20.10.2009
Wall of barrels - Christo
Christo and Jeanne-Claude
Wall of Barrels, Iron Curtain,
Rue Visconti, Paris 1962
Photo (de droite) : Jean-Dominique Lajoux,
©1962 Christo
e ne sais plus à quelle occasion (un peu lointaine) je m’étais intéressé au travail de Christo. S’agissait-il de l’emballage du Pont Neuf à Paris ? (automne 1985) S’agissait-il, du documentaire vu sur Arte à propos de celui du Reichstag ? (été 1995) Je m’étais plongé alors, avec délice, dans les photos présentant les œuvres de plus en plus importantes, de plus en plus spectaculaires, de l’artiste, mais celle qui m’a le plus touché – les autres sont souvent plus impressionnantes qu’émouvantes - c’est cette simple barricade de bidons. Il y a déjà là l’idée d’une séparation, de quelque chose qui arrête la vue, qui cache aux regards. Mais irréductiblement attaché à cette idée, comme la forme des bâtiments demeure sous ce voile qui la met en évidence en même temps qu’il la cache, restait de la rue son autre côté, maintenant séparé d’elle, mais s’imposant alors dans l’imaginaire. On pensera inévitablement au mur de Berlin, construit un an avant dans la nuit du 13 août 1962. On pourra penser depuis à tous les autres murs signant par leur érection même leur échec annoncé, leur impossibilité à contenir le désir par eux-mêmes amorcé de passer outre. On verra aussi, dans cette barricade de bidons, la leçon retenue de Duchamp selon laquelle l’oeuvre est avant tout une situation. On pourra ne voir que les bidons, mais ils ne sont pas sans intérêt, du strict point de vue de leur aptitude circulaire à remplir le plan, mais également par leur couleur et bien sur par leur statut d’objet industriel, d’emballage perdu, que l’accession à la qualité d’œuvre utilise, sans la faire oublier. On pourra aussi remarquer le graffiti sur le mur de droite : « Le fascisme ne passera pas » tellement raccord qu’il en presque trop beau pour être vrai, et celui du mur de gauche, plus allusif, mais disant la même chose. On pourra enfin s’interroger en pure perte en comparant les deux clichés que j’ai trouvé de cette même œuvre, l’une montrant une enseigne : « Automates, curiosités, bibelots » et l’autre non.
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Pendant ce temps là, par la fenêtre de la cuisine...
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Poésie à la page
e texte des deux dernières chansons mises en ligne sur cet ici carnet de notes me paraissent entretenir des correspondances, non ? En tout cas, en pensant à la première, je n’ai pu m’empêcher de songer à la seconde. C’est assez clairement pour moi une question de vocabulaire. Pour « Super nana », l’auteur (je me suis laissé dire qu’il ne s’agissait pas de Michel Jonasz) parait à la limite de l’exercice classique d’atelier d’écriture : « Insérez dans le même texte, machine à sous, football, boîtes de Ron-ron, tôle, parking, crawle, penthotal, napalm, bacille de Koch, cynodrome, kérosène, détritus, prospectus…» Ouf ! Mais dans ce déballage, convenez avec moi que la plupart des mots n’avait pas vocation, a priori, à se retrouver dans un texte poétique, une chanson d’amour qui plus est. Ne m’en veuillez pas, mais je vois là une pierre de plus dans mon jardin, du moins dans celui dont le pas japonais voudrait vous conduire vers l’idée que la poésie ne consiste pas à passer à la ligne quand il faudrait une virgule, ni à exhumer de la naphtaline des mots rares et précieux. Il faudrait être particulièrement bouché pour ne voir (ni entendre) la poésie de « Super nana », résolument ancrée dans sa contemporanéité. Du coup, avec ses : baraques, cargos lourds, rafistole, torchères, grues patraques, citernes de gasoil, casserole, décharge, en pack, bazarde… « Sur un prélude de Bach » chanté par Maurane, parait bien de la même eau, puisée à la même source d’inspiration, jouant de plus la carte de l’anachronisme en utilisant comme ligne musicale un morceau du 18ème. Tout ça pour dire que si vous aviez la regrettable envie d’écrire de la poésie – en ce début XXIème, est-ce bien raisonnable ? – peut-être pourriez vous piocher dans le vocabulaire de votre siècle plutôt que dans ce qui était déjà ringard il y a cent cinquante ans ?
Sinon, qu’est ce qui s’annonce ici ? Quelque chose sur Christo, land-artiste important. Quelque chose également sur le dernier prospectus « Adrea », encore plus con que le précédent. Des photos du palais de cristal, que nous a fait découvrir l’article sur le land-art de Lou, sans oublier qu’avec tout ça, je dois avoir deux ou trois crépuscules de retard. J’en profite pour souligner l'état larvaire et béat dans lequel vous maintient votre ici-lecture : dans n’importe quel autre contexte, l’assertion : « J’ai deux ou trois crépuscules de retard » vaudrait à son auteur d’être enfermé, mais là, hop, vous ne relevez même pas. Là haut ? Non, c’est le lever de soleil de ce matin. Mais si tu crois que je vais me lever tous les jours à l’aube pour enrichir de bonne heure la rubrique « Les cents ciel », ce que tu te goures, fillette, fillette. Tiens ? Penser à Juliette Gréco, aussi… ♣
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19.10.2009
Sur un prélude de Bach - Maurane (ami ou ennemi - 2001)
Le dessin est bien sûr de Sylvain, alias Iss’n’kor dont vous pourrez comme moi parcourir inlassablement le site en étant sûr d’y trouver à chaque fois de nouvelles merveilles. Tu dis ? Je ne lui ai pas demandé la permission d’utiliser un de ses dessins ? Arph ! Faute lourde ! J’y vais, j’y vais ! ♣
Super nana - Michel Jonasz
ix-huit grèves de poubelles que je traîne dans le quartier : jamais vu plus belle qu'elle dans la cité. Les serveuses du milk-bar ou du Banana qu'on dépiaute dans le noir, au cinéma, c'est des trucs pour la toux, des pastilles, des cachous, bonbons de machine à sous, mais elle, pas du tout : une super nana. Tous les jours, je football des boîtes de Ron-Ron et comme ces boîtes de tôle, je tourne en rond. Quand je la pêche à la ligne du haut de mon balcon, elle m'emmène dans le parking. Et sur le béton, c'est le Brésil pour mille balles, je crawle dans le penthotal, je touche le fond de mes palmes, de la neige, du napalm : une Super Nana. J'habite en haut de cette tour - la dernière du bloc - la fenêtre est bien haute pour le bacille de Koch. Par delà les antennes, au dessus du cynodrome, des traînées de kérosène : il y a cette môme. Elle marche, parmi les détritus. On dirait comme sur les prospectus, ces filles allongées à l'ombre des cactus… Tu vois ce que je veux dire ? Et pourtant, c'est juste une super nana.
D’après Michel Jonasz. Album « Michel Jonasz 1974 » Dites-moi / Premièrement / Le roi des fous et des oiseaux / Le phare / Hans MULLER / Super nana / Si Allah me donne un fils / My name is JONASZ / Après la mort Lola / Fanfan / Mon territoire de chien / Quand il me faudra mourir
La photographie de premier plan est de Pierre Hennequin, dont je ne saurais trop vous recommander le site. (La photo d’arrière plan est celle de la pochette de l’époque. ♣
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Qu'est ce qu'il y a, à la fenêtre, ce soir ?
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18.10.2009
Fins du jour en fin de semaine


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Feuilles d'automne
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Une notule élémentaire, mon cher Watson !
(…)
MERCREDI.
Lecture. Le Signe des quatre (The Sign of Four, Arthur Conan Doyle, Lippincott's Monthly Magazine, février 1890 pour la première édition, in Les Aventures de Sherlock Holmes vol. 1, nouvelle traduction d'Eric Wittersheim, édition bilingue, Omnibus 2005; 1120 p., 23,50 €).
Deuxième apparition de Sherlock Holmes où l'on retrouve à peu près la structure d'Une étude en rouge : le docteur Watson suit pas à pas le détective qui trouve la solution d'une énigme policière en fouillant dans les antécédents d'un de ses protagonistes. Cette plongée dans le passé donne lieu, ici aussi, à un long récit encadré exotique : l'Inde et ses luttes pour l'indépendance ont remplacé l'épopée des Mormons d'Amérique mais l'histoire est beaucoup plus embrouillée et nettement moins captivante que celle qui était insérée dans Une étude en rouge. L'art déductif de Holmes commence à faire ses preuves mais il n'a pas encore l'importance que Conan Doyle lui donnera dans les nouvelles qui vont suivre ces deux romans. Ici encore, Holmes agit comme un détective traditionnel, c'est un personnage mobile (on oublie fréquemment que c'est un jeune homme) qui se lance à la poursuite des malfaiteurs.
Petit à petit cependant, le mythe se met en place : la première scène du livre montre un Sherlock combattant l'inactivité qui lui pèse à l'aide de la cocaïne, l'action démarre par l'arrivée d'un visiteur conduit par la logeuse, plus loin il empoigne son violon, Watson, lui, a commencé son travail de mémorialiste et a publié "un petit livre, sous ce titre quelque peu extravagant : Une étude en rouge". Mais les choses peuvent changer : à la fin du roman, Watson a trouvé l'amour, s'apprête à quitter le nid et à convoler, ce qui ne risque pas d'arriver à son flatmate : "l'amour est affaire d'émotion, et tout ce qui est émotionnel s'oppose à la raison froide et implacable, que je place au-dessus de tout. Je ne me marierai jamais moi-même, de peur de voir mon jugement biaisé."
Perle de traduction. "Où est la clé, mon ami ? - Au fond du fleuve, dit sèchement Small."
(…)
Philippe Didion in « notules dominicales de culture domestique (419) 6 »
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17.10.2009
Cauchemar hebdomadaire
Eh, ho, ça va ! Rimbaud a ses tickets de blanchisserie publiés dans le volume qui lui est consacré dans la collection « La Pléiade », alors je ne vois pas pourquoi je ne mettrais pas mes tickets de courses sur mon carnet ! Pi comme ça vous pourrez faire des commentaires super intéressant sur ce qui est quand même vachement moins cher chez vous, sans parler des remarques dont vous ne vous êtes pas privé sur mon régime alimentaire. De toute façon, ce ticket n’est sans doute pas, et de loin, le truc le moins intéressant publié ici. ♣

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