauté brouille un peu le message ?
· Vos photos sont tout de même très esthétiques.
· Comment ça fonctionne dans votre tête quand vous faites une photo ?
· Mais vous savez déjà ce que va être la photo ?
· Une photo n’est pas une œuvre de création artistique ?
Pour les réponses, procurez-vous le fascicule. Il ne vous en coûtera que 10 euros et vous comprendrez comme moi pourquoi Yann Arthus Bertrand travaille en avion : au sol, il a tendance à s’embourber.
Tu dis ? On s’en fout de ce qu’il pense, de ce qu’il dit, des intérêts qu’il sert et qui se servent de lui. C’est avant tout un artiste et tant que ses photos sont bonnes… Ben oui, mais c’est bien là le problème, et là que je voulais en venir. Y’a rien qui te frappe au feuilletage de « 100 nouvelles photos de Yann Arthus Bertrand pour la liberté de la presse » ? Non ? Tu ne vois rien ? Tu ne vois pas cet envahissement de noir charbonneux ? On dirait certaines photos maquillées comme pour un film expressionniste allemand, comme s’il ne s’agissait plus de les montrer, mais de leur faire jouer un rôle, dramatique. Le contraste masque l’absence de relief, l’obscurité envahissante n’est plus celle du soleil couchant mais celle de l’instrumentalisation et c’est finalement l’artiste qui fait de l’ombre à ses propres œuvres.
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Tiens ? (On dirait) un vieux con !
ntendu sur « France-info » l’autre matin, un sujet sur la question de savoir dans quelle mesure l’usage des nouvelles technologies appauvrissait notre mémoire. Autrement dit : d’être de plus en plus assistée, notre mémoire ne finit-elle pas par manquer d’entrainement ? Je ne sais pas si cette question est intéressante, sa formulation même étant bidon puisqu’elle servait à introduire la harangue bien rodée de Jean-Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du Crétin (La mort programmée de l'école). Précisons tout de suite qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie, non, Jean-Paul Brighelli n’est pas un crétin, c’est un vieux con.
Les deux présentateurs – il fallait bien ça - lui avaient servi la soupe en essayant de se rappeler la date de la chute de Grenade. Ne la retrouvant pas dans leurs souvenirs scolaires, il était dès lors entendu que Jean-Paul Brighelli avait nécessairement raison. Mais quel est sa thèse ? Elle se résumait ce jour-là en trois points, c’est vous dire si elle est bonne :
· La mémoire de nos ordis se rempli en vidant la nôtre.
· Nos ordis et autres appareils mobiles ne sont plus des béquilles mais des prothèses.
· Tout ça fait bien les affaires d’Apple et de Microsoft
On n’aura pas le temps à la radio, bien sûr, d’entrer dans le détail et l’articulation de la pensée de l’auteur, mais ce n’est pas grave, puisqu’il n’y en a pas. Son discours parait essentiellement reposer sur cette malhonnêteté intellectuelle – volontaire ou non – consistant à confondre les apparences avec la réalité, les conséquences avec les causes et une opinion personnelle avec un opinel perce-oignon.
Pourquoi faire ? Pour alimenter une nouvelle fois le discours réactionnaire selon lequel le système scolaire actuel renonçant à transmettre les savoirs, c’est toute la société qui se trouve menacée. Remet un tour de clé Ginette, avant que les hordes de cancres n’attaquent le pavillon !
On ne s’étonnera donc pas d’apprendre dans Wikipédia, je cite : « Lors du second tour des élections présidentielles de mai 2007, il (Jean-Paul Brighelli ) préfère le candidat Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal : X. Darcos l'en remercie publiquement lors de la remise de sa légion d'honneur en octobre 2009.
La diatribe de Jean-Paul Brighelli, au cours de son pseudo-interview, à propos de l’expression « intelligence artificielle » donne finalement la clé de sa position. Pour lui, ces deux termes s’opposent de façon irréductible. Il y a les humains d’un côté et les machines de l’autre. On ne mélange pas. On retrouve bien là un des fondamentaux de cette époque bénie dont Jean-Paul Brighelli appelle le retour de ses vœux : Il y a les hommes et les femmes : on ne mélange pas. Il y a les noirs et les blancs : on ne mélange pas. Il y a les juifs et les aryens : on ne mélange pas. A l’époque également cet « eux c’est eux, nous c’est nous » semblait marqué du sceau du bon sens. On sait depuis ce que ce genre d’évidence nous a coûté. On sait également au service de quels intérêts – y compris économiques – s’alimentaient ces opinions.
D’où il ressort que Jean-Paul Brighelli ne roule peut-être pas pour Apple et Microsoft, mais peut-être juste pour Total et Suez, ou juste pour le lobby que l’idée d’être démocratiquement chassé des affaires entretient dans un insupportable sentiment d’insécurité.
Tu dis ? La chute de Grenade ? 2 janvier 1492
Le 2 janvier 1492, la reddition de Boabdil, dernier rejeton de la dynastie nasride, met fin au royaume musulman de Grenade. Les juifs qui refusent de se convertir sont expulsés. Les musulmans sont eux-mêmes convertis de force à l'initiative de Francisco Ximenez, ou Jimenez de Cisneros, confesseur de la reine Isabelle la Catholique et archevêque de Tolède...
À peine ont-ils reçu la reddition du roi Boabdil que les deux souverains ordonnent l'expulsion de tous les juifs de leurs royaumes à moins qu'ils ne se convertissent avec sincérité au catholicisme. Cette mesure d'expulsion prend effet le 31 mars 1492. Elle viole, notons-le, l'engagement de respecter les juifs de Grenade, engagement inscrit dans le traité conclu avec Boabdil.
Pas moins de 160.000 juifs quittent précipitamment la péninsule et vont chercher refuge en Afrique du nord ou auprès du sultan ottoman (dans leur pays d'accueil, ils se feront connaître sous le nom de Sépharades, du nom donné à l'Espagne en hébreu). L'Inquisition, tribunal religieux au service de la monarchie, se charge de traquer les faux convertis.
Le sort des musulmans n'est guère meilleur. Francisco Ximenez, ou Jimenez de Cisneros, un prêtre devenu sur le tard confesseur de la reine et archevêque de Tolède, convainc Isabelle de Castille de les convertir de force. En 1499, les habitants de Grenade sont rassemblés sur la place publique, aspergés d'eau bénite et dès lors considérés comme baptisés. Ceux qui refusent ouvertement leur nouvelle condition sont expulsés du pays comme les juifs une décennie plus tôt.
Beaucoup de musulmans préfèrent néanmoins rester sur place et continuent de pratiquer leur foi en secret. Ces faux convertis, appelés Morisques, seront expulsés un siècle plus tard, en 1609, dans des conditions dramatiques, à l'initiative du duc de Lerma, conseiller du roi. Ces expulsions successives vont parachever l'unité religieuse de la péninsule mais aussi priver le pays d'éléments dynamiques et l'entraîner dans un irrépressible déclin.
Tiens ? Je comprends mieux qu’on veuille s’en rappeler, mais également qu’on puisse plutôt l’oublier, cette date…
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31.01.2010
Sous perfusion
ésespérément utopiste comme vous me connaissez, j’étais assez content de voir Le Monde magasine N°6 daté du 24 octobre dernier titrer : Modes de vie, les 10 révolutions. Je vous les résume avec les têtes de chapitre de l’article :
· On ne jette plus sans trier
· On n’a plus besoin de posséder
· On ne vit plus sans connexion
· On délaisse sa télé
· On retourne en ville
· On veut tout gratuit
· On achète d’occasion
· On remplit moins son chariot
· On mange autrement
· On lâche sa voiture
Mouais. On est quand même dans la micro-mini-petite révolution non ? Mais comme pour confirmer qu’on tenait bien là les prémices de futurs bouleversement, ou juste pour inscrire ces sept pages euphoriques dans une perspective plus étayée scientifiquement, l’article se clos sur un entretien avec Gilles Lipovetsky, philosophe et sociologue, titré très affirmativement : « La fin du consommateur passif » s’ouvrant sur cette question : « Certains annoncent la fin de l’hyperconsommation. Y croyez-vous ? » Je vous traduit : « Certains - dont mon collègue signant les sept pages précédentes – croient voir dans des détails s’annoncer la fin de la société de consommation. Et vous-même, y croyez-vous ? » La réponse est assez cinglante. Je cite : « Pas le moins du monde. »
Suit un exposé effectivement étayé dans lequel j’ai cru lire que le capitalisme de pillage et de gaspillage avait encore de beaux jour devant lui puisqu’il suffisait pour ce faire d’échanger l’absence de conscience que nous avions de n’être qu’un troupeau de veaux anonymes contre l’illusion que nous ne l’étions plus. Ce qui rejoint tout à fait ce que je ne cesse de relever pour le dénoncer ici. On ouvre trois mètres carrés de linéaire bio dans les hypers, on occupe le petit peuple en lui faisant trier ses ordures, on ne perd pas une occasion de le culpabiliser, mais surtout, surtout, sur le fond, on ne change rien.
La « révolution » internet ? Ben voyons ! Jamais un moyen de communication n’aura été autant sous contrôle. Au moins autant que la téléphonie mobile. Trouvez-vous un jour dans la situation de ne plus pouvoir payer votre forfait, votre abonnement, votre fournisseur d’accès, votre perfusion et mesurez alors ce qui restera de votre splendide liberté d’expression. On nous a déjà fait le coup avec les radios libre au moment de la « libération » de la bande FM, toutes balayées au profit (c’est le cas de le dire) de la manne publicitaire et que je sache, quand Microsoft a rayé de la carte ses groupes MSN, leurs utilisateurs n’ont pas pesé lourd dans la décision.
Alors ?
Alors les livres, eux, ne tombent jamais en panne.
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24.12.2009
Très bon Noël ! (Conte incorrect)
Nous avons laissé tellement en forêt ! Quittant nos arbres pour la ville nous avons dû nous adapter, en deux génération seulement, à un environnement n’ayant à première vue rien à voir avec la jungle immémoriale de nos ancêtres. Mais comme nous l’avons très vite compris, tout reste fondamentalement partout pareil, manger où être mangé demeure le premier commandement.
Nous avons magnifiquement su jouer de la culpabilité de ceux qui, ayant transformé notre forêt en meubles de jardin, se sont mis en dette avec nous. Nous avons su transformer cette dette en péché contre la planète et puiser alors à notre profit dans cette inextinguible source devenue sacrée. Nos enfants sont allés dans de bonnes écoles et leurs enfants dans les meilleures. Mon grand-père vivait quasi nu dans les branches et j’habite une maison de plusieurs centaines de mètres carrés dans le quartier résidentiel huppé de la capitale de l’état.
Ma réussite est celle du clan. Les anciens liens unissant entre eux les membres de notre tribu ne se sont pas délités dans la jungle des villes, bien au contraire. Notre culture est plus forte que jamais. Cannibales nous étions, cannibales nous sommes. Bien sûr, la plupart du temps, nous ne mangeons l’autre que métaphoriquement : son entreprise est absorbée par la nôtre mais son ancien propriétaire ne fini pas dans notre assiette. Mais de temps en temps, il faut bien l’avouer, certains d’entre nous cèdent à la tentation de prélever un végétarien dans la foule croissante du troupeau d’herbivores.
Or tout cannibale vous le dira, la viande la meilleure vient du gibier le plus rare et dans la courte liste des proies les plus goûteuse, en tête, arrive le Père Noël. Sa chasse n’est ouverte qu’une fois l’an dans la nuit du 24 au 25 décembre et si vous croyez qu’il suffit de dissimuler un piège à ours armé dans la cheminée, vous vous trompez lourdement. Je n’évoque pas le piège à ours par hasard : c’est comme ça qu’on l’a eu la première fois. Il avait alors avantageusement remplacé la dinde. Mais la proie est devenue méfiante. Le Père Noël envoie maintenant un de ses lutins fade en éclaireur. Il nous faut désormais imaginer des stratégies de plus en plus sophistiquées pour l’avoir.
Ah !? Je vais devoir vous laisser. Il est bientôt minuit et il m’a semblé entendre un bruit de grelots sur le toit.
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20.12.2009
Notre gros crétin (qu'on adore)
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