10.11.2009

Promenades, photos de Céanothe

 

 

Céanothe - bijou.jpg

 

Lettrine Céanothe.jpgéanothe photographie le temps et l’éternité. À premier vue, cette affirmation peut apparaître paradoxale s’agissant d’une photographe, puisque ses clichés sont réalisés en quelques centièmes de seconde - ce qui ne fait pas bezef de durée ni d’éternité - mais pourtant, pour moi au moins, Céanothe photographie à la fois le temps et l’intemporalité. De toute façon, n’est-ce pas le privilège des vrais artistes de s’affranchir des paradoxes ? De faire paraître vivante la pierre et vrai l’artifice ?  

 

Du temps, il s’est est passé inhabituellement depuis que j’ai découvert le travail de Céanothe grâce à un lien chez Canelle, qui n’en manque pas, de liens ni de grâce. Parce que d’habitude, disons que le samedi je suis accroché par un travail, j’envoie un mail demandant l’autorisation de pillage, je réfléchis à ce que je pourrais bien vous en dire qui ait l’air intelligent et le mardi au plus tard, l’artiste est ok et la note pondue. Là non. Ça prend du temps, nos courriers coincent, je suis obligé d’attendre et c’est bien. Chez Céanothe, le temps fait aussi son œuvre. J’ai patienté jusqu’à ce soir. Il n’y a pas de hasard. Ça devait se passer ainsi.

 

Céanothe - automne.jpg

 

C’est peu dire que j’ai été ébloui en découvrant les photos de Céanothe sur « Promenades » son carnet. Sur le moment, si tout était allé comme d’habitude - trop vite - j’aurais écris une note éblouie, illustrée par une quantité déraisonnable de clichés – son carnet en comporte des centaines – et son travail n’aurait pas déposé en moi ce qu’il a de vraiment exigeant, qui ne m’apparaît que petit à petit depuis, là où je n’aurais pu voir que d’excellentes macrophotographies de végétaux souvent givrés.

 

Céanothe - automne 2.jpg

 

Je ne sais pas si comme moi vous prendrez la peine (joyeuse !) de parcourir plusieurs dizaines de pages du carnet de Céanothe. Si vous deviez le faire peut-être serait-il intéressant pour vous de commencer du début -mars 2008 - puis d’arriver doucement à nos jours ? Perso, j’ai fais le chemin inverse, mais je pense que nous arriverions aux mêmes réflexions : C’est de mieux en mieux. Attention, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, c’était déjà TRES INTERESSANT au départ. Je n’en veux pour preuve que la photo mise en ligne le 29 novembre 2008 qui est une pure merveille. Mais il me semble qu’au fil des jours, le propos se resserre, le regard se précise, comme on dit d’une oreille quelle se tend. Il y avait au début quelques plans plus larges, des forêt, presque des paysages : il n’y en a plus. Mais il y a mieux, comme si de se rapprocher toujours plus permettait à l’artiste de montrer quelque chose de toujours plus vaste, parce que plus essentiel.  

 

Céanothe - structures.jpg

 

Mais quoi ? Je vais y venir et de toute façon, je vous l’ai déjà dit, mais poussez pas derrière ! Il m’a semblé percevoir également que Céanothe en appelait de plus en plus souvent au fond noir. Je pourrais dire qu’alors ses sujets apparaissent de plus en plus décontextualisés, mais je risque encore de perdre mille lecteurs * qui vont se barrer sur Netkulture. Pourtant, ces quelque indices discrets, se rapprocher du sujet, l’isoler de ce qui pourrait divertir ou faire joli, peut-être même retoucher, me paraissent signer une démarche d’une grande exigence.

 

Parce que ne nous voilons pas les yeux, avec son talent, Céanothe pourrait photographier le bottin – il faudrait juste le congeler d’abord – ou les impeccables floraisons printanière et nous serions tous très content de l’avoir en fond d’écran. Il n’est même pas interdit de penser qu’un jour (lointain) elle ait trouvé que le givre et la glace ajoutaient quelque chose de décoratif et classieux, comme le sucre au bord des verres de cocktail et la neige en bombe pulvérisée sur les sapins de Noël. On en est désormais très très loin. Dépouillés de leur fond, mis à nus par l’œil toujours plus inquiet du photographe, radiographiés jusqu’au squelette, jusqu’à la structure par le givre et l’objectif, les végétaux de Céanothe montrent leurs promesses et leur renoncement, leur gloire annoncé et leur humilité d’hiver. On est avant la floraison, ou après. On est dans ce qui s’annonce et dans ce qui fane, au même moment dans l’éphémère et l’immanent, dans ce qui va se passer et qui pourtant ne disparaîtra pas.

 

 

Il y a pour moi, finalement, quelque chose de tragique dans les photos de Céanothe qui ne tient pas à leur seule mise en scène. C’est quelque chose qui touche juste, à cet endroit précis du vivant – que peut-être tout le vivant partage - où nous sommes éphémères et pourtant éternels. C’est en ce sens que pour moi, Céanothe photographie le temps et l’éternité.

 

 

Céanothe - Chou.jpg

 

 

* Ben quoi ? On peut toujours rêver !

 

 

 

Salomé - Jean-Patrick Capdevielle

 

Il est possible que sur « Salomé » ni vous ni moi n’ayons entendu ni compris la même chose. C’est d’autant plus vraisemblable qu’à chercher différentes sources pour établir le texte qui suit (mon CD est une édition bon marché sans livret), j’ai trouvé des versions très différentes sur certains points. Ainsi, perso, j’ai toujours entendu « Glissant dans le scénar » là où on me propose un beaucoup plus fadasse « Glissant sur ses marches ». Mais d’un autre côté ce serait le seul mot d’argot…  Je suis beaucoup plus affirmatif sur mon « Une bible a sonné comme un vieux bouclier » plutôt que « Le bip a sonné » ou même « Une bille a sonné ». Mention spéciale à celui ayant entendu « Sa mort allait loin au fond de ma mémoire » à la place de « Sa morale est loin au fond de ma mémoire ». Avec tout ça, vous comprendrez ma précaution de signer « d’après J.P.C. » Sinon, il n’est pas indispensable pour apprécier la chanson, de se rappeler que dans la Bible, Salomé, fille d'Hérodiade, danse devant Hérode Antipas, son beau-père. Charmé, celui-ci lui accorde ce qu'elle veut. Sur le conseil de sa mère, elle réclame alors la tête de Jean-Baptiste, qu'Hérode Antipas lui fait apporter sur un plateau.

 

 

 

 

Lettrine (Q Capdevielle).jpguand je l'ai vue traîner le long de mon avenue, malgré ma canne blanche, je l'ai vite reconnue avec ses yeux peints couleur mélodrame… (On fait tous ce qu'on peut du temps et de son âme.) J'attendais la nuit à l'ombre de l'usine, je regardais ma vie comme un vieux magazine, le vent était chaud, le ciel plein de rouge, elle marchait sur un bateau qui bouge. Elle est venue vers moi pour m'apprendre mon rôle, quand ma solitude n'était vraiment pas drôle. J'ai senti l'orage quand ma voix s'est cassée, mais déjà je dansais comme un clown sur la trace de Salomé. Il y avait dans son lit quelques cartes égyptiennes ; elle m'a demandé de deviner la mienne. Plongeant dans mes yeux, elle jouait les sirènes, moi, j'étais son fou, elle était ma reine… Avant de sortir, j'ai volé toutes ses cartes. J’en ferai des souvenirs pour ses amants qui partent. Elle semblait dormir, j'ai cru qu'elle rêvait. Ma chance est fragile, fallait pas l'user. Glissant dans le scénar, j'ai pas fait de vacarme, mais j'ai vu ce fou se pendre au signal d'alarme. Une fois dans la rue, j'ai enfin respiré. Il pleuvait, mais le vent de minuit a chanté pour Salomé. J'entends le pauvre Oscar appeler Saint Jean-Baptiste pour lui demander si le temps qui passe existe. Sur le bord du puits, quand l'autre a maudit l'ombre en plein midi, personne n'a compris. Oscar est parti sous la nuit d'équinoxe. Il a juste laissé sa paire de gants de boxe. Tout était en place, le rideau s'est levé, les juges ont crié : « Place au condamné ! » Tout ça peut paraître une bien étrange histoire. Sa morale est loin dans le fond de ma mémoire. Une bible a sonné comme un vieux bouclier quand le vent tournera qui venait me parler de Salomé.

 

D’après Jean-Patrick CAPDEVIELLE – Album « Les enfants des ténèbres et les anges de la rue » 1979 - Au-dessus des rues / Coups d’semonce / Quarante-trois souvenirs / Elle est comme personne /  Tout au bout de la ville / Quand t’es dans le désert / Salomé / Faudra bien que le démon sorte /  Les bruits de la nuit

 

 

 

 

09.11.2009

Feuille d'automne - Platane

Feuille d'automne - Platane.jpg

 

Je n’aurais jamais regardé l’automne comme celui-là, dans le détail. Jamais remarqué comme cette année à quel point cette saison, ce passage, était l’affaire de chaque arbre personnellement et sur lui, de chaque feuille individuellement. L’été, toutes les feuilles me paraissaient semblables, l’hiver, elles sont toutes mortes et oubliées, le printemps ? C'est loin, mais là, chacune compose sa variation. J’avais presque renoncé aux platanes, leurs feuilles devenues marron, trop grande pour rentrer dans mon scanner… Il suffisait de patienter un peu, d’attende, et voilà.

08.11.2009

Alphabet domestique

Assemblage des lettres (nov 2009) copier.jpg

07.11.2009

Feuilles d'automne - Arbres de ma rue II

Feuille d'automne (arbre de la rue 3).jpg

Français

J’aurais été très content de lire ce qui suit n’importe où, mais je suis, bien sûr, d’autant plus content de l’avoir lu sur Hara-kiri le gros blog qui tache de mon ami Katsu. J’ai juste un chouia coupé le début de sa note…

 

(…)

 

 

 

Lettrine (Q Kats).jpgu'est-ce que l'identité nationale ? Comment est-on Français ? Je serais presque tenté, si je ne tenais nos politiciens en si haute estime, de dire qu'il faut être bien con pour poser une telle question. Tiens, au fait, je n'ai aucune estime pour nos politiciens, donc je peux affirmer qu'ils sont cons. Car, il faut bien être stupide pour penser qu'il n'y a qu'une façon d'être français et de se sentir français. Des façons d'être et de se sentir français il doit y en avoir plusieurs dizaines de millions. Chacun, chacune a sa façon de se sentir français.

 

Mon voisin Yamada Youssef, français et fils de français (tout le monde ne peut pas en dire autant, hein petit ?) est né à Perpignan, France (tout le monde ne peut pas en dire autant, hein Besson ?). Musulman de confession, il aime son pays la France, même si une partie des Français ne l'aime pas et s'il est obligé de montrer sans cesse ses papiers à la police de son Pays. Youssef a toujours suivi le débat sur l'identité nationale. Un temps, deux théories s'affrontaient sur la nationalité française : le droit du sol et le droit du sang. Le droit du sol consistant à dire qu'une personne née sur le territoire français est française et le droit du sang, défendu par le front national, consistant à dire que pour être français, il faut avoir des parents français.

 

Youssef, lui, il s'en fout, il est né en France et ses deux parents sont Français. Dans un cas comme dans l'autre, il est Français. Bien sûr ça ne l'empêche pas d'être traité d'étranger, d'arabe, de bougnoule, de raton, d'entendre des gens lui dire de rentrer chez lui, d'être accusé de bouffer le pain des français. Evidemment, il doit toujours montrer ses papiers lors d'un contrôle d'identité. Alors Youssef, lui, ça le ferait presque rire que le débat sur l'identité nationale soit lancé par Nicolas Sarkozy qui, selon le droit du sang ne serait pas français et par Eric Besson qui, lui, ne serait pas français par le droit du sol puisqu'il est né à Marrakech et ne le serait qu'à moitié par le droit du sang puisque sa mère est d'origine Libanaise. Oui, ça pourrait le faire rire, enfin, si on ne le traitait pas régulièrement d'étranger à cause de son nom, de son prénom, de son faciès ou de la couleur de sa peau.

 

Youssef, il travaille, il a une femme qu'il aime, française elle aussi et des enfants, français. Il paye des impôts en France (il ne place pas son argent dans des paradis fiscaux). Youssef n'a jamais rien volé, n'a jamais été impliqué dans quelque affaire louche que ce soit. Bref, Youssef est bien plus français que la plupart de nos dirigeants. Seulement on lui reproche d'être musulman, comme si on ne pouvait être musulman et français en même temps. Pourtant, pour Youssef, même si Jean Sarkozy s'est converti au judaïsme, ça ne l'empêche pas d'être français pour autant.

 

Antoine, lui, il habite dans un quartier un peu plus loin de chez Youssef. D'ailleurs, il ne supporterait pas de vivre à côté d'un "bicot", comme il dit. Antoine, il dit que les "ratons" devraient tous retourner chez eux et même ceux qui sont nés en France de parents Français. Pour Antoine, un bon français, c'est un blanc, catholique. Antoine ne supporte pas les "bougnoules", les "négros" et les "youpins", même si ces derniers ont au moins l'avantage d'être blancs la plupart du temps, dit-il. Antoine gagne beaucoup d'argent, trop d'après lui. Trop car il doit payer beaucoup d'impôts. Antoine est dans le négoce, alors, les pays étrangers, il connaît. Il ne supporte pas les étrangers sauf quand il peut gagner du pognon sur leurs dos. Alors, son argent, il le place à l'étranger, pour ne pas payer trop d'impôts en France. Il achète une bouchée de pain des trucs et des machins qui sont faits par des petits "citrons" ou des petits "bougnoules" pour les revendre en France en faisant d'énormes bénéfices par l'intermédiaire d'une entreprise située dans un paradis fiscal. Antoine, il a une femme qu'il insulte sans cesse et qu'il frappe, parfois, quand il a trop bu. Antoine, il trempe dans de nombreuses affaires louches. Il a déjà été inquiété plusieurs fois par la justice mais n'a jamais été condamné. Antoine, lui, contrairement à Youssef, n'a jamais à montrer ses papiers d'identité à la police. Pour tout le monde, Antoine est un bon français. Il va à la messe le dimanche donner une petite pièce afin de se laver de tous ses pêchés. Il ne croit pas en dieu, mais ça fait bien.

 

Le fils d'un autre de mes voisins s'appelle Mamadou. Il est noir comme l'ébène. La noirceur, il la porte en lui jusque dans son coeur. Quand on l'écoute, il déteste la France, voudrait la faire exploser, la détruire. C'est en tout cas la seule chose que les gens entendent quand ils l'écoutent. Personne n'a pris la peine de chercher plus loin que le discours de rage. S'ils creusaient un petit peu, ils trouveraient probablement un cri de désespoir, un appel au secours. Comme ses enfants détestant leurs parents mais n'attendent en fait de ces derniers qu'un mot d'amour, Mamadou n'a qu'une envie, que les autres le voient enfin comme ce qu'il est, un français. Parfois, un "je t'aime" annihile toute haine. Mamadou, même s'il crache sur Marianne, se sent français et ça lui fait mal de ne pas être reconnu comme tel. Son père lui a raconté comment, quand il était jeune, il est venu en France, attiré par le pays des droits de l'homme. Il lui a raconté le voyage effroyable, la faim, la mort. Son père lui explique que la France, la nationalité Française, lui, il a payé de sa personne pour l'obtenir. Il a fait des efforts énormes. Il a bossé longtemps, durement, alors que lui, son fils, il n'a fait que naître pour l'obtenir. D'après son père, il ne se rend pas compte de la chance qu'il a Mamadou, d'être français. Mais son père ne comprend pas que Mamadou se sent français et qu'il aimerait que sa Mère Marianne, n'ait pas enfanté autant de cons et des xénophobes.

 

Moi, je suis blanc, je suis français, né en France, de parents français, eux-mêmes nés de parents français. Je ne suis pas catholique, je suis athée. J'adore ma langue, même si parfois je l'égratigne à l'écrit. J'aime mon pays même si je n'en suis pas toujours fier. Ces derniers temps, les raisons de ne pas en être fier deviennent de plus en plus nombreuses : xénophobie, népotisme, mensonges, trahisons, etc.

Moi, je n'ai jamais eu à montrer mes papiers d'identité à la police. Pourtant, je me sens bien plus proche d'un Youssef ou d'un Mamadou plutôt que d'un Antoine. Personnellement, si j'avais à retirer la nationalité française à quelqu'un, je la retirerais plus à un Johnny Hallyday qui cherche à fuir le régime fiscal français plutôt qu'à une personne travaillant pour la france.

 

En tant que français, il est sûr que j'ai parfois mal d'entendre quelqu'un cracher ouvertement sur la France même si je demeure persuadé que ces gens là, montrés du doigt par nos dirigeants, ne détestent pas la France mais pensent juste que la France les déteste. Mais, si parfois, ces réactions me font mal, c'est la réaction de nos dirigeants qui font que parfois j'ai honte d'être français. Qu'on puisse ainsi se moquer d'un auvergnat sans aucune vergogne, que l'on fasse sans cesse du pied au F.N. pour obtenir des votes, qu'on ne ressorte avant chaque élection ce débat sur l'identité nationale, le drapeau français, etc., qu'on expulse des immigrés dans des pays en guerre. La fierté d'être français, messieurs les ministres, n'est pas puisée au sein de vos actions ou de vos déclarations.

 

Moi, ma fierté d'être français réside dans le fait qu'on puisse être musulman, juif, catholique, bouddhiste, athée... blanc, noir, jaune, rouge, grand, petit, à talonnettes ou sans, mince, gros, et vivre tous ensemble à l'ombre du même drapeau, des mêmes lois, des mêmes privilèges, du même respect...enfin, ce n'est malheureusement pas toujours le cas et c'est en grande partie de votre faute. 

 

Katsu

 

 

 

Lire Lou

Pierre blanche.jpg

 

Lettrine (S Lou).jpgi cette note avait été écrite et publiée à la date prévue, elle aurait commencé ainsi : Ce jour est à marquer d’une pierre blanche. J’ai lu un article de Lou en ayant le sentiment, du début à la fin, de comprendre ce qu’il disait. Mais depuis, le phénomène persiste, puisque après avoir lu et compris « Gifiland 02 » il m’a semblé pouvoir lire « Back in the USSR » sans avoir l’impression de vouloir attraper du bouillon avec une fourchette.

 

Bien sûr, l’hypothèse de la simple accoutumance n’est pas à exclure. Peut-être qu’à force, « je m’y fais », mais la vraie question, ou plutôt la seule qui m’intéresse ici, c’est celle de l’écriture de Lou. Pour avoir déjà croisé cette écriture chez d’autres – Je pense en particulier à Tristan – il me semble qu’on pourrait la qualifier de poétique. Il ne s’agit pas de dérouler le tapis rouge du discours, introduction, développement, fin/conclusion/chute, mais de dresser du sujet une image pointilliste, de baliser de phrases certaines associations d’idée de l’auteur, d’arriver à un nuage de points en laissant au lecteur le soin de tracer ses lignes, ses liaison, son chemin entre. C’est exactement ce que fait Jean-Marc LaFrenière mais sans doute est-ce moins déroutant chez lui puisque à le lire, nous nous attendons à ce qu’il en soit ainsi. Chez Lou, cet usage déroute puisqu’il s’applique à des sujets « journalistiques », mais je crois que l’écriture à l’œuvre est parente.

 

Si je ne suis pas très loin de la vérité, on se tromperait à essayer de lire Lou avec notre bonne vieille fourchette. Il faut le lire en regardant les yeux s’associer à la surface du bouillon.

Feuilles d'automne - Arbres de ma rue I

Feuille d'automne (arbre de la rue 2).jpg

Chaque arbre entre en automne à son heure. Les feuilles de cette série viennent des arbres de ma rue qui, il y a une semaine encore, n’avaient pas du tout pris ces rouges ni ces ors qui les habillent aujourd’hui. Je n’ai pas lu d’explication satisfaisante au fait que les feuilles deviennent rouges. On me dit qu’à l’automne, la photosynthèse s’arrête. Mais rouge ?

Feuille d'automne (arbre de la rue 1).jpg

05.11.2009

Rêve à la con

 Couperet de boucher.jpg

Lettrine (E rêve à la con).jpgntre les rêves et les cauchemars, il y a l’éventail plus ou moins ouvert chez chacun des rêves un peu, beaucoup ou exagérément pénibles, sans parler de ceux dont l’absurdité laisse bien en peine de les classer où que ce soit. Cette nuit là, ce rêve là avait tout pour tourner au cauchemar. Je vous le résume en une formule : Ordre avait été donné de tuer tous les adultes. Ne me demandez pas pourquoi, ni par qui devait être exécuté cet ordre, mais sachez juste qu’étant dans ce rêve du côté des victimes potentielles, j’avais entrepris de rentrer dare-dare chez moi pour tenter d’y échapper. J’y parvenais par un raccourci bien utile : l’éveil. Là, dans mon lit, au milieu de la nuit, pas assez paniqué pour me lever, je me suis laissé dériver à bord de cette idée de devoir défendre ma vie contre des hordes de je ne sais pas quoi, ayant entrepris de tuer tout le monde, à commencer par les fonctionnaires vaguement littérateurs, âgés de cinquante et un ans, mesurant un mètre quatre vingt dans leur plus grande dimension et salissant régulièrement la grande distribution dans leur blog médiocre. Assez vite, les capacités défensives de mon appartement actuel me sont apparues comme très nulle, mais où aller ? Chez mes parents, c’est pire et je ne connais personne habitant un château fort ou un bunker. Chez moi, la porte pourrait résister, mais n’importe qui accédant à l’étage supérieur pourrait sans grand risque accéder à mon balcon et mes immenses baies vitrées ne résisteraient pas longtemps à quelque chose d’à peine plus violent qu’un éternuement. Sont même pas double vitrées. À supposer que ça changerait quelque chose. Bien sûr, je pourrais bloquer la montée d’escalier, un, ou mieux, deux étages plus bas, en coinçant là mes deux canapés, en élevant un rempart de livre, mais il faudrait aussi bousiller l’ascenseur, ce qui ne devrait pas être très compliqué, surtout quand dans l’hypothèse où tout irait vraiment très mal, il est assez probable qu’on ait plus de courant assez vite. Et là, je pourrais tranquillement ne pas mourir de soif, j’ai deux cent litre d’eau osmosée dans les aquariums, mais de faim, oui. Parce que sur les seules réserves de bouffe non périssables entreposées ici entre deux courses du samedi, je tiendrais combien de temps ? Une semaine maxi. Après, à part bouffer les croquettes des chats, puis les chats… Tôt ou tard, il faudrait sortir, s’armer peut-être, mais avec quoi ? Je n’ai rien de plus contondant ici qu’un solide bâton de marche en olivier et un couperet de boucher. Tiens ? Je pourrais assembler les deux au gros scotch gris.

 

Mercredi 4 novembre

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Mercredi 4 novembre 09 (ciel menaçant).jpg

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