29.11.2009

Tempo

 

J’adore vous contrarier. J’adore par exemple, après avoir mollement publié une ou deux notes par jour depuis le début du mois, en publier plus de quinze en 48 heures. Si tout va bien, vous devriez avoir ces jours-ci, ici, un instant d’hésitation, genre : « Ça fait quand même pas tout ce temps là que je ne suis pas venu ici ! ? ». Ah là là, là là, ces petits instants d’incertitude qui nous font expérimenter que la durée est bien une sensation subjective, c’est toute ma vie !

 

Volumes

 

Lettrine (L Livre).jpg’idée que les livres puissent constituer un simple matériau fait jour de temps à autres dans des contextes divers. Perso, trois exemple me viennent en tête, sans trop chercher (mais vous m’en suggèrerez d’autres… ) Il y a bien sûr Jim Rasenau, cet « ébéniste » taillant dedans des étagères. Il y a ce fauteuil découvert au détour du blog de Titwane – La moue du bulot. Il y a également ces exemples, retrouvés grâce à la plongée dans les albums de Gaston Lagaffe à laquelle m’a involontairement convié Lou, pour « Art&ropodes », tous tirés de l’album N°16.

 

Gaston 1 (escalier).jpg
Gaston 2 (labyrinthe).jpg
Gaston 3 (Voute).jpg
Gaston 4 (guichet).jpg

Tout petit déjà...

Netkulture - première note copier.jpg

Mais deux semaines après ...

Netkulture - deuxième note copier.jpg

Et c’était parti pour des mois et des années de dinguerie, quasi sans interruption.

 

Tout petit déjà (et déjà immense...)

 

Cette note inaugurale du carnet de Jean-Marc LaFrenière ne pourra pas servir à notre petit jeu « Devine qui a écrit ça ? », vu qu’on reconnaît l’auteur à la première phrase. C’est d’ailleurs l’une des qualités intrinsèques que JML. On ne s’étonnera pas non plus de la très grande solidité de ce texte (si je puis dire s’agissant d’un poème dans lequel la pluie tient le premier rôle) : Jean Marc écrivait bien avant. Je me suis laissé dire qu’il était né une plume entre les dents. C’est quand même la note la plus ancienne que j’aie trouvée dans la gamme de celles inaugurant nos blogs familiers.

 

 

 

 

Singing in the rain

 

 

Lettrine (L JML).jpga chevelure du ciel laisse tomber ses franges de nuages. La pluie change les formes. Le sable a quelque fois des humeurs océanes. Lorsque la pluie dérape, les routes se mettent à tourner comme les roues folles d’un vélo. Des éoliennes liquides crachent des vagues de vent. Ce n’est pas la foi qui déplace les montagnes, c’est la vitesse des atomes, la lenteur du temps, la kinésie de l’air. Les montagnes ne sont qu’un semblant d’équilibre. Il y a dans chaque chose le germe d’une idée, le cœur d’une châtaigne, une amande intime au cœur de l’isolement, un noyau d’espérance dans les écales amères.

 

On ne voit pas la pluie. Elle nage dans nos yeux. Elle aveugle les bêtes. C’est comme un gros chagrin, un enfant qui pleure sans savoir pourquoi, un cheval qui hennit pour une avoine bleue. Une seule goutte est comme le niveau qui sert au maçon. On ne lutte pas contre la pluie. On se couche avec elle. Même la terre étire ses biceps pour se laisser toucher.

 

On n’affronte pas la pluie. On accompagne ses murmures, ses râles, ses chansons. Même en courbant la tête, on s’enfonce dans le ciel. La pluie est si fragile, on ne peut la briser. Quand on s’habille de pluie, on se retrouve nu. Les saules ne pleurent pas, ils chantent sous la pluie.

 

On ne vainc pas la pluie. Elle ajoute à la terre le mouvement des plantes. Elle aiguise les rivières. Elle cherche la lumière dans les trous sur le sol. Elle rassasie les feuilles dans le chignon des arbres. Elle fait rire les pierres et se moque du sérieux. Elle réveille les lézards, la luzerne et le trèfle.  Ses gouttes descendent en grappes d’une église liquide. On se laisse dissoudre. On chevauche ses lignes.

 

On ne distance pas la pluie. De quelque côté qu’on aille, elle présente son dos. Elle annonce le temps sans image ni texte. Elle ânonne son eau sur le bord des lucarnes. Elle verse du soleil dans l’entonnoir végétal. Elle fait rouiller les clous rongés par la mémoire.

 

La pluie est sans pudeur mais se cache pour boire. Le cœur s’agrandit de son immensité. Elle relie les racines au vol des oiseaux et la pierre aux étoiles.

On n’écrit pas la pluie. Elle grave des virgules dans les phrases du sable. Elle fait fondre la neige et les traces de pas. Elle frappe les rochers, les broussailles, les houx. Ni la ronce ni l’ortie n’échappent à ses doigts. Dans la bibliothèque de la pluie, chaque goutte est un livre. Les fleurs apprennent la lecture à chaque nouvel orage. Tous les jardins viennent boire l’alphabet vertical.

 

On n’étreint pas la pluie sans verser quelques larmes. Elle égalise les rivières et soude les nuages. Elle distend les silences et dilue les paroles. Elle traverse les ronces sans déchirer sa robe. Elle ouvre une fenêtre dans le coeur des bourgeons et danse de guingois sur les pentis mouillés. Elle coule sur les toits aux paupières d’ardoise. Elle met un baume sur les fougères brûlées, un pansement sur le feu.  Ses bulbes de lumière éclaboussent les vagues. Chaque cercle dans l’eau en compose un nouveau.

 

La pluie quand elle tombe fait des arbres liquides, une lessive qui s’enfle. On reconnaît la vie sous son écorce fluide. La soie de ses pinceaux assouplit l’horizon et plie ses lignes droites. Les yeux fermés, on peut lire sur le sable le braille de ses gouttes. Telle un breuvage d’elle-même, la route se liquéfie. La pluie démasque l’invisible et pénètre la terre par ses mille serrures.

 

On n’attrape pas la pluie comme un poisson d’eau douce. Son enveloppe rappelle nos nuits amniotiques. Elle fait chanter les arbres, les ruisseaux, l’herbe mauve des prés. Elle suce les pépins au cœur des pommiers. Elle sucre le pollen au milieu des abeilles. Ses jambes dodelinent sur les pans de falaise. Qu’elle brille comme un pain, le sable s’en nourrit.

 

Jean-Marc LaFrenière 24 novembre 2005 – mis en ligne le jeudi 29 novembre 2005

 

 

 

 

Tout petit déjà...

Désolé, mais l’article inaugural du carnet d’Ysengrimus ne pourra pas servir à notre jeu du « D’où ça sort ce truc ? – De chez toi. », vu que l’auteur se cite, à la fin. Bah, pas de regret, vous auriez de toute façon su au quatrième mot que c’était lui… C’est moi, ou cet article entretient des correspondances indirectes avec l’en ce moment « La femme en question » d’Inzecity ?

 

 

Mon petit macho androhystérique

Posté par ysengrimus le 29 avril 2008

 

 

Lettrine (M Ysengrimus).jpgon petit macho androhystérique se lève subitement, tape du pied nerveusement, et montre les bon(ne)s et les méchant(e)s en matière de sexage. Il est encouragé lourdement par tous ses copains toniques et sportifs, qui l’accompagnent souvent d’ailleurs car, seul dans le giron de l’agora, il tend à avoir la tremblote, ce tout petit. Il juge qu’un homme doit penser et agir comme un homme, d’un bloc, sans nuance aucune, que ce sont les féministes qui le discriminent, lui, et lui font violence à lui (surtout pas le contraire) et que quand il jappe goguenardement contre la “rectitude politique” de l’option des autres, tout est dit. À lire mon petit macho androhystérique, depuis 20 000 ans, la femme domine l’homme et lui fait subir le poids de ses stéréotypes, de son oppression ouverte, de ses préjugés sexistes et de sa violence brutale. On croirait lire un certain segment de la population anglophone canadienne qui lutte héroïquement contre l’assimilation de l’Amérique du Nord à la tyrannie inexorable… de la langue française. Inutile d’ajouter qu’aux yeux du même petit macho androhystérique, féminisme (oui, encore lui, encore ce mot, encore cette chose) est synonyme de crime immonde…

 

Mais, gars, on ne te dit pas que les femmes sont des angelotes. On te dit que leur culture intime gagne en importance -problèmes inclus- et que les combats réactionnaires d’arrières gardes ne sont pas de mise pour faire face aux faits. Pour affronter l’insécurité et la frustration des femmes, nous, hommes, allons devoir accroître notre capacité à penser comme des femmes. Si leurs insécurités et leurs frustrations deviennent les nôtres, alors, nous pourrons faire notre part. Il faut féminiser nos espaces mentaux. Pas de quartier. On le fait déjà bien plus que nos grands-pères de toute façon. Et les couilles ne vont pas nous en tomber par terre pour autant… Entre dans la vraie vie, mon gars. Le féminisme n’est pas un crime immonde. C’est tout juste le contraire. Le crime immonde c’est celui décrit par tant de faits divers terribles d’agressions de femmes et le seul être vivant disposant de la configuration d’esprit héritée historiquement pour le commettre s’appelle un homme. Pire qu’un homme, un homme aux abois, qui se cache, se planque, parce que la société civile est désormais consciente que son patriarcat appliqué est de fait illégitime, foutu, secret, mafieux, ruiné et susceptible de n’engendrer que des adeptes de mauvaise foi dans le genre de certains de nos andro-ergoteurs locaux. Oh, mes gars, réveillez-vous. Vous vivez dans une civilisation tertiarisée. Et un gars assis dans un cubicule devant un ordi ressemble plus que jamais à sa sœur assise dans le cubicule à côté devant le même ordi (donnons-lui donc le même salaire, au fait…). Les sexes se rapprochent, c’est un fait inéluctable et les atermoiements n’y feront rien. Un bûcheron jadis, c’était un gros gars balèze avec une hache. Aujourd’hui c’est une personne –homme ou femme- dont le physique importe peu, au volant d’un tracteur-tronçonneur. Votre force brute ne sert plus à rien socialement, mes gars. Il y a de la machinerie désormais, pour tout ça. Alors une bonne fois, assumez ce que vous êtes: des hommes nouveaux, bon an mal an… Car bon, comme d’habitude, les idéologies retardent.

 

C’est ainsi que si mon petit macho androhystérique de tous les jours s’imagine que je vais endosser l’ordre brutal foutu que mon sexe est censé incarner simplement parce qu’un ti-clin queutard inverse malhonnêtement la notion de sexisme, il rêve debout. Mon sexe n’incarne plus cet ordre, j’en suis la preuve vivante et je ne suis pas le seul. Les allemands ont le droit de continuer d’être allemands malgré le fardeau du passé nazi, séquelle historique qu’ils porteront pourtant encore longtemps. Il y a des séparations internes, des lézardes de fond, des crises historiques qui sont inexorables. Je suis un homme de plain pied, séquelles inclues, et, read my lips, je n’ai absolument aucune solidarité phallolâtre. Quiconque entend me casser les pieds parce que je ne marche pas avec la troupe machique de ma taverne d’origine fera face à la férocité du loup Ysengrimus. On verra bien alors qui finira flagellé, bastonné, brassé, planté, niqué. L’heure est venue de tempérer ton androhystérie, Stanley Kowalski…

 

Le totem de l'androhystérie, Stanley Kowalski (joué par Marlon brando), fort affairé ici à nier les droits de propriété de sa belle-soeur Blanche Dubois (jouée par Vivian Leigh), dans A STREETCAR NAME DESIRE (1951)

Le totem de l'androhystérie, Stanley Kowalski (joué par Marlon Brando), fort affairé ici à nier les droits de propriété de sa belle-soeur Blanche Dubois (jouée par Vivian Leigh). A STREETCAR NAME DESIRE (1951)

 

Deux cieux d'Est du jour, pour le prix d'un, dont un à l'envers

Ciel d'Est - dimanche 29 novembre 2009.jpg

28.11.2009

À la recherche du plus vieil arbre - Meg

Mad Meg - conte de faits N°13.jpg

La java des bombes atomiques - Boris Vian

 

 

 

Lettrine (M radioactif).jpgon oncle (un fameux bricoleur !) faisait en amateur des bombes atomiques. Sans avoir jamais rien appris, c'était un vrai génie question travaux pratiques. Il s'enfermait toute la journée au fond de son atelier pour faire des expériences et le soir, il rentrait chez nous et nous mettait en transe en nous racontant tout : « Pour fabriquer une bombe "A" mes enfants, croyez-moi, c'est vraiment de la tarte. La question du détonateur se résout en un quart d'heure, c’est de celles qu'on écarte. En ce qui concerne la bombe "H" c'est pas beaucoup plus vache, mais une chose me tourmente… C'est que celles de ma fabrication n'ont qu'un rayon d'action de trois mètres cinquante. Y’a quelque chose qui cloche là dedans. J'y retourne immédiatement. » Il a bossé pendant des jours tâchant avec amour d'améliorer le modèle. Quand il déjeunait avec nous, il avalait d'un coup sa soupe au vermicelle. On voyait à son air féroce qu'il tombait sur un os mais on n'osait rien dire et puis un soir, pendant le repas voilà tonton qui soupir et qui s'écrie comme ça : « À mesure que je deviens vieux, je m'en aperçois mieux, j'ai le cerveau qui flanche. Soyons sérieux, disons le mot, c'est même plus un cerveau, c'est comme de la sauce blanche ! Voilà des mois et des années que j'essaye d'augmenter la portée de ma bombe et je ne me suis pas rendu compte que la seule chose qui compte c'est l'endroit où ce qu’elle tombe ! Y’a quelque chose qui cloche là dedans. J'y retourne immédiatement. » Sachant proche le résultat, tous les grands chefs d'état lui ont rendu visite. Il les reçut et s'excusa de ce que sa casa était aussi petite. Mais sitôt qu'ils sont tous entrés, il les a enfermés en disant : « Soyez sages ! » Et quand la bombe a explosé de tous ces personnages il n'en est rien resté. Tonton devant ce résultat ne se dégonfla pas et joua les andouilles. Au Tribunal on l'a traîné et devant les jurés le voilà qui bafouille : « Messieurs c'est un hasard affreux, mais je jure devant Dieu, en mon âme et conscience, qu'en détruisant tous ces tordus je suis bien convaincu d'avoir servi la France. » On était dans l'embarras… Alors on le condamna et puis on l'amnistia. Et le pays reconnaissant l'élut immédiatement chef du gouvernement.

 

Boris Vian – La java des bombes atomiques - 1955

 

Chaud must go on

ça le reprend.jpg

Tout petit déjà...

Comme d’hab depuis quelques jours, le premier article d’un blog que j’aime, mais lequel ?

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Viral Film Festival… Bravo Gali

24 /10 /2008

Cette semaine s’est déroulé le 1er Viral Film Festival organisé par Vanksen|Culture Buzz et Stratégies.
Je me suis donc rendue au cinéma Max Linder à Paris pour assister à la remise des prix…

Sur les 300 vidéos qui ont été récoltées puis vues, décortiquées, et sélectionnées par un jury d’experts, voici les heureux élus :

- Wom d’or de la vidéo virale la plus drôle : Gali l’aligator (13ème rue)


- Wom d’or de la vidéo virale la plus originale : Fight for kisses (Wilkinson)


- Wom d’or de la vidéo virale la plus efficace (catégorie réservée aux vidéos publicitaires) : Solidarités (Journée Mondiale de l’eau)


- Wom d’or de la vidéo virale UGC (catégorie réservée aux vidéos indépendantes) : Ma Valentine du très talentueux François Chatelain

And the winner is…

- Grand prix du jury : Gali l’aligator (13ème rue)

Une première édition réussie avec 700 inscrits à cette 1ère cérémonie qui a fait salle comble !

UN SEUL REGRET : les films n’étaient pas tous de première jeunesse et les compétiteurs généralement publicitaires… dommage car il y a sur la toile beaucoup de talents anonymes qui ne demandent qu’à être révélés !